L'ANARCHIE SANGLANTE ET LA RÉAC- TION CATHOLIQUE AU MEXIQUE
Il n'est point d'histoire qui, plus que celle de la révolution mexicaine, démontre la fausseté des théories qui font de l'émancipation hispano-américaine une conséquence de la propagande des idées révolutionnaires françaises. Dans l'Amérique du Sud la proclamation des Droits de l'Homme eut, comme nous l'avons vu, une certaine influence sur une infime minorité, mais les excès de quatre-vingttreize suscitèrent une réprobation unanime chez les partisans de l'indépendance. Au Mexique, il n'y eut même pas cette adhésion de patriotes lettrés, aristocrates ou grands propriétaires aux « immortels principes ». L'influence est absolument nulle. La révolution y débute par un mouvement de sanglante anarchie que suscite un curé indigne, condamné par l'Eglise, lequel n'a d'autre but que d'établir une monstrueuse théocratie déma-
gogique el fait massacrer les blancs par les Indiens en invoquant la Sainte Vierge. Après son échec, l'œuvre de l'émancipation est réalisée, sans que le sang soit versé, à l'aide du haut clergé, par une réaction catholique, contre le Parlement qui gouverne l'Espagne et contre la franc-maçonnerie qui veut imposer au Mexique des lois antireligieuses que celuici repousse. C'est le triomphe, — malheureusement de peu de durée, — des principes d'ordre politique dans une société catholique, celui d'un plan d'émancipation élaboré dans la cellule d'un moine, que les révolutionnaires et les francs-maçons ont célébré, comme leur triomphe propre, en septembre 1921. Il serait difficile d'imaginer une interversion plus extraordinaire. Pour qu'elle fut possible, il a fallu que, pendant près de cent ans, on s'appliquât au Mexique à étouffer par tous les moyens possibles la vérité historique. Il a fallu que les inventeurs de fables trouvassent, dans les autres pays du monde, des complices et aussi des écrivains de bonne foi qui prissent l'histoire falsifiée pour la vraie et contribuassent à l'imposer.
L'histoire falsifiée, dont les principaux buts sont d'inspirer de la haine ou du mépris contre
l'ancien régime espagnol et contre l'Eglise, s'aggrave, dans la plupart des manuels, d'un nombre incroyable d'erreurs de fait et de date qui ne sont d'aucune utilité pour la défense de la thèse en question. Je prends, dans l'un de ces livres, la phrase par quoi débute le résumé de l'insurrection mexicaine :
« Au Mexique, deux curés. Hidalgo et Morelos, le jeune Mina, les chefsde guerrillas Bravo, Bustamante, Guerrero chassent le vice-roi espagnol Iturrigaray et proclament l'indépendance du Mexique (1813) ^ »
Il ne nous paraît guère possible qu'on puisse écrire plus d'erreurs en si peu de mots.
1° L'expulsion d'Iturrigaray eut lieu en 1808 et non enl813.
2^^ Aucun des personnages sus-indiqués n'y prit part.
3°Laproclamationd'indépendancedel813est purement verbale. Les Espagnols sont maîtres de la plus grande partie du pays, de la