‹ La fin de l'empire espagnol d'AmériqueChapitre 26 sur 35 · Nous ne connaissons qu'une exception: l'ouvrage de · texte numérisé non relu

Nous ne connaissons qu'une exception: l'ouvrage de

nuantes. Leurs raisonnements peuvent se résumer ainsi : « Bolivar commit des fautes, c'est certain, mais il était exaspéré par les manœuvres de ses ennemis et par la tentative d'assassinat dont il venait d'être victime. Et puis, il était malade ; c'était un homme fini. » Ces appréciations, sous la plume d'historiens de bonne foi, ■— car en ce moment nous ne parlons pas des autres, — prouvent leur ignorance et leur manque complet de sens politique. Ils se confondent en excuses alors qu'il faut écrire une franche et complète apologie. Tout s'écroule. Les lois constitutionnelles se succèdent sans qu'aucune soit stable. Un Parlement, sur qui l'on comptait pour établir un ordre définitif, vient de se dissoudre de lui-même dans la plus grande confusion. Il ne reste debout qu'une autorité, — - qui ne fait qu'une avec celle du clergé, — l'autorité du Libérateur qui résiste encore à l'ouragan. Il est dans l'impossibilité d'improviser, d'inven-

Monsalve^ et encore présente-t-il des lacunes regrettables sur ce point. Combien d*autres déforment, falsifient l'histoire de leur héros pour faire de lui un républicain de l'école de Robespierre ! Ils suppriment, entre autres choses, la partie du testament de Bolivar^, qui est une profession de foi catholique 1 Quelque jour, — si Dios quiere, — nous écrirons cette magnifique Fie , pour laquelle nous avons déjà réuni de nombreux documents dont quelques-uns encore inédits.

ter, lui tout seul, et de faire accepter l'arsenal complet des lois et règlements nécessaires. Et pourtant il faut vivre aujourd'hui et demain. Alors, pour que son peuple ne meure point, Bolivar, par une conception hardie de politique positive, — et avant qu'Auguste Comte ne publiât sa Politique^ — remet ce peuple sous « le noble joug du passé ». 11 ressuscite 'de sages lois de Tancien régime qui avaient fait leurs preuves ; il puise des règlements militaires dans la législation du dix-huitième siècle ; il renforce l'influence du clergé et son action dans le domaine de l'enseignement ; il fait entrer unévêqueau Conseil d'Etat. Il rétablit le tribut que payaient les Indiens sous les rois, et ce sont les Indiens eux-mêmes qui le supplient de le leur imposer de nouveau ; car qu'importe à ces indigènes que le tribut ait été qualifié d'odieux et ait fourni des thèmes de déclamation aux a philosophes » d Europe, si les impôts qui l'ont remplacé sont plus lourds ! Ils ne veulent pas crever de misère pour la conquête d'un mot. Et quelle revanche pour l'ancienne adaiinistration espagnole tant décriée, insultée !

Il rétablit le « noble joug du passé » ; mais, toujours conformément à des principes politiques qu'il applique avant qu'Auguste Comte les ait formulés, — ce joug est provisoire. Il

l'impose afin qu'on ne meure point dans l'attente trop prolongée de l'ordre nouveau auquel il aspire et qu'il veut, de toutes les forces de son intelligence et de son patriotisme, créer avec la collaboration des représentants élus du peuple. Mais cet ordre, il ne le créera pas et ne le verra pas non plus naître du cerveau d'un autre. Le torrent, précipité par une minorité de démagogues^ de francs-maçons et de militaires jaloux qui lui devaient pourtant tout, ne peut être endigué. Bolivar est obligé de quitter le pouvoir. Dans son message d'adieu, il adresse au nouveau Congrès cette suprême recommandation : «Vous permettrez que mon dernier acte soit de vous recommander de protéger la Religion sainte que nous professons et qui est la source abondante des bénédictions du ciel. » Peu après, calomnié, traité en ennemi de l'Etat que son génie a fondé, il meurt pauvre, — lui le grand patricien né millionnaire, — entre les bras d'un curé de village et d'un médecin français. La grande anarchie continue. Pendant de longues années on s'applique à faire le silence sur le Libérateur, lorsqu'on ne souille pas sa mémoire.

L'honneur du clergé américain, de 1814 à 1830, fut de collaborer à l'œuvre d'organisation politique et religieuse de Bolivar, de le soute-

nir toujours, de le déiendre dans ses deux dernières années de vie qui furent un calvaire. L'honneur et l'intérêt du clergé américain de nos jours, comme de tous les catholiques du Nouveau Monde, est d'être fidèles à l'idéal du Libérateur et de répandre la connaissance des enseignements et des leçons, pour le présent, qui découlent de son histoire. Mais il reste beaucoup à faire pour achever de dissiper le nuage de mensonges historiques qui obscurcit encore cette noble figure.

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