‹ La fin de l'empire espagnol d'AmériqueChapitre 31 sur 35 · L. Alaman : ouvrage cité, t. V, p · texte numérisé non relu

L. Alaman : ouvrage cité, t. V, p

délais fixés par les Gortès, seront appelés à sa place le sérénissime seigneur infant don François de Paule, l'archiduc Charles (d'Autriche) ou tout autre prince de maison régnante que le Congrès choisira ».

L'article douze établit l'égalité de tous les habitants sans distinction d'origine : les Espagnols nés en Europe sont donc des citoyens du payscomme les créoles, les métis et les Indiens, C'est la fin de la guerre fratricide, sauvage, sans pitié même à l'égard des non combattants, commencée onze ans auparavant par les hordes d'Hidalgo. En 1827-1829 la République mexicaine reviendra à la funeste politique du début ; elle ne fera pourtant pas massacrer les Espagnols, mais elle procédera, à des expulsions en masse, et ce sera une cause d'affaiblissement de la nation.

Le Plan d'Iguala eut un résultat merveilleux, qui fait honneur à l'intelligence et à l'habileté des membres de la « Congrégation « : le Mexique entier y applaudit, et même de nombreux Espagnols se rallièrent au mouvement, car, après tant d'années de massacres, on leur offrait une paix fraternelle sous le sceptre d'un même souverain.

Cependant une race et un parti firent de l'opposition : 1*" les nègres des Terres Chaudes^, qui n'avaient jamais cessé d'êtie fidèles au

gouvernement des vice -rois et qui furent les derniers à déposer les armes ; 2'' la francmaçonnerie, qui se déclara nettement contre l'indépendance. Un officier franc-maçon qui avait embrassé la cause des patriotes reçut l'ordre de quitter le camp d'Iturbide sous peine de mort.

Une congrégation, des évêques, la nobless'e, les conservateurs, deux moines inquisiteurs réalisent en quelques mois ^l'œuvre de l'émancipation d'un peuple à laquelle la démagogie et l'anarchie avaient travaillé vainement, dans le sang, pendant plus de dix ans, et qui semblait perdue. Et la franc-maçonnerie s'oppose à cette émancipation. C'est là une vérité historique que les esclaves de l'apriorisme et des mythes se voient obligés de passer sous silence.

Mais quoi! les faits sont les faits, et nous ne pouvons pas faire que les vérités ne soient point des vérités.

Gustave Hubbard, qui gaze tant qu'il peut et fait un bizarre mélange de vérités et d'erreurs, résume cependant assez bien l'efîet produit par le Plan d'Iguala et ses conséquences :

« Il fut accueilli partout avec un enthou- « siasme indicible. Dès qu'il en eut connais- (( sance, Guerrero, donnant un généreux exem- « pie de conciliation, vint avec ses vieilles c( bandes s'unir au nouveau libérateur. Son

(1 exemple fut suivi par d'autres chefs ; on vit « reparaître tout à coup, sortant du fond des « déserts où depuis longtemps on croyait qu'il (( avait désarmé, un des patriotes les plus « obstinés, Guadalupe Victoria, et son pre- ^< mier acte fut de se ranger sous le nouveau « drapeau. A ces ralliements inespérés, qui « donnaient tout de suite une grande valeur à « sa cause, Iturbide put joindre, en peu de « temps, l'adhésion des éléments essentiellement « conservateurs ; partout dans les campagnes « et les villes l'opinion publique se déclarait en « sa faveur ; dans l'armée, dans le clergé, <( dans l'administration, des hommes impor- (( tants témoignèrent de leur volonté de s'atta- « cher à son sort La révolution^, sans qu'une (.< goutte de sang eût été répandue, se trouva « effectuée d'un bout à l'autre de la Nouvelle « Espagne ^ »

Ajoutons quelques précisions caractéristiques à ce tableau exact. La conquête du Mexique par Iturbide fut une' promenade militaire plutôt qu'une guerre, pour cette bonne raison qu'il avait réalisé d'avance un accord presque unanime. La guerre pour l'indépendance est terminée comme par enchantement aussitôt que les Mexicains ont fini par s'entendre, ce

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