SON DÉPART DE CAEN
« aux fermiers l'ordre d'apporter leurs grains et de garnir les « halles aux jours de marché » (*). Ainsi dépossédés, ces anciens agents de l'intendant n'ont plus d'énergie que pour résister à leur chef. Un jour que Cordier de Launay, d'ailleurs mal informé reproche à tort à son subdélégué Robillard d'avoir abandonné Saint-Lô dans des circonstances graves, celui-ci relève assez vivement cette erreur et ajoute : « Si on me tracasse, alors l'absence « que je n'ai jamais eu l'intention de faire s'effectuerait. Car « servir la patrie au détriment de sa fortune, de son repos et au « péril de sa vie, et éprouver des inquiétudes de la part de ses « supérieurs, qui n'apprécient pas nos services, le seul parti est « la retraite. C'est être récompensé que de pouvoir se la procu- « rer » ,?l.
Ce que Robillard écrit, ses autres collègues le pensent et plusieurs passent du projet à l'acte. Garanfot s'exile de Cherbourg ; de la Roque à Mortain, Couraye-Duparc à Granville démissionnent (3). Ce dernier déclare qu'il ne veut désormais exercer que des « pouvoirs civils qu'il tient de ses concitoyens ». 11 jelle la subdélégation aux orties, comme une fonction sans éclat et sans valeur (4).
Se voyant abandonné de tous, l'intendant lui-même quitle la place. En janvier 1789, il avait demandé l'autorisation de venir séjourner quelque temps à Paris. Necker la lui avait refusée en lui démontrant la nécessité de son séjour à Caen (5). En juillet, sa présence n'y est plus indispensable et son départ passe inaperçu. Il vient habiter son hôtel à Paris, avec son secrétaire particulier Granger de Fouchy. Garantot, qui l'y voit en octobre, le trouve « bien décidé à ne pas retourner à Caen de si tôt » (,; '. 11 est très probable qu'il n'y est pas revenu, car on ne saisit plus de trace de sa présence dans la correspondance administrative (7>.
(1) Arch. dép., Calvados, C 2639.
(2) Lettre de Robillard, 11 mai 1789. ïbid., C 2675.
(3) Lettre de Launay à son secrétaire, 22 août 1789. -Arch. dép., Calvados, C 2610. Il lui envoie la circulaire que celui-ci doit adresser aux subdélégués pour demander les renseignements d'usage sur le produit des récoltes. Il ajoute en post- scriptum à la lettre destinée au subdélégué de Coutances : « M. Duparc m'ayanl l'ait la remise de sa commission, vous voudrez bien vous occuper des détails relatifs aux paroisses de sa subdélégation. (Couraye avait démissionné le 10 août.)
(4) Arch. comrn., Granville, Registre des délibérations de l'hôtel de ville, séance du 10 août 1789.
(5) Lettre de Necker à Launay, 14 janvier 1789. Arch. dép., Calvados. C 2665.
(6) Lettre de Garantot à Lamy- Desvallées. 30 octobre 1789. Ibid., C 2679.
(7) Cordier de Launay, écrivant, de Versailles le 2 août 1789 au Comité national de
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Le secrétaire de L'intendance dirige les bureaux et expédie les affaires courantes, en attendant l'heure prochaine de la liquidation tt).
La desorganisation administrative est complète et le lieutenant général du bailliage de Caen peut écrire : « Chaque jour est témoin « d'actes de violence multipliés. La force a pris la place de la loi. « Le pouvoir exécutif est sans activité et le pouvoir judiciaire ne « peut s'exercer. Daigne l'Assemblée nationale mettre fin à une « anarchie qui tend à bouleverser tout le royaume » (3). « Tous les a citoyens honnêtes, de quelque ordre que ce soit, ajoutait-il, se « réunissent pour conjurer l'Assemblée de s'occuper sans délai, « de concert avec le Roi, des moyens de rétablir l'ordre et la tran- « quillité. »
Pour réaliser ce vœu il fallait permettre à tous les députés de prendre une part effective aux séances de l' Assemblée. Or les députés nobles des deux bailliages de Caen et de Cotentin, liés par leurs mandats impératifs, avaient dû se tenir à l'écart des délibérations importantes. Une telle abstention ne pouvait qu'aggraver le malentendu entre les paysans et la noblesse, et augmenter les suspicions contre celle-ci. Effrayés par la Jacquerie naissante, les gentilshommes du bailliage de Caen résolurent de se rassembler « pour prendre une délibération convenable aux circonstances et faire accorder à leurs députés des pouvoirs généraux et sans limitation ». La réunion, fixée au 25 juillet, ne put avoir lieu à cause des troubles qui agitaient Caen à cette époque (3). Mais le duc de Coigny, pendant le court voyage de Normandie qui s'était terminé par l'incident dramatique de Bayeux, avait pu voir nombre de ses commettants. Ils lui exprimèrent leur intention de voir annuler tout pouvoir impératif et
Caen, annonce que Necker <• lui a ordonné de rester à portée de lui » et d'attendre les ordres que les circonstances dicteraient. 11 se plaint aussi de douleurs dont il souffre depuis trois mois. Arch. comm.. Caen, carton 42:
(1) Un exemple entre lant d'autres : Lamy-Desvallées, secrétaire de l'intendance, envoie le 27 octobre 1789 aux officiers municipaux <le Caen, en vue de l'affichage, la déclaration du roi sur la loi martiale « pour l'absence et par ordre de M. l'intendant». Arch. comm., Caen, carton 56. — Le premier secrétaire de l'intendance, Guyard, en même temps receveur des finances de l'élection de Valognes, avait été obligé de quitter Caen pendant les émeutes du mois d'août « pour échapper aux dangers de la fermentation publique ». Arch. comm., carton 56. Lettres de Lambert ei de Necker aux officiers municipaux de Caen, en faveur de Guyard, 18 et 26 septembre 1789.
(2) Lettre de Duperré de Lisle, 26 juillet 1789. Arch. nat., B'" 40.
(3) Voir ci-dessus, p. 312.