‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 462 sur 511 · CÉLÉBRATION DE LA FÉDÉRATION DANS LES CAMPAGNES · texte numérisé non relu

CÉLÉBRATION DE LA FÉDÉRATION DANS LES CAMPAGNES

humbles villages prirent part à l'allégresse générale et plus d'un registre de délibérations conserve le procès-verbal de ces fêtes locales, rédigé de la main souvent inexperte du greffier communal, interprète naïf de l'enthousiasme public. Ce qui vint de Paris, ce fut la date du 14 juillet : elle était choisie à dessein, comme l'anniversaire du jour où la France avait • conquis sa liberté. La municipalité parisienne avait invité toutes celles du royaume à s'unir d'intention à elle dans un serment collectif de fidélité à la Constitution. Dans mainte commune toutefois, la fête fut célébrée le dimanche précédent, « le 14 étant jour ouvrable et les travaux des champs pressant » (*). Mais le 14 juillet, au coup de midi, les cloches y sonnèrent à toute volée pendant une demi-heure, « pour avertir les paroissiens de se réunir au vœu général et de participer à la confraternité de tous les Français » (2).

C'était l'église qui servait presque partout de théâtre à ces cérémonies. Elle était le cadre naturel de ces manifestations déistes, placées sous les auspices de l'Etre suprême. Le clergé prêtait ses édifices et son culte et « disait la messe de la Révolution ». Dans les bourgs et les villes où un plus grand espace était nécessaire aux évolutions des citoyens plus nombreux, on avait abandonné l'église pour la place publique ; un autel de la patrie en occupait le centre. Les officiers municipaux, les notables s'y rendaient en corps à la suite des prêtres, escortés par la garde nationale et les citoyens actifs. La messe, célébrée en musique, était suivie du Te Dewn, de la bénédiction des drapeaux :5 . Le maire de la commune, qui assez souvent en était aussi le curé, faisait à l'assistance un discours patriotique, prêchant « la sagesse, la confraternité et l'esprit d'obéissance à la loi » [il II prononçait ensuite à haute voix la formule du serment prescrit et l'assemblée la répétait en l'accompagnant de bruyants vivats(5). Parfois plusieurs communes s'associèrent pour rendre la fête

(1) Le 14 juillet 1790 était un mercredi.

(2) Arch. comm., Sommervieu. Registre des délibérations.

(3) Ibid.', Muneville-sur-Mer.

(4) Ibid., Castilly, Torteval, Montebourg.

(5) Ibid., Coulouvray, Digosville,Tonrlaville, Grosville, Saint-Sauveur-de-Bonfossé, Sainte-Colombe, Sainle-Marie-du-Mont, etc. A Jurques, .< on prêta serment avec force et courage ». A Magneville, la commune « prêta le serment d'une sainte fraternité, de défendre jusqu'au dernier soupir la Conslitution de l'Etat, les décrets de l'Assemblée nationale, l'autorité légitime de nos rois (sic) et la fédération générale de tous les départements ».

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