‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 425 sur 511 · ÉCHEC DE LA MISSION POMIÈS · texte numérisé non relu

ÉCHEC DE LA MISSION POMIÈS

met « la remise des droits dûs depuis la Révolution, la réduction du droit de quatrième au huitième fixe et invariable » ; il garantit la régularité et la douceur des perceptions futures (*). Peines perdues. La municipalité feint de douter de la légalité de sa mission, refuse de convoquer à l'hôtel de ville l'assemblée de la commune, et engage Pomiès à quitter Caen au plus tôt pour éviter les dangers dont il est menacé (2). En vain le ministre Saint-Priest exprime-t-il la surprise du roi, irrité d'une semblable résistance ; en vain mande-t-il à Paris le maire Vendœuvre et le commandant de la garde nationale « pour concerter les dispositions à prendre » (:{) ; la municipalité justifie son attitude par la misère des temps, évoque le spectre de l'émeute, conseille d'attendre la reprise des travaux, d'ajourner cette mesure impopulaire à une date plus opportune (4). Le tout aboutit à une longue proclamation adressée le 6 avril aux villes et bourgs de la province sur la nécessité de concourir à la perception des impositions (5). Pomiès n'est pas plus heureux à Bayeux. Bouchers, tailleurs, mégissiers, cabaretiers, avec lesquels il peut se ménager une entrevue, acceptent de payer les droits de régie, mais seulement aux préposés de la ville : intimidée par l'opinion publique, la municipalité n'ose pas rétablir les commis (6). Continuant sa tournée, Pomiès traverse le Cotentin ; il apprend qu'à Valognes les officiers municipaux protègent la fraude en relâchant les prisonniers (7). Si Cherbourg lui fait meilleur accueil, c'est qu'elle vient d'obtenir un district et qu'elle espère davantage encore. Cette ville, d'ailleurs, sait mettre à profit son passage : elle le prie de signaler au roi le besoin urgent d'un tribunal pour juger les fraudeurs ; elle se fait ouvrir, avec l'appui de son nom et malgré la résistance du

(1) Lettre de Pomiès aux maire et officiers municipaux de Caen, 25 mars 1790 Arch. comm., Caen, carton 43.

(2) Lettre de Pomiès aux mêmes, 27 mars 1790. Ibid.

(3) Lettre du comte de Saint-Priest aux mêmes, 30 mars l"/90. Ibid.

(4) Lettre des officiers municipaux au comte de Saint-Priest. 4 avril 1790. Arch. comm., Caen, Registre de correspondance.

(5) Ibid., Di. Registre des délibérations, 16 avril 1790. — Lettres d'envoi au président de l'Assemblée nationale, au garde des sceaux, à Necker, Lambert, Saint-Priest, aux curés de Caen, à plusieurs villes et bourgs de la province. Ibid., Registre de correspondance.

(6) Ibid., Bayeux, Di12. Registre des délibérations, 28 mars 1790.

(7) Pomiès s'étant plaint que les habitants de Tourlaville favorisent aussi la fraude, ceux-ci protestent, dans une lettre du 7 avril 1790, contre de telles insinuations, et envoient à l'Assembiée nationale un placard imprimé contenant une proclamation rédigée le 28 mars par la municipalité de Tourlaville, en faveur du maintien des droits. Arch. nat., Dvi 38, 1. 547.

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