Seignobos et Métin : ouvrage cité, p
le signal, Ferdinand VII a été obligé de rétablir la Constitution de 1812. Les Mexicains sont indignés par les lois qu'ont votées les Cortès et tout particulièrement par l'expulsion des jésuites, décrétée de nouveau. Surtout dans la capitale, on est opposé à la mise en vigueur de la Constitution ; on demande qu'elle soit tenue pour non existante et que la Nouvelle Espagne soit gouvernée selon les vieilles lois des Indes tant que le roi ne reprendra pas la liberté dont il est privé par le Parlement. Les craintes et la colère des Mexicains étaient augmentées par le fait que les quatre cinquièmes au moins des officiers espagnols en garnison au Mexique étaient francs- maçons.
Des réunions de conspirateurs eurent lieu à Mexico. Il y avait parmi eux des personnages influents de la société créole, des membres du haut clergé et de la congrégation de Saint-Philippe de Néri, et l'ex-inquisiteur Tirado. Il s'agissait, en principe, d'examiner les moyens de résister aux Cortès de Madrid et, parmi les conspirateurs, il y en avait qui, au début, étaient opposés au séparatisme ; mais ceux-ci virent bientôt que le seul moyen d'échapper au joug des parlementaires espagnols était de rendre le Mexique indépendant avec Ferdinand VII ou un de ses parents pour roi. L'accord se fit ; on chercha un officier de valeur
à qui confier l'étendard du Mexique libre, et on le trouva en la personne d'Iturbide qui, jusqu'alors, s'était battu contre les indépendants.
Arrivés à cette période de l'histoire de la Nouvelle Espagne, la plupart des écrivains sont complètement déroutés. Que la révolution soit commencée par de « pauvres curés de village », des prolétaires, en somme, qu'on oppose aux chanoines et aux évêques repus, passe encore..., surtout en Amérique. Mais, à partir de 1820^ il est tout à fait impossible de faire concorder les événements avec la doctrine. Les auteurs de manuels se tirent d'affaire sans trop de peine : ils n'ont qu'à résumer, en quelques courts paragraphes, des événements qu'au surplus ils ignorent et qu'ils déforment en commettant en moyenne une erreur de fait par phrase. Mais les auteurs d'histoires détaillées sont dans le plus grand embarras. Comment se peut-il que des « réactionnaires », soutenus par le haut clergé, aient émancipé un peuple? C'est impossible, cela n'est pas. Etl'onfinitpar trouver cette explication : les réactionnaires ne voulaient pas l'indépendance ; ils furent trahis par Iturbide, leur homme. Ecoutons Gustave Hubbard, qui n'a cessé d'être l'autorité officielle en la matière :
« L'ardeur des réactionnaires à Mexico était
« si vive qu'une association vigoureuse, assez « semblable à notre Congrégation de Paris sous « la Restauration, put s'organiser sous la direc- « tion de deux chanoines du couvent de la (( Profesa avec la seule idée de renverser la <( Constitution de 1812 ; digne pendant de ces « malheureuses sociétés apostoliques qui, par- « tout en Europe, faisaient alors une si rude « guerre à la liberté. L'association de la Profesa « parvint à étendre dans tout le Mexique un « vaste réseau de conspiration... ; lorsque cette « association eut suffisamment étendu dans le « pays ses ramifications, c'est-à-dire vers la « fin de 1820, elle crut le moment arrivé de « mettre en jeu toutes ses batteries et de décla- « rer solennellement l'abolition au Mexique de « la Constitution de 1812... On s'adressa au « colonel Iturbide et on cru/ avoir trouvé en lui « l'instrument convenable pour frapper le grand « coup K »
Mais Iturbide commet une trahison et travaille pour l'indépendance : « Tous ceux qui dans la société de la Profesa appartenaient au parti exclusivement gothique (espagnol) virent avec douleur la tournure qu Iturbide avait donnée à leur coup d'Etat, »
Or la vérité est qu'Iturbide n'était pas seule-