DISETTE ET CHÔMAGE. SECOURS IMPROVISÉS
et de son prix excessif. A Caen le blé valut 50 livres le sac à la halle du 12 mai 1790 ]). Bayeux t2), Vire(3) se plaignaient de sa cherté qui épuisait les bourses. Le 30 mai, les greniers des campagnes étaient déjà vides '4). Comme les anciens Comités permanents, les municipalités formèrent des bureaux de subsistances pour veiller à l'approvisionnement des villes ; leurs officiers fixèrent le prix du pain et de la viande ; en plus d'un endroit, ils eurent à lutter contre les boulangers, qui refusaient de cuire, contre les bouchers qui menaçaient de suspendre leur vente (5). La charité, publique et privée, se dépensa en efforts souvent insuffisants pour alléger les souffrances populaires. On vit les grenadiers du régiment d'Aunis, à Caen, abandonner au profit des pauvres la solde qu'ils recevaient pour leur service de garde au théâtre (°>, le chevalier de Buffon, lieutenant-colonel du régiment de Lorraine et les officiers de ce régiment distribuer aux pauvres de Bayeux des aumônes assez considérables (7). Des collectes faites à l'occasion de cérémonies publiques reçurent la même destination (8). L'Université de Caen remit aux officiers municipaux, pour être employé en œuvres de bienfaisance, le crédit annuel affecté à sa distribution des prix f9).
Le chômage aggravait la misère. Les mendiants pullulaient dans les villes et les campagnes (10). Les officiers municipaux de
(1) Lettre des officiers municipaux à de Cussy, 12 mai 1790. Arch. comm., Caen, Registre de correspondance.
(2) Lettre du procureur-syndic de Bayeux, Le Tellier, aux procureurs-syndics provinciaux. Arch. dép., Calvados, C 7780.
(3) Lettre des officiers municipaux à Flaust, 7 juin 1700. Arch. comm., Vire, Registre de correspondance.
(4) Lettre des officiers municipaux à Necker, 30 mai 1790. Ibid., Caen, Registre de correspondance.
(5) Les officiers municipaux de Caen sont obligés d'augmenter le prix du pain pour amener les boulangers à en cuire. Ibid., Caen. Registre de correspondance, lettre du 12 mai 1790. — A Avranches, un arrêté de police municipale taxant à 8 sols le prix de la livre de bœuf, est rapporté sur la réclamation des bouchers et la livre taxée 8 sols 6 deniers. Ibid., Avranches, Registre des délibérations, 17 juin 1790. — Nombreux exemples de taxations du pain à Tinchebrai. Ibid., Tinchebrai. Registre de délibérations, 12 mars, 25 avril, 20 mai, 20 mai, 2 juin, 20 juin, 27 juin 1790.
(6) Lettre de remercîmenfs des officiers municipaux au lieutenant-colonel du régiment d'Aunis, 15 avril 1790. Ibid., Caen. Registre de correspondance.
(7) Ibid., Baveux. Registre de correspondance, mai 1790.
(8) A Caen, une quête faite à la messe de la foire, le 25 avril 1790, produisit 521 liv. Ibid., Caen, Dl.
(9) Délibération de l'Université de Caen, du 21 juillet 1790. Ibid., ancien carton 25. Cf. Arch. dép., Calvados, D83.
(10) Ibid., C 7780. Cf. Lettres des officiers municipaux de Caen à Le Cavelicr, négociant au Havre, 9 mars 1790 ; à Cussy et Lamy, députés à l'Assemblée nationale.*