CHAPITRE XIV
l'organisation municipale des villes et des campagnes (décembre 1789 -février 1790)
Adresses des villes de Basse-Normandie demandant une Constitution à l'Assemblée nationale. — Décret du 14 décembre 1789 sur l'organisation municipale du royaume. La révolution municipale de juillet 1789 endiguée : suffrage censitaire et citoyens passifs. — Les élections dans les campagnes et dans les villes. Condition sociale des nouveaux administrateurs municipaux ; élection de nombreux curés. Installation des municipalités et réjouissances locales. Adresses des municipalités nouvelles à l'Assemblée nationale.
Au milieu de l'anarchie que n'avaient pu enrayer les pouvoirs révolutionnaires élevés sur les débris de l'ancien régime, l'Assemblée nationale apparaissait à tous les citoyens comme le seul régulateur capable d'en corriger les excès ; dans la nuit profonde où sommeillaient les lois, elle demeurait le phare vers lequel se tournaient toutes les espérances. C'est d'elle qu'on attendait le remède et le salut. Chaque jour lui apportait la rumeur inquiète des cités avides de repos, impatientes d'une Constitution qui viendrait fonder l'ordre dans la liberté. Deux adresses, parties de la Basse-Normandie traduisent fidèlement, entre beaucoup d'autres, les désirs de ses habitants. Les députés de l'ancienne assemblée municipale de Torigni, évincés par le Comité de juillet 1789, écrivaient à l'Assemblée nationale : « Très affligés du « désordre qui règne dans le royaume et particulièrement dans « notre ville et ses environs, où le tribunal ordinaire de la justice « est devenu sans fonctions, où les deniers de l'Etat ne se per- « çoivent presque plus, où le vertige, la force, l'injustice prennent « la place de l'ordre, très vivement alarmés des malheurs qui « peuvent résulter de ce désordre, nous avons, Messeigneurs, « recours à vos hautes puissances pour apporter secours et « remède à ces maux.
« La Constitution du royaume, l'organisation, le régime, les « fonctions et pouvoirs des assemblées municipales sont des