‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 461 sur 511 · LES MENACES DE LA CONTRE-REVOLUTION · texte numérisé non relu

LES MENACES DE LA CONTRE-REVOLUTION

Condé-sur-Noireau le 26 août 1789, y avaient signé un contrat d'association et d'union contre les perturbateurs de l'ordre public, se promettant secours réciproque en cas d'attaque imprévue et de danger pressant il).

Les villes rivalisaient entre elles d'égards et de bons offices. Cherbourg faisait des ouvertures amicales à sa rivale Valognes, en vue de leur défense réciproque et son appel était entendu (2). Granville permettait aux chasseurs auxiliaires d'Avranches de réunir sur leur drapeau les armes des deux cités et le Comité d'Avranches, dans sa lettre de remercîments, regardait « l'assemblage des deux écus » comme un symbole de concorde et d'étroite confraternité (3). Les démarches prévenantes de Mortain comblaient Avranches de reconnaissance et de confusion et aboutissaient à une « agrégation civique » entre les citoyens des deux villes W.

La division de la France en départements avait été aussi un auxiliaire efficace de l'unité nationale : en brisant les cadres où le particularisme régional s'enfermait, elle avait, selon l'expression de Louis XVI, « réuni davantage à un même esprit et à un même intérêt toutes les parties du royaume » (5). Et les paroles du roi trouvaient un écho dans le cœur de tous ses sujets. « Le temps est « venu, écrivaient les officiers municipaux de Rennes à leurs « collègues de Caen de renverser les barrières qui nous séparent. « Aujourd'hui que nous n'avons plus que les mêmes principes, les « mêmes lois, une même patrie, nous ne devons plus nous considé- « rer que comme une grande société de frères et d'amis » <6).

Enfin les menaces de la contre-révolution achevaient d'imprimer un vigoureux élan à cette campagne vers l'union. « Jamais, « disait le roi, dans sa proclamation du 28 mai 1790, des circons- « tances plus impérieuses n'ont invité tous les Français à se « réunir dans un même esprit, à se rallier avec courage autour « de la loi et à favoriser, de tout leur pouvoir, l'établissement de

(1) Procès-verbal de formation de la confédération de Condé-sur-Noireau, 26 août 1789. Arch. nat.. Divbis21. Voir ci-dessus, chap. XIII, p. 372.

(2) Réponse des officiers municipaux de Valognes, 5 septembre 1789, à une lettre des officiers municipaux de Cherbourg écrite le 3 septembre. Arch. comm., Cherbourg, AA 66.

(3) Ibid., Avranches. Registre des délibérations, 25 septembre 1789.

(4) lbid., Mortain. Registre des délibérations, 24 décembre 1789.

(5) Discours du roi, du 4 février 1790.

(6) Lettre des officiers municipaux de Rennes, 12 mars 1790. Arch. comm., Caen, carton 56. — C'est ce même esprit qui, au congrès de Pontivy, avait inspiré le pacte fédératif des Prêtons et des Angevins.

l'invitation de paris aux municipalités 487

« la Constitution » M. Pour mettre cette Constitution à l'abri de tout retour offensif de l'ancien régime, pour défendre les conquêtes de la Révolution contre ses ennemis, la nation en armes se dressa dans un mouvement unanime. Tous les groupements locaux que le concert des énergies individuelles avait formés se réunirent à leur tour en un faisceau gigantesque d'énergies collectives ; les fédérations locales et régionales se fondirent en s'élargissant dans la grande Fédération nationale.

Ce fut dans la séance du 5 juin 1790 que l'Assemblée constituante, sur la proposition du maire de Paris, Bailly, décida la célébration de cette fête. Au nom des citoyens de Paris, Bailly conviait à un solennel rendez -vous tous leurs « frères et amis » des provinces. Les lettres d'invitation, envoyées le 15 juin, s'adressaient aux officiers municipaux des villes (*). Dans le désarroi administratif de cette heure, où les bureaux intermédiaires agonisaient et où les Directoires n'étaient pas nés, les municipalités restaient le seul organe actif de la vie publique. La démarche que Bailly avait cru devoir faire auprès d'elles pouvait aussi être considérée comme un hommage rendu aux héritières des municipalités qui, en juillet 1789, avaient donné un si vif essor à la Révolution.

Plus d'une d'entre elles avait, sans attendre l'appel de Paris, projeté la célébration de réjouissances extraordinaires en l'honneur des départements dont l'organisation s'achevait et s'apprêtait à faire fête au nouveau régime administratif. Les officiers municipaux de Valognes, dès le 7 juin, avaient pris l'initiative d'une correspondance avec les sept districts de la Manche en vue de constituer à Coutances une fédération 'départementale (3). Dix jours plus tôt, le 28 mai, les officiers de la garde nationale de Lisieux proposaient à la municipalité de Caen le plan d'une fédération entre les gardes nationales du Calvados ; le Conseil général de Caen y donnait son adhésion sans réserve et entamait des négociations à ce sujet avec les villes voisines (4). Partout, dans la Basse-Normandie, à la fin de juin et au commencement de juillet, on assistait aux préparatifs de solennités patriotiques. Les plus

(1) Proclamation du roi, 28 mai 1790.

(2) Lettre de Bailly aux officiers municipaux de Caen. 15 juin 1790. Arch. connu., Caen, carton 36.

(3) Registre de correspondance des officiers municipaux de Valognes. Arch. dép., Manche, série L non inventoriée.

(4) Arch. comm., Caen, Dl. Registre des délibérations, 10 et 13 juin 1790.

Page 1