MESURES FRATERNELLES D'APPROVISIONNEMENT ET DE DEFENSE
liens de sympathie entre les villes. A l'égoïsme de plusieurs d'entre elles, qui gardaient jalousement le blé dans leurs halles et s'opposaient même par la violence à son enlèvement, avait succédé une entente fraternelle en vue de faciliter la régularité des approvisionnements. Pour assurer l'exécution des décrets de l'Assemblée nationale sur la libre circulation des grains, des conférences, dont Bayeux semble avoir pris l'initiative ll\ avaient été organisées entre les villes du Bessin et du Cotentin. Deux délégués de chacun des Comités permanents de Bayeux, Isigny, Carentan, Périers, Torigni, Saint-Lô s'étaient donné rendez-vous dans cette dernière ville. Des délibérations de ce congrès bas-normand, réuni les 10 et 11 décembre 1789, était sorti un règlement qui protégeait la liberté du transit des grains à travers la province "2l On y avait décidé la tenue de « conférences fraternelles » périodiques, chargées de prendre les mesures relatives à la subsistance commune. Cette association de secours mutuels contre la faim n'ouvrait-elle pas les voies à la Fédération?
La Grande peur de juillet-août 1789 ne fut point étrangère à cet élan général de sympathie. La nécessité de se grouper contre les émeutiers et les brigands, contre les dangers réels et les périls imaginaires provoqua, non seulement la création spontanée de Comités de défense locaux au sein de chaque ville, mais encore la formation de ligues défensives régionales entre villes et villages. En l'absence d'un pouvoir exécutif obéi, les campagnes demandaient protection au centre urbain le plus proche. Caen était à la tête d'une association de paroisses auxquelles elle donnait le mot d'ordre (*3). Tinchebrai avait formé avec les villages des alentours une « alliance défensive envers et contre tous les malintentionés » (*). Vire organisait une confédération patriotique, qui ralliait les adhésions des bourgs voisins « au nom de la confraternité, bouclier commun contre les ennemis de la nation » (5). Les délégués de quarante-cinq paroisses du Bocage, réunis à
(1) Arcli. coram., Cherbourg, AA 66 : allusion à une tournée de propagande faite par les députés de Bayeux auprès des divers Comités de la région, pour la réunion d'une conférence à Saint-Lô, 30 novembre 1789.
(2) Procès-verbal de la première conférence tenue à Saint-Lô, suivi d'un règlement en 22 articles. Arch. comra., Bayeux, D l13 bis. Registre du Comité national permanent, fus 95 à 99. — Cf. Ibidi. Carentan. Registre des délibérations, 7 décembre 1789. Voir ci-dessus, chap. XIII, p. 354.
(3) Arch. comm., Caen, BB 93. Registre des délibérations, 7, 11, 12 septembre 1789.
(4) Ibid., Tinchebrai. Registre des délibérations, 16 août 1789. (5; Ibid., Torigni. Registre des délibérations, 3 octobre 1789.