‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 96 sur 511 · CRITIQUES CONTRE LES INTENDANTS · texte numérisé non relu

CRITIQUES CONTRE LES INTENDANTS

centralisation excessive. Longtemps avant leur disparition, les intendants étaient condamnés. De tous leurs adversaires, Necker avait frappé le plus fort et il avait porté la première atteinte grave à leur autorité en établissant, les assemblées provinciales du Berry et de la Haute-Guyenne modèles de toutes les autres. A deux reprises différentes, dans son « Mémoire au Roi » de 1778, et dans son « Traité de l'administration des finances de la France » publié en 1784, il s'était élevé avec la plus grande sévérité contre les vices de l'institution des intendants.

Les critiques si vives qu'il formulait, avec d'autres contemporains (*), contre leur mode de recrutement, leur ignoraance, leur ambition, leur esprit ombrageux, leur désintéressement des affaires de leur province étaient-elles justes en ce qui concerne l'intendance de Caen? Premier grief : un long usage appelle uniquement aux intendances les maîtres des requêtes. Pourquoi s'entêter à les prendre dans ce corps? Leur état ne forme pas particulièrement à l'administration, car ils ne sont occupés que de rapporter au Conseil des requêtes en cassation ; ils sont donc fatalement, au début, des administrateurs inexpérimentés. Si encore on les choisissait avec discernement ! Mais, ou bien l'on suit aveuglément l'ordre du tableau, ou ce qui est pis encore, des considérations de faveur amènent de trop jeunes maîtres des requêtes à la tête des intendances'2). Ce reproche était fondé pour quelques-uns des derniers intendants de Caen. Fontette et Esmangart avaient été nommés à 34 ans, Feydeau de Brou à 22 ans, après six mois au plus de présence au Conseil d'Etat (3).

(1) L'Espion déualisé (attribué à Baudoin de Guémadeuc, ancien maître des requêtes), p. 216 et suiv. L'Espion anglais (attribué à Pidansat de Mairobert, secrétaire des commandements du duc de Chartres, membre de l'Académie royale de Caen). Tome V, p. 96 et suiv.

(2) L'Espion déualisé s'exprimait ainsi : « Depuis 1776 on a reçu au Conseil quelques fils de maîtres faits pour y être, mais qui sont de plats sujets. Voilà cependant

la pépinière des 33 intendants du royaume On reçoit des fils de traitants, de

maçons, de trésoriers, puis on veut que les peuples respectent ces va-nu-pieds... ■» p. 216-217. — L'Espion anglais, tome V, p. 96, est tout aussi dur à l'égard des intendants. « Qu'est-ce qu'un commissaire départi ? Un jeune freluquet qui sort de Paris pour la première fois, ignorant souvent comment croît le blé, ayant presque toujours un intérêt contraire à celui de la province, courant la carrière de la fortune avide des grâces de la cour qu'il doit obtenir par le canal du ministre des finances... »

(3) Jugement de l'Espion dévalisé sur Esmangart, p. 220-221 : « Esmangart, fils d'un valet de chambre du Palais Royal. . . était à Bordeaux d'où on l'a chassé en 1774 parce qu'il faisait l'important; il s'était voué en bas valet à Maupeou... Sa mère, qui était auprès de Madame de Chartres, a eu le crédit, par M. le duc d'Orléans, de placer ce beau fils à Bordeaux. Je vous demande ce qu'il a fait dans celte intendance

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