‹ La Fin de L'Union Monétaire LatineChapitre 9 sur 18 · DOI RS PE IR. RE · texte numérisé non relu

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Au début de la guerre, la production baïssa puis suivit l'augmentation de l'extraction des métaux communs nécessaires à la fabrication des armements (l'argent joue le rôle de sous-produit) et, finalement baissa à nouveau. Les entreprises durent subir la hausse des salaires, des matières (explosifs, cyanure de sodium introuvable...) et de l'équipement industriel, alors que le prix de vente était réglementé. Au Mexique, les troubles politiques ralentissaient consi-

dérablement l'extraction.

(1) Il est vrai que la livre était dépréciée de 30 % par rapport à l'or, ce qui ramène le prix de l'argent à 63 d.environ. (2) B.N.S., le Système monétaire de la Suisse, op. cit., p. 73.

Dès 1916, par contre, la demande d'argent devint de plus en plus importante. Nous avons déjà parlé de la thésaurisation qui s'instaura dès le début du conflit mondial, ainsi que des frappes de monnaies divisionnaires pour couvrir les besoins de la circulation. Le rôle de premier plan fut joué par la demande croissante de l'Inde et de la Chine. Ces pays, de tout temps les plus grands débouchés pour les métaux précieux, approvisionnaient les alliés. Leurs balances commerciales s’améliorèrent notamment dès 1917, date de l'entrée en guerre des Etats-Unis. Selon la publication de la Banque Nationale Suisse (1), l'excédent des exportations des Indes, en 1913-1914 657 millions de roupies, passe à 836 millions en 1916-1917, pour atteindre même 1.188 millions en 1919-1920. Quant aux excédents d'importation (solde net) d'argent, l'ouvrage donne les chiffres suivanis:

9 SIA NRA 2.211.428 kilos 1915 STI FOREST EUR 1.024.185 »

l'ONG P7OPRS EME EE 2OOT-LTTS LO DOS 9 MARNE 7.371.601 »

La Monnaie de Bombay qui, légalement, devait transformer en argent (roupies) les traites libellées en or par les exportateurs hindous, vit ses réserves de métal blanc fondre rapidement. Après avoir drainé l'argent chinois, le gouvernement des Indes eut recours à l'émission de papier qui tripla de 1914 à 1920. Le public était habitué au métal et des paniques éclatèrent. Londres s’inquiéta et fit appel au Trésor américain. Ce dernier obtint le 23 avril 1918 (Pittman Bill) le droit de vendre à la Grande-Bretagne pour 350 millions de dollars d'argent provenant des réserves accumulées de 1878 à 1893 (Bland Bill et Sherman Bill). Les expéditions auraient porté sur 200 millions d'onces environ, soit sur 6,2 millions de kilogrammes, qui furent payés 259 millions de dollars (2). Le stock du Trésor devait être reconstitué au prix d'achat minimum de | dollar et maximum de 101 1/8 cents l'once, c'est-à-dire à un prix supérieur à celui du marché. Il en résulta une prime à la production.

La Chine effectua de grands envois en Europe au lendemain de l'armistice. Sa balance commerciale, déficitaire avant le confit (1913 = 167 millions de taels et 213 en 1914), s'améliora beaucoup (16 millions de taels en 1919 seulement). Selon Baudin (3).

CIDÉB'NSFrop. cit. plie (2) B.NS,, op. cit., p. 12.

(3) L. Baudin, La monnaie et la formation des prix, Sirey, Paris, 2° édition,

la balance des comptes chinoise devint favorable et la demande d'argent fut particulièrement intense en 1919-1920. Elle était due à une thésaurisation plus intense et à la rareté du métal, causée par des exportations excessives d'argent au cours des années précédenct).

À cette hausse du métal succéda une baisse plus violente encore. Au début de 1920, l'offre augmenta, bien que la production ne se fût pas relevée. L’Angleterre, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Pologne, etc..., abaïissèrent le titre ou le poids de leurs monnaies d'argent; la France abandonna définitivement ses frappes de monnaies divisionnaires le 14 mai 1920. La crise économique européenne provoqua le renversement de la balance commerciale de l'Inde (1920-21: 791 millions de roupies) (1) et une forte aggravation du déficit du commerce chinois (1) (221 millions de taels en 1920 et 305 en 1921). De créanciers, les pays consommateurs d'argent devinrent débiteurs; leur demande à Londres disparut et les cours s'effondrèrent. L'arrivée à échéance d’un emprunt franco-anglais, « fait apparent » (Baudin) créa une psychose de baisse et l'argent passa du

maximum de 89 1/2 d le 11 février 1920 à 41,845 d, en moyenne de décembre 1920.

“+ A la thésaurisation d'ordre psychologique succéda la thésaurisation d'ordre économique. La loi de Gresham, toujours vraie, chassa les pièces d'argent de la circulation française et laissa circuler les bons des chambres de commerce.

La hausse de l'argent n'eut pas à ses débuts de conséquences néfastes pour l'Union monétaire, prise dans son ensemble. En fait, dès que la valeur intrinsèque des pièces dépasserait leur valeur nominale, seules la Suisse et la France devaient être touchées, la Suisse plus profondément que sa voisine étant donné l'abondance de sa circulation blanche et de ses stocks. Le point critique devait se situer aux environs d'un cours de 60 13, 4/16 d. l’once standard (2) pour autant que la livre soit au pair. La moins-value de cette devise par rapport au dollar déplaça ce point très sensiblement. Ainsi, même le cours moyen de février 1920 (85,0 d l’once standard), corrigé pour tenir compte de la dépréciation de la livre, est inférieur

(1) B'N:S% op. cit, p.12.

(2) Base : | kg. d'or à 900/1000 — 15,5 kg. d'argent à 900/1000; le cours théorique de l'argent tel qu'il ressort de ce rapport est de 60 13,4/16 d l'once standard.

au point théorique d'intersection des valeurs. Non seulement le problème était posé par la hausse de l'argent et les fluctuations de la livre par rapport au dollar, mais encore par les cours plus ou moins élevés des changes des pays unionistes. Nécessairement, la résultante devait être complexe.

La Suisse, inondée de pièces d'argent étrangères, par suite des circonstances exposées plus haut (migrations dues aux changes), et cela malgré l'interdiction d'exportation française (1), allait enfin pouvoir se libérer de son fardeau, de son « Silberballast » (Lansburgh). Dès novembre 1919, les spéculateurs suisses fondirent les pièces blanches, les écus d’abord, les monnaies d'appoint ensuite et vendirent le métal sur le marché de Londres. L'’écu suisse, contenant 22,5 grammes d'argent fin, connut la valeur intrinsèque de 5,52 francs en 1919 au maximum et 5,93 francs en février 1920.

D'autre part, en tenant compte du cours du change sur la Suisse et du cours de l'argent, les spéculateurs étrangers n'eurent plus intérêt à envoyer en Suisse les pièces drainées dans leurs pays. Ils les fondirent et les expédièrent de préférence à Londres, de no-

vembre 1919 à mars 1920.

La circulation s'’anémia à tel point que notre gouvernement redouta une insuffisance de moyens de paiement. Il prit un arrêté le 8 décembre 1919 « portant interdiction de fondre, de modifier, d’affecter à un ouvrage et de retirer de la circulation les monnaies d'argent ayant cours légal en Suisse ». Tout contrôle de cette mesure était quasi impossible, mais tant que subsistaient les engagements internationaux, la Suisse n'avait pas d'autre moyen de défense, la modification du titre ou du poids des pièces étant interdite (2).

En France, seules les pièces divisionnaires passagèrement en circulation (depuis leur frappe jusqu'à leur thésaur:sation ou envoi en Suisse) furent touchées par la hausse impérieuse du métal. Les écus se cachaient depuis de nombreuses années. Un nouvel aspect du problème se révéla en France: par suite de la dépréciation de la monnaie nationale, combinée à la conjoncture de l'argent, les pièces divisionnaires furent fondues depuis août 1919 déjà. Dès lors, seuls

(1) L'interdiction d'exportation française, bien qu'elle enfreignît l'esprit de la Convention, était favorable à notre pays. La France aurait pu utiliser ses

fortes réserves d'écus pour lutter momentanément tout au moins contre la hausse de notre franc.

(2) Rapport du 13 janvier 1920 du Conseil Fédéral à A. F. concernant l'A.C.F. du 8 décembre 1919, FF. 1920 I p. 81/82.

les billets de banque et ceux des chambres de commerce servirent de moyen de paiement.

| Notons que depuis le moment où la fonte des monnaies devenait avantageuse, la clause de liquidation de 1885 n'avait plus sa raison d'être, puisqu'un excédent non repris par l’un des pays, eût pu être vendu sur le marché mondial avec bénéfice. Au cours d’une conférence qu'il prononça à Zurich le 19 décembre 1919, Jaberg, spécialiste des problèmes monétaires, suggéra l’idée de convoquer immédiatement une conférence de l'Union. La ccnférence aurait eu la tâche d'étudier l'instauration du monométallisme-or. Le grand banquier estimait à juste titre que des conditions si favorables à l’accomplissement d'une réforme d'une telle importance ne sauraient durer (1). Il aurait fallu agir vite, mais nous verrons au cours du second chapitre que la démonétisation des écus et des monnaies divi-

sionnaires fut considérée comme une atteinte à l'existence même de l'Union.

(1) Jaberg, op. cit. p. 3l sv.

Cfr. Paillard, La Convention du 9 décembre 1921 et le problème de l'Union latine vu de Suisse, Revue d'Economie Politique N° 1/1922, p. 45-55, Sirey, Paris. À page 46, note 2, Paillard écrivait: « Il est fort regrettable que les Etats de l'Union latine n'aient pas su profiter des cours exceptionnellement élevés atteints par le métal blanc au début de 1920... pour vendre la plus grande partie possible de leurs stocks d'argent contre de l'or. Cette politique a été réalisée depuis 1918 par les Etats-Unis, conformément au Pittmann Act. »

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