‹ La fin de l'empire espagnol d'AmériqueChapitre 18 sur 35 · Las Siete Partidas, part, ÎI, tît. X, I. !î · texte numérisé non relu

Las Siete Partidas, part, ÎI, tît. X, I. !î

Les nouvelles sont lentes à venir et beaucoup, restent ignorées, mais, tout de même, on sait que les sentences du Conseil des Indes sont toutes équitables ^ et on apprend, de temps en temps, que des plaintes justifiées ont eu pour conséquence la punition, par le roi, d'un président d'audience ou d'un vice-roi. En fait d'abus, — lorsque abus il y a, — ce peuple

1. <( On remarque, dans les lois qui forment le code des possessions espagnoles, une grande prévoyance, une profonde sagesse. Les moyens qu'on emploie pour y maintenir la souveraineté nationale dans toute son intégrité et à prévenir les abus d'autorité auxquels la grande distance de la métropole pourrait encourager, sont si ingénieusement combinés qu'on peut les regarder comme le chefd'œuvre de la législation des colonies modernes quant à leurs rapports avec la mère patrie.

<( L'Europe ne fournit pas l'exemple d'un tribunal dont les décisions aient été, pendant trois cents ans, aussi lumineuses, aussi sages que l'ont été et que le sont encore celles du Conseil des Indes. Durant ce long exercice, la calomnie même n'a pas ose lui reprocher le moindre acte entaché de prévention, d'ignorance ou de faveur».

F. Depons : Voyage à la partie orientale de la Terre- Ferme dans l'Amérique méridionale, fait pendant les années iSOl, 1S02, 1803, 180^ (Paris, 1806, 3 vol.), t. I, pp. 38-39.

Depons était, comme Bourgoing, un agent du gouvernement français. Mais il ne se croyait pas obligé, pour défendre les «conquêtes delà Révolution », de calomnier le plus noble, le plus humain des gouvernements étrangers. Depuis, la calomnie a osé. MM. Lavisse, Seignobos, Driault, Monod, Deberle, etc., ont une autre méthode historique.

ne connaît que ceux des grands propriétaires, des grands industriels, des nobles et des fonctionnaires qui désobéissent aux instructions royales et violent les sages Lois des Indes. 11 ne peut donc avoir que de l'aversion, ou tout au moins de la niéiiance, pour une révolution commencée par ces privilégiés.

En 1809, il est tout î\ fait indiflerent aux indigènes que les exportateurs de peaux de Buenos Aires fassent fortune sous un régime de liberté politique et commerciale. Il leur est également indilVérent d'être gouvernés par un marquis de la Concordia né en Espagne ou par un comte de la Conquisla né en Amérique. Mais si l'un des deux nobles manque de soumission à l'autorité royale, ils prendront parti contre lui. Si l'on veut faire une révolution au nom du roi menacé, ils en sont, mais si la révolution tend à l'indépendance ils deviennent contre-révolutionnaires. Ils sont partisans des juntes quand elles se constituent pour défendre les droits du roi captif. Quand les juntes travaillent pour l'indépendance complète, nombreux sont les Indiens qui ne s'en aperçoivent pas ; l'étiquette royale qui subsiste leur sutlit. Ils n'enleiulent rien aux subtilités, aux babiletés et aux trahisons de la politique. Dans ce cas, ils servent la cause de la révolution en croyant la combattre. Ils crient : « Vive le roi! »

quand un vice-roi est expulsé. Et c'est le Roi qui s'en va.

Ce sont des enfants qu'on peut aisément tromper, des enfants un peu sauvages. Comme tels, ils sont à la merci de toute influence assez forte ou assez habile pour s'imposer à eux. Un homme de race blanche, Hidalgo, fera d'eux des bandits en réveillantet excitant leurs primitifs instincts d'anarchie et de sang . Une fois l'impulsion donnée, ils ne connaissent plus que la volupté de piller et la rage de tuer. Quand ils sont bien encadrés et maintenus par des officiers espagnols ou créoles, ils sont, dans un camp comme dans l'autre, de braves soldats. Bolivar fera d'eux des combattants héroïques ; ils adoreront ce chef au regard fascinateur

Les métis, zambos, mulâtres et autres Américains nés du mélange des races ne diffèrent guère d'eux sur ce point. Au début, ils sont, en majorité, partisans de Fancien régime et leurs soldats s'enrôlent sous sa bannière . Peu à peu, ils se rallient au nouveau parce que c'est lui qui triomphe, parce qu'on les grise de promesses, et qu'ils subissent des influences dont les principales sont celles des chefs auréolés parla victoire, des curés et desmoines patriotes. L'exemple le plus caractéristique est fourni par les //aneros de l'Orénoque. frères des ^auc/zos

de la Plata. Ces dompteurs de taureaux, ces merveilleux centaures qui étaient les plus redoutables lanciers du monde, sont ralliés à la cause espagnole par un contrebandier condamné à la prison, qui est royaliste et hait les créoles parce qu'il a des rancunes contre quelques-uns d'eux. Boves, un des hommes les plus monstiiieux de l'histoire, parcourt le Venezuela à la tête de 20.000 //aneros avec la puissance dévastatrice de plusieurs fléaux déchaînés à la fois : vols, pillages, incendies, assassinat de la population des villages où il y a des républicains et qui se trouvent sur son passage, sans que les femmes et les enfants soient épargnés. C'est l'ivresse sadique du sang dans toute son horreur.

Boves meurt dans un combat. Peu après les llaneros qui estiment qu'on ne les a pas assez récompensés pour leurs services subissent l'ascendant d'un autre conducteur. José- Antonio Paez est un vrai chef de guerre. Il se bat pour un idéal respectable ; il est patriote et républicain ; il deviendra même président delà République. Aussitôt, les llaneros reprennent la campagne au nom de la république, et s'ils ne commettent alors pas autant de crimes qu'au nom du roi, c'est que leur général n'est pas un bandit. Paez est le maître dur qui sait les dominer et les faire servir. Doué d'une vigueur herculéenne, il exécute lui-

même avec ses poings terribles les sentences qu'il prononce contre des soldats pris en faute. Par sa rude beauté et par le prestige qu'il doit à sa force physique, il donne Tidée de ce que devaient être les chefs des peuplades guerrières de la préhistoire»

Quant aux nègres, ils sont, encore plus que les Indiens et les métis, des instruments. Il n'y a pas, dans l'Amérique du Sud continentale, de soulèvements d'esclaves, pour la conquête de la liberté et du pouvoir^ comparables, en intensité et en résultat, à ceux des Antilles. A l'imitation de ce qui se passait à Saint-Domingue, il y a, dans plusieurs provinces, des émeutes de nègres et même une tentative d'établir, au Venezuela, une république d'esclaves libérés ; mais ces mouvements sont vite réprimés. En 1810, les nègres sont à peu près indifférents aux querelles des gens qui ne sont pas de leur couleur, mais ils se jettent, quand même, dans la mêlée générale. Les indépendants leur disent que tous les hommes sont des frères et que l'esclavage va être aboli ; Bolivar, le plus généreux de tous, n'attend pas qu'une loi soit votée pour donner la liberté à ceux de ses domaines. Les esclaves s'arment contre les bienfaiteurs qui leur tendent les bras et ils les assassinent. 11 y a aussi des nègres dans les troupes de l'indépendance, mais c'est parce que les maîtres

qui les enrégimentent savent se faire obéir ; ils marchent insoucieux des Droits de l'homme, — leurs droits, — comme les autres le sont des Droits du roi ; comme ceux-ci, ils ne prennent du plaisir qu'à tuer des Indiens et des blancs.

Les opérations de la guerre entre TEspagne et les domaines américains de la Couronne d'e Castille commencent en 1810 par la déclaration, que fait la Régence, du blocus des côtes vénézuéliennes, la révolution de Caracas, la sanglante répression de la révolution en dentelles de Quito, et le soulèvement des Indiens du Mexique; ce dernier mouvement est, comme nous le verrons, absolument distinct, comme causes et caractères généraux, de ceux de l'Amérique du Sud. L'usurpation napoléonienne a tout déclenché, mais ce n'est pas contre la France que se fait cette guerre. Napoléon, comprenant qu il ne pouvait ni soumettre les Hispano-Américains par la force ni les gagner par la persuasion, ne tenta rien contre eux. Bien au contraire ! Un précieux encouragement leur vint de lui. Le 12 décembre 1809, il déclara, dans l'exposé de la situation de l'empire présenté au Corps législatif, que <( Tindépendance des nations américaines est dans l'ordre nécessaire des

événements », qu'il ne s'y opposera jamais, et il rappelle que c'est la France qui a établi Tindépendance des Etats-Unis du Nord. Peu après, des volontaires français, suivant l'exemple de La Fayette, vont se mettre, dans T Amérique du Sud, au service de la cause de la liberté des peuples. En 1811, quatre officiers français organisent et instruisent la cavalerie vénézuélienne et font partie de Fétat-major de Miranda. Pendant les quatre premières années de la guerre, lEspagne entièrelutie contre les armées de Napoléon ; durant quelque temps, la cause nationale parut perdue lorsque la Régence Fut réduite àla possession d'un port et d'un îlot. Comment peut-elle combattre les insurrection s qui se propagent sur tout le continent depuis le rio de la Piata jusqu'aux provinces mexicaines qui font aujourd'hui partie des Etats-Unis ? Où trouvet-elle les ressources sutllsantes en hommes et en argent pour résister aux organisateurs de la future Argentine soutenus par un clergé toutpuissant, au génie militaire de Bolivar et aux 80.000 fanatiques d Hidalgo ? « Le gouvernement espagnol désorganisé par l'occupaiion française, écrit M. Seignobos, n'avait rien pu faire pour empêcher les colonies de s'insurger ^ » Et alors ? C'est bien simple, car tout

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