‹ La fin de l'empire espagnol d'AmériqueChapitre 19 sur 35 · Histoire contemporaine depuis 1815, pp · texte numérisé non relu

Histoire contemporaine depuis 1815, pp

est simple pour qui pose des principes faux et y soumet les événements historiques en les déformant d'une manière plus ou moins consciente, afin que les faits ne soient pas en contradiction avec les principes. Le gouvernement espagnol ne pouvant rien faire, toutes les colonies espagnoles deviennent aisément indépendantes, — à l'exception toutefois du Mexique et du Pérou où il y avait des régiments espagnols, concède M. Seignobos... En 1814, tout change : « Mais, ajoute notre historien, dès que Ferdinand VII eut été restauré en Espagne, il envoya des troupes pour rétablir son autorité en Amérique. Alors commença la guerre d'indépendance américaine. » Et c^est alors seulement, à cette date de 1814, que M. Seignobos se décide à écrire ce titre : « Guerre de rindépendance. » Or c'est erroné, comme est erroné tout ce qui précède cette époque et erroné tout ce qui la suit dans l'histoire de l'Amérique telle qu'on l'enseigne à nos collégiens.

De 1810 à 1814, une guerre formidable ensanglante des régions immenses sur tout un continent ; des pays plus grands que la France sont, littéralement, des champs de carnage et de boucherie tels qu'aux époques d'invasion de barbares l'Europe occidentale ne vit rien de pire. Et il se trouve des historiens qui ignorent cette guerre, ou la laissent ignorer de leurs

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lecteurs parce qu'elle ne se déroule pas conformément aux règles de la révolution-type I D'autre part, le gouvernement impuissant d'une métropole lointaine, entièrement occupée par de victorieux ennemis, fait face à toutes les nécessités de cette guerre, et si bien qu'à la veille de la Restauration il est redevenu le maître dans plus de la moitié des provinces rebelles, et en une excellente situation dans celles où l'on se bat encore. Et pourtant, même après la restauration de Ferdinand VII, l'Espagne était dans l'impossibilité matérielle d'envoyer un nombre suffisant de troupes dans les vice-royaumes d'Amérique, — nous ne dirons pas pour les conquérir, — mais pour y soutenir une longue guerre. Or, la guerre a duré une quinzaine d'années, elle a été, de part et d'autre, acharnée, cruelle, héroïque. Pourquoi ? Pour répondre à cette question, il manque, dans beaucoup de livres d'histoire, la petite phrase suivante qui explique tout : La guerre hispano-américaine est une guerre civile entre Américains qui veulent^ les uns la continuation du régime espagnol, — les autres Vindépendance avec Ferdinand VII ou un de ses parents pour roi, ou sous un régime républicain ^

1 . Pendant les années antérieures à la Restauration, l'Espagne ne put envoyer en Amérique que 15.625 soldats,

L'Espagne, occupée par les armées de Napoléon et luttant contre elles, a trouvé le moyen de vaincre les insurrections qui éclataient de toutes parts dans son vaste et lointain empire ; puis, après la Restauration, de poursuivre la lutte avec honneur et gloire jusqu'en 1824, parce qu'elle y a trouvé, pour défendre sa cause, des armées de volontaires, des officiers, des

au total et en plusieurs expéditions. L'expédition la plus considérable, après la Restauration, est celle de Morillo {en 1815) qui comprenait 10.500 hommes. En 1821, il n'y avait, au Mexique, que 8.448 hommes de troupes espagnoles régulières. Unnombre insignifiant de soldats espagnols prit part à la bataille d'Ayacucho qui mit fin à la guerre de l'indépendance.

Ceux de nos historiens qui puisent dans l'Histoire de Gervinus des jugements méprisants contre les Espagnols et les Hispano-Américains, devraient bien lui emprunter quelques constatations et faits exacts. Il écrit, par exemple, qu'au Mexique, «jusqu'en 1821, les régiments créoles et les officiers restèrent les meilleurs appuis de la cause espagnole ». (Ouv. cité, t. VI^ p. 134.) Il sera intéressant d'étudier pourquoi ces régiments si longtemps fidèles passèrent tout à coup dans le camp de la révolutionréaction.

Cantu, qui a collectionné presque toutes les erreurs, écrit : « Si l'Angleterre^ ne put avec seize millions d'habitants, des ressources maritimes énormes, venir à bout de deux millions et demi de Nord-Américains, comment l'Espagne pouvait- elle prétendre comprimer tout un continent ? » (Ouv. cité, t. XVIII, p. 495.) — Eh ! oui, elle eut cette prétention, et la guerre de TAmérique espagnole fut plus longue, plus difficile, plus sanglante que celle de l'Amérique anglaise. Et Cantu ne voit pas pourquoi...

généraux, dans toutes les classes de la société, depuis le grand seigneur jusqu'au pauvre indigène, parmi ces créoles et ces Indiens qui, nous dit-on, gémissaient sous le joug odieux de ses vice-rois et de ses évêques et n'avaient jamais eu une occasion si sûre de le secouer. Telle est la vérité que Ion cache parce que, avec tous les événements qui en découlent, et jointe à d'autres vérités non moins certaines, elle contribuerait à détruire les odieuses légendes inventées contre l'Espagne et sa prétendue complice l'Eglise au sujet du prétendu martyre de rAmérique.

Pendant les longues années de luttes pour Tindépendance, les hommes d'Etat et les littérateurs américains propagèrent ces légendes. Ils estimaient que c'était nécessaire pour entretenir la flamme de la résistance et gagner à la cause de l'émancipation les sympathies de l'ancien continent. Une fois l'indépendance conquise, après 1830, leurs successeurs continuèrent, par habitude, par ignorance, et aussi parce que la maladie du romantisme politique européen avait envahi l'Amérique : la tyrannie de l'ancien régime et la liberté du nouveau, les ténèbres du passé théocratique et les lumières du présent laïque donnaient lieu à de si faciles antithèses et à des développements lyriques si abondants et si grandiloquents !

Peu à peu, vers la fin du dix-neuvième siècle, les intellectuels hispano-américains reviennent à la vérité et à la santé. Dans toutes les capitales, des érudits étudient l'histoire à ses sources ; ils passent l'Océan pour aller recueillir aux Archives de Séville leurs titres de noblesse qui sont ceux de leurs ancêtres espagnols. Uopinion actuelle de l'Amérique latine sur l'Espagne sa mère est résumée par ces paroles de JuanMontalvo, l'un des meilleurs écrivains du Nouveau Monde : « Espagne 1 Espagne ! Ce qu'il y a de pur dans notre sang, de noble en notre cœur, de clair dans notre entendement, c'est de toi que nous le tenons, c'est à toi que nous le devons. )>

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