‹ La fin de l'empire espagnol d'AmériqueChapitre 3 sur 35 · Lucas Alaman : Historia de Méjico, t, I, p · texte numérisé non relu

Lucas Alaman : Historia de Méjico, t, I, p

l'empire ESPAONOt. 3

pano-Américains aspirent à des libertés économiques plus grandes pour développer leur commerce, et qu'ils ne veulent plus être gouvernés par des vice-rois et des capitaines généraux venus d'Espagne. Ils réclament une autonomie qui les rendra indépendants non pas de la Couronne de Castille à laquelle ils restent fidèles, mais de Fégoïsme mercantile des hommes d'affaires de Cadix qui, sous le règne de Charles IIÏ, ont perdu une partie de leurs privilèges et useront de leur influence sur le Parlement de 1810 pour faire repousser de légitimes revendications. L'exemple des Etats- Unis du Nord, la propagande révolutionnaire française servent de stimulants à quelques patriotes exaltés, généreux mais naïfs, qui, vers la fin du dix-huitième siècle, essaient, sur plusieurs points du continent, de provoquer des soulèvements et de réaliser l'indépendance. Leurs tentatives échouent parce qu'ils sont une infime minorité dans la minorité. Très significatifs sont les échecs successifs de Miranda qui, partout où il tente des coups de force et des débarquements avec l'aide d'étrangers, voit la population se soulever tout entière et spontanément contre lui.

Pour que le mouvement d'émancipation ébranle les masses, réussisse et aboutisse à la république, il faudra que le peuple d'Espagne

se lève contre Napoléon et que les sujets d'outre-mer refusent aussi de se soumettre à l'usurpateur. L'indépendance et la république naîtront, en Amérique, de manifestations unanimes de fidélité au régime déchu et à la religion catholique. La révolution hispano-américaine sera non pas une fille de la révolution française, comme l'affirment de nombreux historiens européens, mais, au contraire, une réaction contre cette révolution surtout en ce que celle-ci avait d'antireligieux.

Le détrônement des Bourbons d'Espagne, l'usurpation de Joseph Bonaparte et le drame qu'ils provoquent en Amérique, — drame qui va achever de transformer le Nouveau Monde, — sont de 1808. Quelle avait été l'attitude des Hispano-Américains, jusqu'à cette date, devant les formidables événements qui, depuis 1789, se déroulaient en Europe ?

Un petit groupe de gentilshommes, de lettrés, d'avocats, de riches propriétaires, fortement influencés par les encyclopédistes, avaient accueilli avec enthousiasme l'établissement du régime constitutionnel en France ; quelquesuns essayèrent de propager les idées nouvelles, mais se heurtèrent à l'indifférence ou àThosti-

lité de la petite bourgeoisie et du peuple. La vraie propagande est faite par des étrangers, principalement des Français, qui étaient très nombreux en Amérique ^ On pourrait tracer une courbe de cette propagande au moyen des dossiers réunis à Séville (Archives des Indes), encore inédits et que nous avons étudiés. On la voit commencer en 1790. Dès la fin de 1789, on avait eu, par les journaux d'Europe et par des lettres particulières, des renseignements détaillés sur ce que Tévêque de Charcas appelait « les monstrueux événements de la France ^ ». Par des pastorales et des sermons les évêques et les curés combattent « les idées de l'Assemblée nationale de Paris ». Les u assembléistes » (c'est ainsi qu'on appelle alors les partisans des idées nouvelles) sont surveillés, poursuivis, emprisonnés. En 1794, la propagande prend une grande intensité,

1. N'en déplaise aux historiens qui affirment que, sous la domination espagnole, 1 Amérique était fermée aux étrangers. Il y avait des Français un peu partout, dans le commerce, l'industrie, l'agriculture et même dans les administrations de l'Etat. Les hommes les plus éminents des premières années de la révolution à Buenos-Aires sont des fils d'étrangers : Liniers, Beigrano, Puyrredon, Gastelli, Rondeau. La prétendue exclusion des étrangers est une des plus extraordinaires falsifications de Thistoire.

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