LES ANCIENNES MILICES BOURGEOISES
immédiatement la force militaire en cas de danger public. Outre les troupes régulières, en garnison dans les centres de quelque importance, les brigades de maréchaussées éparses sur la surface du pays, les Comités locaux reçurent presque partout assistance d'institutions nouvellement créées, d'origine révolutionnaire comme eux, nées des mêmes causes et répondant aux mêmes besoins : les milices nationales ou gardes nationales.
La plupart des villes de Basse-Normandie avaient, au début de la Révolution, une milice bourgeoise d'ancienne fondation, à laquelle elles avaient autrefois confié la garde de leurs remparts ; la destruction de ceux-ci l'avaient rendue à peu près inutile. On avait vainement essayé de les réorganiser en 1784, en leur donnant pour objet principal la sécurité publique, la police urbaine, le service des incendies (1). Ces troupes bourgeoises, formées par les « habitants les mieux famés », dont l'état-major supérieur était à la nomination du roi et dont le corps des officiers inférieurs était élu par les municipalités ou les assemblées de notables, n'étaient plus alors tenues sur un pied régulier. C'étaient des troupes de parade, réunies extraordinairement et pour des circonstances solennelles, comme le passage d'un prince, la procession de la fête Dieu, les feux de joie et autres cérémonies publiques Encore chacune de ces réunions était-elle un sujet de contestations et de discorde ; les bourgeois refusaient parfois de s'y rendre M.
Les événements de juillet 1789, le désir de prévenir les émeutes amenées par la disette des grains, ki peur des brigands et l'exemple de Paris réveillèrent le zèle endormi des villes et les poussèrent
(1) Arch. dép., Calvados, C 2105 et 2117. — Arch. comni., Cherbourg, EE3 à EE 6.
(2) « A Saint-Lô, le tiers des compagnies de la milice bourgeoise ne se trouvait pas au feu de joie du 20 novembre 1757. » Arch. dép., Calvados, C 2112. — A Vire, « rarement la bourgeoisie s'assemble et prend les armes, écril en 17X1 le maire Mauduit, qu'il n'y ait quelque scène... L'expérience a fait connaître que la milice bourgeoise met plus de confusion que d'ordre dans toutes les occasions où elle a été armée : c'est le moment que chacun prend pour satisfaire de petites vengeances et pour battre et maltraiter ceux à qui il en veut sous prétexte de refus de travailler. » Ibici, C 2116.— A Saint-Lô, le 10 mai 1789, « la troupe bourgeoise ne peut prendre les armes, le colonel est absent. 1! y a une certaine zizanie entre les officiers ». Ibid., Eure, série E suppl, Chartrier du Champ de Bataille! A Avranches, les officiers municipaux déploraient, dans une lettre adressée au duc d'Harcourt le 23 avril 17^5, de n'avoir pu célébrer avec tout l'éclat désirable la naissance du duc de Normandie. et ils invoquaient comme excuse l'étal de débris de leur milice bourgeoise, si on peut appeler de ce nom quelques hommes assemblés sans ordres, sans discipline, sans officiers, la plupart avec des armes d'emprunt. » Arch. du château d'Harcourt, liasse 204.