REQUÊTES DES VILLES A L'ASSEMBLEE NATIONALE
« objets dont vous vous occupez sans relâche, nous le savons, « Messeigneurs ; mais le mal est si grand et l'anarchie fait de tels « progrès que, si une loi consolatrice ne rétablit pas bientôt l'ordre « public, les sollicitudes paternelles du roi, les résultats de vos « augustes fonctions auront peine à se faire respecter de la classe « la plus pauvre de la société qui a pris et prend à chaque instant « un ascendant si funeste que les meilleurs citoyens voient leurs « propriétés et leurs vies même en danger » (*).
Si cette plainte était unique, on pourrait y voir l'amère boutade de gens maltraités par les circonstances et que leur brusque déchéance incline au pessimisme ; mais elle se fait entendre de toutes parts; elle est l'indice certain d'un malaise général. On la retrouve dans l'adresse que le Comité permanent de Caen rédigea le 31 août 1789, dans la plénitude de ses fonctions, entouré des membres de tous les ordres et des électeurs de la ville « aux fins d'avoir les avis sans distinction » (2). Il y montrait « tous les liens de la société rompus, les lois et leurs ministres sans force », les tribunaux déserts et les juges exposés à la vindicte populaire, la liberté défiant tout frein et toute règle, la mendicité croissant et avec elle l'esprit de brigandage ; il déplorait la décadence de l'industrie, la cessation des travaux publics, les difficultés de perception de l'impôt et l'accroissement du déficit. Il invitait l'Assemblée nationale « à s'occuper sans interruption de la Constitution du royaume et particulièrement de l'organisation, du régime, des fonctions et pouvoirs des assemblées municipales et Etats provinciaux». «C'est, ajoutait-il, la sanction seule de l'Assemblée nationale et du roi qui peut imprimer à ces différents corps le respect, la permanence et l'autorité nécessaire pour rétablir l'ordre».
L'Assemblée nationale, de son côté, sentait l'urgence de cette réforme. Par la voix de Gaultier de Biauzat, elle avait proclamé, le 14 octobre 1789, la nécessité d'organiser au plus tôt le régime municipal pour assurer la perception de l'impôt et l'obéissance à la loi (3). Le 12 novembre, elle décida qu'il y aurait une munici-
(1) Très humble adresse de la municipalité de la ville et bailliage de Toriyni en la généralité de Caen, à nos seigneurs les députés de la nation aux Etats généraux à Versailles, 9 septembre 1789. Arch. nat., D ivbls 5.
(2) Arch. comm., Caen, BB 93, 31 août 1789. — Envoyée aux députés du bailliage de Caen, cette adresse fut lue à l'Assemblée le 24 septembre. Arcb. nat., C92. Le Comité la fit imprimer et envoyer aux différentes villes de la province et aux Comités des principales villes du royaume.
(3) Procès verbal des séances de l'Assemblée nationale, 14 octobre 1789. Arch. nat.,