‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 97 sur 511 · CRITIQUES CONTRE LES INTENDANTS · texte numérisé non relu

CRITIQUES CONTRE LES INTENDANTS

Autre accusation, également motivée. Leur ambition les pousse à changer souvent de place, à considérer l'intendance qu'on leur a- confiée comme un simple échelon, comme un lieu de passage. Présumant qu'on avance plus par les intrigues et les relations que par le travail et l'étude, ils viennent souvent à Paris, se font remplacer par leurs secrétaires ou leurs subdélégués. Leur vie se passe à courir la France, d'une intendance à l'autre, et chacun de ces changements leur fait perdre, au grand détriment de leur province, le bénéfice des connaissances qu'ils ont acquises sur elle. Là encore Necker touchait juste, et il exprimait avec une ferme modération des vérités que les pamphlétaires du temps traduisaient avec plus de véhémence (rK L'intendance de Caen avait eu à souffrir de cette instabilité de ses administrateurs. Du départ de Fontette (1775) jusqu'à la Révolution, elle compta trois intendants : Esmangart (1775-1783), Feydeau de Brou (1783-1787) et Cordier de Launay. Esmangart arrivait de Bordeaux et devait quitter Caen pour Lille. Feydeau de Brou avait déjà été, de 1776 à 1783, intendant de Bourges et de Dijon : il cumulait, avec ses fonctions d'intendant, celles de directeur adjoint des économats, ayant l'expectative de cette charge possédée par son oncle Marville. Pendant plus de cinq ans, à la fin de l'administration de Fontette, l'intendance de Caen avait été à la merci d'un subdélégué général haineux et improbe, qui avait accumulé les fautes et les scandales (2), tandis que son chef demeurait à la cour comme chancelier de Monsieur.

Aussi la Basse-Normandie, lasse d'éprouver les mauvais effets d'une telle administration, en attendait-elle avec impatience la réforme. Depuis assez longtemps déjà, elle avait joint ses réclamations particulières à celles de l'opinion publique. Le vieux

et ce qu'il peut faire à Caen ? » Jugement, du même libelle sur Feydeau de Brou, p. 218 : « De Brou, qui est à Dijon (en 1780), n'a pas été six mois au Conseil. Richissime, beau-fils, petit-fils d'un garde des sceaux par intérim,, il méprise la place et l'état. »

(1) « Leur antipathie pour le travail ne leur permet pas d'acquérir des connaissances personnelles, les provinces qu'ils régissent leur demeurent toujours également inconnues. . . » Lettre de M. à M. . . conseiller au Parlement, au sujet de ledit pour l'établissement des administrations provinciales (26 avril 1781).

« Ne connaissant point les lieux qu'il n'a jamais habités, où il ne réside que trois à quatre mois de l'année, (l'intendant) sera obligé de s'en rapporter à ses subdélégués pour la formation des mémoires envoyés à la cour. » L'Espion anglais, p. 97.

(2) Arch. dép., Calvados, C 229. Note de d'Ormesson sur Malafait, subdélégué général de Caen. « M. Malafait vante ses anciens services, mais il n'a pas travaillé gratis ; bien des gens seraient contents de se retirer comme lui, à la haine publique près. «

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