Archives des Indes : America en gen., leg
par son union avec la Nouvelle Grenade, la grande et éphémère Colombie. La comparaison sera d'autant plus intéressante qu'il y a des divergences considérables au début, Buenos- Aires étant essentiellement conservatrice, et Caracas la plus influencée des capitales américaines par les idées de la révolution française.
En mai 1810, les patriotes de la Plata accueillent avec joie le récit des triomphes de Napoléon en Espagne, qui vont leur permettre de parvenir à leur but : l'autonomie ou l'indépendance. Ils réclament à grands cris, sur la place publique, la convocation d'un cabildo abierto. Une partie du peuple se joint à eux. La majorité des créoles sont unis contre un vice-roi qui ne représente plusrien à leurs yeux puisqu'on est persuadé que le roi est dans l'impossibilité de reconquérir son trône. Le 21, la municipalité demande au vice-roi Gisneros « Tautorisation de convoquer un Congrès de la principale et plus saine partie de la population pour délibérer et prendre les mesures qui conviennent en présence des événements de la péninsule ». L'autorisation est donnée et le cabildo abierto se réunit le lendemain. A la suite d'une discussion orageuse au cours de laquelle le fougueux
révolutionnaire Castelli soutient que l'Amérique est une propriété de Ferdinand VII et non une colonie de TEspagne, Cisneros est déposé, et son autorité passe entre les mains de la municipalité, en attendant la réunion d'un Congrès général. Sur 450 citoyens notables convoqués à cette assemblée, 246 avaient répondu à l'appel, parmi lesquels l'évêque et 26 ecclésiastiques, — chanoines, curés et moines. L'évêque, qui était Espagnol, vota pour ie maintien du vice-roi, c'est-à-dire pour la thèse d'après laquelle l'Amérique aurait été une colonie de l'Espagne. Cinq ecclésiastiques seulement votèrent avec leur évêque. Tous les autres furent de Tavis contraire et eurent le courage civique de donner, à haute voix, les raisons d'un vote qui, en cas d'échec du mouvement éraancipateur, aurait pu être leur condamnation à l'exil ou à la mort. Les deux jours suivants, la municipalité, où les Espagnols sont en majorité, rend au vice-roi ses pouvoirs sans consulter le cabildo abierto. Une effervescence extraordinaire s'empare de la population. Quatre tribuns ardents, parmi lesquels le moine dominicain Ignacio Grêla, recrutent, groupent des manifestants et les conduisent, le 25, devant la municipalité qui, intimidée, demande au vice-roi sa démission. Le même jour, elle s'effondre elle-même et cède
le pouvoir à une junte de gouvernement irrégulièrement élue par acclamations, qui prête et fait prêter serment d'obéissance et de respect au souverain bien-aimé don Ferdinand et à ses successeurs. Malgré cette formule, — dont la sincérité ne fait pas de doute chez les révolutionnaires de la Plata, sauf une petite minorité,— l'ancien régime meurt en cette journée du 25 mai 1810, et Buenos-Aires est libre en fait.
Elle l'est et elle le restera malgré de terribles vicissitudes, malgré l'opposition de la majorité des provinces soulevées en faveur de cet ancien régime, malgré la démagogie et l'anarchie qui ruinèrent, plus tard, le pays pour longtemps. Elle le restera grâce, en grande partie, au dévouement et à l'abnégation du clergé presque tout entier. Quelques mois après, la junte décide de créer une bibliothèque publique. A qui vont s'adresser ces révolutionnaires américains, — qu'on représente comme des imitateurs des Conventionnels de 1793, — pour choisir les livres, organiser et diriger cette bibliothèque ? Au clergé. Un moine franciscain, le R. P. Cayetano Rodriguez, qui est un des agents les plus actifs de l'émancipation, est nommé bibliothécaire. Il adresse aussitôt un appel aux riches, aux ecclésiastiques, à tous ceux qui possèdent des bibliothèques privées et leur demande des livres ou de Pargent pour en acheter.
Le clergé répond avec empressement. Mais, dira-t-on, avec les préjugés qu'on nous a inculqués au sujet de ce clergé, il dut profiter de la confiance mise en lui pour emplir la bibliothèque de livres de piété, d'ouvrages tendancieux en faveur de l'Eglise, sans utilité pour les jeunes étudiants ni pour ceux qui ne cherchent dans la lecture qu'un agréable passe-temps. Il est aisé de répondre d'une manière précise, car des listes d'ouvrages donnés étaient publiées par la gazette officielle au fur et à mesure de leur réception. Nous y relevons les titres de quelques-uns des livres offerts par des curés et des moines :
« Histoire universelle, écrite par une société « de littérateurs anglais (traduction française « en 43 volumes).
(( Œuvres d'Ammien Marcellin (traduction « française).
« Histoire naturelle de Pline.
« Histoire naturelle, par un membre de l'A- « cadémie des sciences de Londres, (traduction (( espagnole).
« La vie des philosophes illustres de Diogène « Laerce (édition gréco-latine).
« Dictionnaire abrégé des antiquités (en fran- « çais).
(( Histoire des ordres monastiques (en français).
« Navigation pratique de Seller (en anglais).
(( Portraits des rois de France (en français).
« Œuvres complètes de Locke (en anglais).
« Dictionnaire de l Académie française.
« Dictionnaire universel de physique ^ de Brisce son (édition espagnole) ^ . »
Tels étaient les livres qu'on trouvait, sous l'ancien régime espagnol, dans les bibliothèques des moines professeurs des universités et des curés de lointains villages. Si nous ne possédions pas des milliers de documents qui réfutent les erreurs et les calomnies, ces vieux numéros de la Gaceta ne suffiraient-ils pas pour démontrer qu'au dix-huitième siècle les Hispa-^ no-Américains n'étaient pas maintenus dans une ignorance crasse par un clergé également ignorant et fanatique ? Les premiers révolutionnaires delà Piata, hommes d'une haute intelligence et très instruits, avaient été élevés par ces moines ; sur les bancs de leurs écoles et dans leurs bibliothèques. A peine parvenus au pouvoir, ils se souviennent de leurs maîtres, ils en font leurs collaborateurs et restent leurs disciples.
Le plus illustre et le plus vénérable des éducateurs de cette génération qui va créer l'Argentine est Funes, doyen de la cathédrale et gou-
1. Cf. Agustin Piaggio : Influencia del clero en la Independencia argent! na, p. 175 à 198.
verneur de l'évêché de Cordoba, recteur de rUniversité de cette ville. On lui doit une réforme des programmes d'enseignement qu'il effectua sous l'ancien régime et qui lut adoptée dans toute l'Amérique, et la création, à ses propres frais, à TUniversité de Cordoba, de plusieurs chaires dont une de musique et une de français. La réputation de ce recteur, — qui se ruinait pour faire de son Université la première d'Amérique, était un savant, un patriote et un irréprochable religieux, — attira à Cordoba des jeunes gens d'illustres ou riches familles des autres vice-royaumes. Le doj^en JFunes avait été, bien avant les événements de 1809, partisan des libertés économiques et de l'autonomie administrative de son pays. Il fut un des premiers à désirer l'émancipation complète et à travailler pour elle. Cependant aussitôt qu'il devint évident, au lendemain de la journée du 15 mai 1810, que Buenos-Aires voulait l'indépendance absolue, et la voulait à son profit, Cordoba manifesta sa volonté de rester fidèle au gouvernement de la Régence et devint un foyer de réaction. Une guerre civile était imminente entre les deux villes ; elle fut évitée grâce à la haute autorité du doyen Funes, et Cordoba accepta le fait accompli à Buenos-Aires.
Il n'en fut pas de même à Montevideo. Ce port, bâti en face de celui de Buenos-Aires, et
son rival, devient le bastion de la défense espagnole à la Plata. L'unanimité en faveur de l'Espagne est complète, tant parmi le peuple et les patriciens que chez les autorités. Le 5 et le 12 juin 1810, le commandant militaire et le commandant de marine de Montevideo écrivent à leur gouvernement que les perturbateurs de Buenos-Aires marchent ouvertement vers Tindépendance. Le 7, la municipalité l'avise qu'une junte provisoire, établie à Buenos-Aires, a demandé que Montevideo reconnût son autorité et s'y fit représenter par un député ; que Montevideo s'y est refusée et que le peuple, par acclamation, a reconnu l'autorité de la Régence. La guerre éclate entre les deux villes. Montevideo, assiégée deux fois, est prise^ et n'en continue pas moins son opposition. Nous avons déjà dit, et on ne saurait trop répéter que la guerre de l'indépendance hispano-américaine est une guerre civile.
Il n'est pas tout à fait exact d'aÊBrmer, comme nous venons de le faire, qu'à Montevideo l'unanimité des habitants était pour la causé espagnole. Il y eut des exceptions, dans les couvents- En mai 1811, Elio, gouverneur de Montevideo, fait forcer par des soldats la porte du couvent de Saint-François ; neuf religieux sont arrêtés brutalement ; on les conduit à la citadelle sans leur laisser le temps de preadre
leur bréviaire ou un peu de linge, puis on les pousse hors de la ville en leur criant : « Allez donc rejoindre vos amis les gauchos i » Plus que tous les autres ordres, celui de Saint-François fait partout de la propagande en faveur de l'émancipation. Le parti de l'indépendance s'accroît chaque jour, écrit en janvier 1811 le commandant de marine de Montevideo, avec la protection des Anglais et d'autres étrangers, .et ceux qui se distinguent le plus en faveur de la junte, ce sont les couvents de mercenaires, de dominicains et, plus encore, les franciscains ^. Cependant, Buenos Aires a à faire face à d'autres dangers si grands que la cause de l'émancipation parait perdue ; ils ne lui viennent pas d'Espagne, car pendant les années que dure la guerre de l'indépendance, il n'y a jamais plus de deux mille soldats espagnols sur toute l'étendue de l'immense vice-royauté de la Plata. Ce sont les provinces qui, à l'exemple de Montevideo, se lèvent en armes pour la défense de la cause espagnole, et veulent obéir à la Régence. Le délégué de celle-ci, Goyenèche, est Américain ; Américain aussi le général Pio Tristan, commandant les troupes américaines fidèles. Mais alors le clergé se jette dans la mêlée et, par son action directe, par son in-
î. Archives des Indes : est. 123, c. 2, Icg. 4.
fluence énorme sur les populations qu'il entraîne, il sauve la patrie naissante menacée de mort. Les curés et les moines se multiplient, paient de leur argent, paient de leur personne, se livrent à une propagande incessante, acharnée. Les chaires se convertissent en tribunes et, sur la façade des couvents, les annonces religieuses sont remplacées par des proclamations appelant le peuple à la défense de la patrie et de la liberté. Les communiqués officiels de Tépoque sont remplis de citations de curés qui ont rendu des services signalés à la cause patriotique et d'aumôniers militaires qui sont de purs héros ^.
A la fin de décembre 1810, Castelli, commandant des troupes de l'indépendance, entre à Chuquisaca après avoir remporté la victoire de Suipacha. Il est reçu par l'archevêque, suivi de tout son clergé et des professeurs, — des moines, — de l'Université ; quelques jours après, une messe solennelle d'actions de grâces est chantée, et l'archevêque lui-même officie. On comprend aisément l'influence décisive qu'avait sur un peuple pieux une pareille adhésion. L'archevêque n'aurait eu que quelques
1. Dans son excellent ouvrage, Mgr Piaggio donne un grand nombre de ces citations et d'autres documents officiels fort intéressants.
mots à dire pour que ce peuple se soulevât contre les troupes de Buenos-Aires. Mais Castelli est une rare et triste exception. Débauché, impie, anticlérical, il ne sait même pas, comme l'intérêt patriotique et le plus élémentaire sentiment des convenances le lui ordonnent, mener en temps de guerre, lui le chef, une vie digne, ni respecter un clergé qui est son plus utile auxiliaire. Ses débauches, son impiété publiquement manifestée irritent le peuple ; elles sont exploitées par les partisans de l'Espagne, et contribuent à faire perdre du terrain à la cause de l'indépendance. Bien différente est la conduite de Belgrano, qui dirige les opérations en 1812. Iln^a, d'ailleurs, pas besoin defeindre ; c'est un fervent catholique. Il remporte quelques victoires sur Pio Tristan, mais le sort des armes lui étant devenu défavorable, il donne sa démission et est remplacé par San Martin, qui se prépare aussitôt à porter la guerre sur le territoire chilien, d'où les partisans de l'Espagne recevaient des renforts. Une lettre de Belgrano à son successeur montre quels étaient les sentiments et l'état d'esprit du peuple, des soldats et de leurs chefs. En voici une partie :
«... Vous ne devez pas vous laisser influencer « par des opinions exotiques, ni par des hom- « mes qui ne connaissent pas le pays où ils « passent. En outre, par ce moyen (en s'ap-
« payant sur les vertus chrétiennes), vous parce viendrez à avoir une armée bien subordonnée, « car enfin cette armée est composée d'hommes « élevés dans la religion catholique que nous « professons, et rien n'est plus propice que ses « maximes au maintien de l'ordre... J'ajoute « qu'il faut conserver le drapeau que je vous ai « laissé. Arborez-le quand Tarmée se forme en « bataille ; ne manquez pas d'implorer Notre- « Dame de la Merci et de la nommer toujours « votre générale ; n'oubliez pas les scapulaires « pour la troupe. S'il y a des gens qui rient, « laissez-les 1 Les effets vous dédommageront « du rire des imbéciles qui regardent les choses « de haut. Souvenez-vous que vous êtes un « général chrétien, apostolique et romain. Veillez c( à ce qu'en aucun cas, même dans les con- « versations les plus triviales, on ne manque « au respect dû à tout ce qui touche à notre « sainte religion. Ayez présents à l'esprit non « seulement les généraux du peuple d'Israël, « mais aussi ceux des Gentils, et le grand Jules « César qui ne manqua jamais d'invoquer les « dieux immortels et pour les victoires duquel « on décrétait des prières à Rome ^. » Des chefs chrétiens, apostoliques et ro-
1. Mitre : Historia de San Martin, t. I^r, p. 584. — Cf. A. Piaggio : Ouvr. cité, p. 159.
mains... La Sainte Vierge proclamée générale de leur armée... Des distributions de scapulaires aux soldats... Nous ne voyons pas le rapport qu'il peut y avoir entre ces révolutionnaires et ceux de la France de 1793, ni quel rapport de cause à effet il y a entre les idées révolutionnaires françaises et le grand acte d'émancipation. voté par les « Conventionnels » de la Plata en 1816. Le 24 mars de cette année; est installé à Tucuman un Congrès élu par les régions non occupées par l'ennemi.
« A 11 heures du matin, lit-on dans le pro- « cès-verbal officiel, les députés se réunirent « dans la maison du Congrès, et de là, ils se « dirigèrent en corps vers le temple de Saint- « François, où ils assistèrent à la messe du « Saint-Esprit qui fut chantée pour implorer « ses divines lumières et son secours. Ensuite « on retourna à la maison du Congrès, où le « citoyenprésident, le docteur Pedro Medrano... « reçut le serment que firent tous les députés « de conserver et défendre la religion catho- « lique, apostolique et romaine, de promouvoir « tous les moyens de conserver intègre le terce ritoire des Provinces Unies contre toute in- « vasion ennemie, et de s'acquitter de tous les « autres devoirs de leur charge. »
Le lendemain, « jour que notre Mère l'Eglise consacre à la mémoire de l'adorable mystère
de rincarnation du Fils de Dieu », les députés vont, en corps, en grande cérémonie, accompagnés de toutes les autorités civiles et militaires, entendre de nouveau la messe qui est suivie d'un Te Deiim. Le même jour, le Congrès commence ses travaux ; le 9 juillet, il proclame solennellement Tindépendance des Provinces Unies de, la i^lata.
Le nombre des votants, tous signataires de Tactede l'Indépendance, est de vingt-neuf^dont seize curés et moines. La plupart des historiens cachent ce détail, et comme ils font précéder, selon l'usage espagnol et américain, les noms des seize du mot docteur^ le lecteur non prévenu se demande pourquoi il y avait tant de médecins dans cette assemblée. La majorité des députés étaient docteurs... en théologie : le peuple avait élu un Congrès de théologiens. La proclamation du vote fut suivie de cérémonies religieuses. L'acte de 1 indépendance avait été rédigé par l'illustre augustin Cayetano Rodriguez, directeur de la Bibliothèque populaire ^
1. M. Gustave Hubbard écrit: « Uu Congrès général, réuni à Tucuman, établit de nouvelles bases d organisation propres à sauvegarder tous les intérêts et à rétablir la concorde. » {Histoire contemporaine de l'Espagne^ t. 1er, p, 321. )Et c'est tout ! M. Hubbard, qui connaissait sans doute la composition du Congrès de Tucuman, ne
Et voilà le grand fait historique qui, depuis plus d'un siècle, gêne singulièrement les anticléricaux d'Amérique et d'Europe : la proclamation de l'indépendance d'un peuple faite, au milieu des pompes de la religion, par une majorité de prêtres et une minorité de laïques catholiques pratiquants, tous élus par ce peuple. Aussi, dit Mgr Piaggio, qui a publié les documents les plus importants relatifs à ce Congrès, « on a fait la guerre du silence et du mensonge. Pendant que les historiens n'indiquent pas Tétat sacerdotal de la majorité des députés de Tucuman, la peinture et la gravure se chargent de tromper le peuple ». Dans les tableaux et dessins, répandus à profusion, qui représentent la scène solennelle, on ne voit jamais plus de quatre ou cinq religieux qui ont l'air honteux de se trouver là. Mais voici qui est pire : « En un bas-relief,
veut pas qu'il ait proclamé l'indépendance ; aussi il l'avance de trois ans et la fait proclamer en 1813 à Buenos -Aires. La plupart de nos auteurs contemporains de Manuels copient cette erreur ; et ils suppriment le Congrès de Tucuman, ce qui est encore plus simple.
Il est lamentable de constater que l'Histoire de M. Hubbard, qui fourmille d'erreurs, fait autorité et est citée partout, et plus lamentable encore de voir que ce livre, qui est un violent pamphlet contre l'Eglise, est recommandé aux étudiants dans un Manuel édité par une librairie catholique et dont l'auteur n'a sans doute pas lu Hubbard ; mais alors, pourquoi le recommande-t-il ?
l'empire espagnol 9
placé, il n'y a pas longtemps, dans l'historique
Maison du Congrès, on ne voit que deux
moines. Gela motiva un érudit article du
vicaire général de Salta, le D'' Toscano, qui
dit : « Il est regrettable que l'on corrompe
« l'histoire, quelle que soit l'importance des
a détails, et qu'il n'y ait pas eu de protestation.
(( L'histoire est l'histoire ; personne n'a le droit
(( de l'altérer, d'y ajouter ou d'en retrancher
« des choses au gré d'une esthétique conven-
« tionnelle, et encore moins de supprimer les
« personnages qui intervinrent en première
(c ligne dans un acte aussi transcendant que
« celui de l'Indépendance Argentine *, acte ac-
« compli par une majorité de députés ecclé-
« siastiques qui donnèrent un véritable relief à
a l'idée républicaine comme forme de gouver-
« nement et furent, par conséquent, l'âme de
u cet acte auguste qui dressa une nation souve-
« raine et libre devant la face de la terre^... »
L'idée républicaine ne triompha pas au
Congrès de Tucuman ; presque tous les députés
étaient royalistes. Il étaient sur le point de
proclamer la monarchie et d'appeler au trône
un prince de la famille des Bourbons ou, —
étrange anachronisme ! — un indigène d'une
origine royale plus ou moins authentique ;