‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 350 sur 511 · DEMISSION DU COMITE DE CAEN · texte numérisé non relu

DEMISSION DU COMITE DE CAEN

Le crime est consommé sans que le Comité national, trop tardivement informé, ait pu s'opposer à son exécution. Consterné, il rend l'arrêté suivant : « Considérant que l'attentat porté à la vie de M. de Belzunce est une violation de la sûreté publique, sous laquelle il avait été confié à la garde du poste du château, qu'un pareil attentat est aux yeux de tous les citoyens un acte de férocité qui emporte l'exécration publique envers tous ceux qui en seraient coupables, a arrêté de faire faire les informations qui seront à sa disposition sur tous les faits qui ont précédé, accompagné et suivi cette fatale journée » M.

Cette protestation, la seule que les circonstances permettaient au Comité d'élever contre un pareil forfait, fut suivie le lendemain par la démission de tous ses membres. Abandonnant « volontiers toute espèce d'autorité qu'on leur avait confiée », ceux-ci laissaient « les citoyens libres de procéder à une nouvelle nomination et se bornaient à faire des vœux pour l'union, le calme et la tranquillité publique ». Un nouveau Comité, élu le 14 août par les députés des paroisses (*), nomma Chatry-Lafosse l'aîné comme président et Costy comme vice-président ; il comprit, outre les officiers municipaux, 24 députés choisis par les paroisses. Le 15 août, il adopta un règlement de police intérieure en 22 articles, qui dictait les précautions les plus minutieuses pour assurer le calme des séances, le bon ordre et la tranquillité des discussions.

Le Comité du 14 août ne vécut pas deux mois : le 6 octobre, Chatry-Lafosse démissionnait ; on décida de soumettre la présidence et la vice-présidence à une élection bimensuelle. On se lassait de voir constamment les mêmes personnes au pouvoir : l'inquiétude publique exigeait de fréquentes consultations élec-

mit en bocal un débris pantelant, de ce cadavre. Un maçon ivre, Hébert, de Maltot, découpa un « quarteron » de chair sur la cuisse du malheureux officier, le lit griller et le mangea dans une auberge de la rue de Baveux en buvant une chopine de cidre. — Ces faits sont racontés tout au long dans un dossier de procédure contenant 23 pièces, alors adressées au garde des sceaux et conservées aujourd'hui dans le fonds du Comité des recherches, aux Arch. nat, D \xixbis 4, 1.58. — Le jardinier caennais Dufour ajoute un détail horrible à cette série déjà longue d'atrocités : « On lui a coupé la tête, écrit-il, et on a promené sa tète par toute la ville au bout d'une fourche. Quand ils ont été à Vaucelles, on l'a fait entrer chez un perruquier pour la faire friser et arranger proprement. » Dufour, Mémoires et Remarques, t. I, p. 36.

(1) Arch. comm., Caen BB93, fol. 72-73. Begistre des délibérations, 12 août 1789.— Cf. ms. Pépin. Bibl. nat. nouv. acq. françaises, 4401.

(2) Les 180 députés élus par les 12 paroisses de Caen (15 par paroisse) n'avaient pu se réunir le 13 août à l'hôtel de ville, à cause du tumulte de la place Saint- Pierre.

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