LES ÉLECTIONS MUNICIPALES DANS LES CAMPAGNES
En rejetant hors de la cité, sous le titre humiliant de citoyens « passifs » tous ces individus pour qui la Déclaration des droits restait une suprême ironie, elle enraya la marche de la Révolution. Considérée à ce point de vue, la loi d'organisation municipale de 1789 a pu être prise pour une loi de réaction bourgeoise, et M. Aulard a pu écrire qu'elle avait été «votée contre le peuple » (i).
Le 6 janvier 1790, des lettres patentes sanctionnant le décret du 29 décembre 1789 prescrivirent la convocation sous huit jours des assemblées électorales pour la composition des municipalités (2). Dans la généralité de Caen, ces élections eurent lieu fin janvier et pendant le mois de février 1790. Une consultation aussi vaste ne pouvait être à l'abri de surprises et d'incidents ; elle fut toutefois exempte de violences et de désordres graves. Une des causes les plus fréquentes d'erreurs fut l'ignorance des paysans. A Monts, vingt-six des votants ne savaient ni lire ni écrire et ne purent rédiger leur billet séance tenante : les opérations furent ajournées du 7 février au 14 et ce jour là, les électeurs apportèrent leurs bulletins de vote remplis à l'avance (3). A Vernix, l'élection se fit à haute voix dans l'église paroissiale, parce que la grande majorité des électeurs ne savait pas écrire (4). L'inexpérience des électeurs dans une matière assez neuve pour eux vicia plus d'une opération ; les formalités légales ne furent pointfpartout respectées : ici, des parents à un degré prohibé étaient élus, l'un maire et l'autre officier municipal (5>, là, un citoyen actif, mais non éligible, fut nommé procureur de la commune (°) ; ailleurs, comme à Giéville et à Mesnil-Raoult, l'assemblée électorale n'avait pas élu son président, les électeurs n'avaient pas prêté le serment obligatoire, les officiers municipaux
(1) Aulard, Histoire de la Révolution française, p. 59. — Jaurès, Histoire socialiste, t. I, p. 396-398, explique L'attitude de la Constituante à l'égard des prolétaires par les (rois raisons suivantes : 1° elle redoutait que le prolétariat anarchique ébranlât la propriété ; 2° elle redoutait que le prolétariat servile compromît la Révolution ; 3° elle refusait d'associer la partie ignorante du peuple à la Révolution, préparée par le progrès des lumières.
(2) Arch. dép., Calvados, C 1019.
(3) Arch. comm., Monts, RR 1. Registre des délibérations, 7 et 14 février 1790.
(4) Ibid., Vernix. Registre des délibérations, 8 février 1790. — « Chouains est si pauvre en gens lettrés, écrit le curé de cette paroisse, qu'elle ne peut môme trouver un greffier qui sache écrire passablemcut. » Lettre du 6 mars 1790. Arch. dép., Calv.nlos, C 7631.
(5) Arch. comm., Cretteville. Registre des délibérations, 24 janvier et 14 février 1790.
(6) Ibid., Hudimesnil. Registre des délibérations, 1er et 2 février 1790.