CHAPITRE VI
Etat mental de Luther pendant ses dernières ANNÉES. Prodromes du suicide.
E suicide est la plus grande dét'aillance dont un chrétien puisse se rendre coupable ; il n'y arrive que par degrés, lentement, à la suite de souffrances morales et de dispositions coupables longtemps consenties, à moins que la maladie ou le chagrin ne lui enlève subitement la raison.
L'état d'âme de Luther apparaît clairement dans ses derniers écrits ; on y voit par quelle suite de sentiments pervers il se précipita jusqu'au fond de l'abîme du désespoir.
En 1545, il publia son abominable pamphlet contre La Papauté romaine, fille de l'enfer. Dans ce testament de son âme, composé tout entier d'outrages sans nom, de cris de haine et de rage, d'obscénités dégoûtantes, il révélait des sentiments qu'on ne peut guère s'expliquer que chez un possédé.
Parmi les protestants eux-mêmes, on n'en trouverait pas trois sur mille capables de soutenir la lecture d'un pareil factum.
Vers la fin de la même année, qui précéda celle de sa mort, Luther fit semer partout, sur des feuilles volantes, un autre pamphlet publié à Rome même, sous le titre de Memonges romains sur la mort du D'' Martin Lntîier. Il avait eu l'audace de faire traduire en italien et dater de la ville du pape, cette infâme production imprimée à Wittemberg;
il la propagea ensuite avec un zèle qui ne fut égalé que par celui de son complice et digne ami, Philippe de Hesse. Le fameux landgrave voulait sans doute reconnaître ainsi le service que lui avait rendu l'apôtre du pur évangile en lui accordant, pour ses besoins, une seconde femme du vivant de la première. En attribuant aux catholiques ces inventions grossières et maladroites, Luther prétendait exciter contre eux la haine des protestants et provoquer des agitations contre le concile de Trente, qui lui portait sur les nerfs et troublait sa conscience. Peut-être espéraitil ôter d'avance tout crédit et toute vraisemblance au suicide, dont il formait déjà le projet.
Sa nature emportée, qui l'avait depuis longtemps engagé dans mainte querelle contre les facultés de théologie de Louvain et de Paris, lui inspira, toujours en 1545, le factum intitulé : Contre les XXXII articles des théologiens de Louvain, où l'on retrouve continuellement, sous sa plume, des expressions que S. Paul nous défend de reproduire. L'impudent pamphlétaire éprouvait lui-même le besoin de s'excuser : « Je ressens contre cette engeance, disait-il, plus de colère qu'il ne convient à un théologien et à un vieillard comme moi ; mais il faut s'opposer par tous les moyens à ces monstres sataniques, dût-on rendre contre eux son dernier souffle (') ».
La dernière infamie qu'il publia fut le Second facUmi contre le duc de Brunswick. Dans cette dernière production, le patriarche de. Wittemberg dépassait de beaucoup les bornes jusqu'alors connues de l'obscénité et de la fureur. Le langage humain n'était jamais descendu si bas. Le diable seul pouvait trouver et inspirer contre l'Eglise de Dieu, des
(i; Voir Evers, t. VI, p. 7J0.
outrage faits pour étonner les plus dépravés d'entre les hommes (').
Tant de grossièreté et de cynisme, que les protestans eux-mêmes ne peuvent se rappeler sans rougir, tant d'inipudence bestiale qui s'étalait dans ces discours tombés des vénérables lèvres de Luther, permettaient déjà de le taxer de folie ou de possession diabolique (^).
A ces dispositions morales vinrent s'ajouter beaucoup de contrariétés et de circonstances diverses qui ne pouvaient qu'augmenter chez Luther le dégoût de la vie et qui, jusqu'à nos jours, ont poussé plus d'un malheureux au suicide. Ses œuvres, dans les derniers temps, lui suscitaient mille désagréments, lui créaient une foule d'ennemis ; chaque jour, de nouveaux dépits venaient exaspérer davantage un cœur devenu depuis longtemps déjà la proie des plus âpres passions. La papauté, dont le prophète avait prédit la ruine définitive pour l'an 1531, était toujours debout, plus puissante que jamais, après quinze ans d'une guerre acharnée. La Réforme au contraire déclinait, en même temps que le réformateur sentait fléchir ses forces, sous le poids des années et des infirmités. Il voyait, au nom de la liberté évangéliqite, de redoutables dissentiments se développer parmi ses disciples les mieux pensants, et sur les points dogmatiques les plus importants. Il était déjà facile de prévoir — ce qui est aujourd'hui un fait évident — qu'il n'existerait bientôt plus entre les innombrables sectes nées du principe établi par Luther, d'autre lien que la haine de la véritable Église.
Tout le pays réformé fut divisé par les opinions contradictoires des pasteurs. Les prédications de Cordatus à
(I) V. Döllinger, t. III, p. 218, et Gorres, dans la Revue « Der Katlwîih », année 1827, "«'' étude sur Lui lier.
('•) Voir Pistorius Aiuiioniùi Lui lier i.
Niemegk, de Schenk à Fribourg, d'Agricola à Eisleben groupaient autant de sectes ennemies. Les amis intéressés de Luther et de Mélanchthon réussissaient à peine à dissimuler plutôt qu'à contenir les dissentiments toujours près d'éclater entre les deux principaux docteurs du nouvel évangile.
Luther, en homme pratique, avait de préférence établi son église dans les contrées où les puissances séculières lui assuraient une protection efficace. Les souverains et les seigneurs lui accordèrent volontiers leur assistance, en échange des immenses richesses des églises et des couvents. Ils s'accommodaient fort d'ailleurs des libertés que la Réforme procurait à leurs passions. Mais quel dépit pour Luther, quelle source d'amertume, lorsqu'il vit les princes et les seigneurs qu'il avait émancipés et enrichis, s'écarter respectueusement de sa personne, pour jouir en paix de leurs richesses, et le laisser seul travailler librement à l'extension de son royaume spirituel (') !
Son dépit ne connut plus de bornes lorsqu'il vit s'élever, parmi ses fidèles, des juristes C) qui, méconnaissant son au'orité Sîiprême, refusaient aux enfants des prêtres mariés le droit de succession. Dans ses sermons et dans tous ses discours il criblait de sarcasmes ces juristes, confrères de Judas et de Lucifer, etc. etc. auxqiiels on devrait arracher la langtte; mais tout cela ne légitimait pas ses enfants (^). Une cause de dépit plus violent encore fut la démoralisation que la pré-
(') Luther exhala son ressentiment contre ces ingrats en leur prodiguant les épithètes de tj'rans, voleurs, assassins, brigands, ladres, usuriers, I)illards, agioteurs, oppresseurs et ccorchcurs de leurs sujets....
(-j Entr'autres Schürt, professeur de jurisprudence à Wittemberg, autrelois ami de Luther, mais qui ne craignit pas de soutenir contre lui les conclusions du droit canonique.
(■*) V. Lettre de Luther (janvier 1546) a son ami t'robst à Brème. — Evers. t. VI.
dication du pur évangile ne tarda pts à introduire et à développer dans tout le pays réformé, Luther vit bientôt éclater autour de lui les mécontentements et la haine de toutes les classes de la société, qui le considéraient comme l'auteur des difficultés, des guerres, des calamités de tout genre qui désolaient le pays. Il avait d'ailleurs conscience de son crime; il voyait bien qu'il avait manqué son but; et lorsqu'il s'écriait: « Je voudrais n'avoir jamais entrepris cette œuvre », il prononçait lui-même la condamnation de la Réforme. .
Accablé par la situation générale, Luther était harcelé de plus près par des embarras plus intimes et des chagrins personnels plus poignants. L'Université de Wittemberg, sa fille de prédilection, faisait peu d'honneur à la Réforme ; la corruption ravageait honteusement cette jeunesse entrée en possession de la liberté évangélique. Il voulut arrêter le torrent; il essaya par des avis, par des proclamations de ramener les étudiants au respect de la morale et à la pratique de la vertu. Ceux-ci répondirent à leur correcteur infaillible par des couplets où la gaîté ne le cédait qu'à l'irrévérence. Les rues de Wittemberg, résidence diinonvean pape, retentirent de chansons en l'honneur de sa Sainteté réformée et d'une certain Rosina.
Qu'était-ce que Rosina? Peut-être l'une des neuf religieuses du couvent de Ximpschen que Luther, après les avoir délivrées, logeait paternellement dans sa maison, en attendant qu'il leur trouvât un mari? Non; c'était une modeste fille « pudens virgnncula », entrée au service du gardien d'Israël ('), mais bientôt obligée de le quitter,
(1) Rosina parait être entrée dans la maison de Luther, étant encore une toute jeune tille.
Go LA FIN DE LUTHER.
après avoir donné à la Réforme un petit fidèle de plus ('). Luther avec une audace inouïe prétendait que les papistes avaient subrepticement introduit cette fille dans sa maison (^).
'L'homme de Dieu ne pouvait même pas trouver, dans sa propre maison, le repos et la tranquilité; sa femme Kaethe et ses enfants lui remettaient incessamment sous les yeux la profondeur de sa chute. Il s'enfuit plusieurs fois loin de Sodome, — c'est ainsi qu'il désignait Wittemberg — et ses amis intéressés ne le ramenaient qu'à grand'peine dans sa famille, toujours en alléguant Vhonnenr de l'évangile. Au cours de ces excursions, le pieux Loth écrivait à « Monsieur Kaethe (^) » pour l'engager à vendre tout ce qu'ils possédaient dans Wittemberg, et à quitter cette ville, où, après sa mort, disait-il, les quatre éléments conspireraient contre elle, où lui-même ne voulait plus retourner, préférant mendier son pain que de voir sa vieillesse exposée à des avanies qu'il ne pouvait plus supporter.
La colère. du chaste prophète de soixante ans eut encore à s'exercer contre une seconde Rosina de même valeur que la première, et dont la vertu aussi peu farouche ne compromit pas moins l'honneur de la maison du saint homme.
La misère à son tour visita, dans les derniers temps, le ménage du D^ Luther: c'était pour lui l'occassion d'entre-
(1) Cette « méchante Rosina » ne manqua pas de se flatter du bienfait de Luther; et visitant l'un après l'autre les pasteurs évangéliques, elle leur tint des propos qui assombrirent un peu l'auréole de leur chef vénéré. ic Ah ! s'écriait Luther, dans un moment de fureur, si je n'étais pas un serviteur de la Sainte Parole, il y a longtemps que je l'aurais fait mettre au sac! et je me demande encore si je ne dois pas m'y décider enfin, pour échapper à la honte satanique dont elle me couvre et qui me brûle ». On commençait à cette époque par mettre au sac les coupables condamnés à être noyés. Voir Schütze, Lettres inédites de Luther. Leipzig, i783, p. 117.
C^) De Wette, t. V, p. 3y5 et 02S.
(3j Luther se plaisait à donner parfois ce titre à Catherine Bora, pour montrer l'autorité absolue qu'elle e,\erçait sur lui.
LA FIN DE LUTHER. 6l
prendre de nouvelles tournées apostoliques, pendant lesquelles ce généreux époux avait le cœur d'écrire à sa pauvre femme en détresse : « Nous trouvons ici abondamment à manger et à boire (') »!
Les remords de sa conscience, ses doutes, ses inquiétudes le plongeaient dans le désespoir: c'est ce qu'il appelait « les tentations du démon ». Car il dit :
« Voilà que le diable me fait des reproches. Qui ta ordonné, me demande-t-il,de prêcher l'Évangile? Qui fa donné mission d'annoncer la parole de Dieu comme n'osèrent jamais l'annoncer, durant tant de siècles, aucun évêque, ni aucun saint? Qu'arriverait-il si Dieu désapprouvant ta conduite, te demandait compte d'un si grand nombre d'âmes que tu as séduites ('-) ? Quand le diable me surprend dans l'oisiveté, si je néglige la parole sainte et que je me trouve ainsi désarmé, il me reproche d'avoir enseigné une doctrine fausse, d'avoir déchiré le sein de l'antique Église jusqu'ici paisible et unie, d'avoir suscité des scandales, des querelles et donné naissance à des sectes ennemies (•').
« Le diable vient souvent me reprocher les scandales et les calamités issus de ma doctrine. Il me tourmente parfois cruellement, il me remplit d'anxiété et de frayeur. Je lui réponds que ma doctrine a produit beaucoup de bien^ mais il est fort habile à me prouver le contraire {*).
« Le diable, un jour, me tourmenta tellement avec cette maxime de S. Paul à Timothée (i Tim., V, 13) que je restai sans parole et pensai que le cœur allait me manquer. Il m'accusait amèrement d'être cause que tant de moines et de religieuses eussent violé leurs vœux en sortant de leurs couvents etc. (^'). Je crois que ce n'était pas un diable ordinaire, mais le prince des enfers en personne, qui s'est élevé contre moi, tant il était fort et armé des paroles de la Sainte Écriture; en sorte que si je n'avais eu recours à d'autres paroles, ce que je savais de l'Ecriture ne m'eût pas suffi |6).
« Je dirais volontiers avec Job (III, 3) et Jérémie (XX. 14): » Je voudrais n'être pas né»; et je dirais non moins volontiers: « Je voudrais n'être jamais venu avec mes livres (") ».
(1; Wir haben zu fressen und zu saufen genug. Lettre de Luther à sa Kaethe, du g février. 1546 (i) Lut/ier's Werke, t. XXII. p. 1087.
|3)L. W., ibid., p. 1214.
(1) Lettres de Luther, t. V, p. 614.
(5)L. IF.,t. XXII, p. 1176.
(«) Lettres de L., t. III, p. 222.
("jL. W., t. V. p. i53.
Dans son petit factum contre le duc Henri de Brunswick, Luther nomme le diable cent quarante-six fois (').
Dans son livre sur le Concile et l'Eglise, il le nomme quinze fois en quelques lignes ('). Il entretenait d'ailleurs des relations fort étroites avec « Sa Majesté infernale ». Il en parle comme d'un compagnon nocturne avec lequel il dormait beaucoup plus qu'avec sa Kaethe (^).
« Dès que je me réveille, la nuit, dit-il, le diable vient aussitôt, entre en discussion avec moi et me suggère toutes sortes d'idées étranges, jusqu'à ce que je me rende et que je dise: « Embrassez-moi (4). »
ï Je suis persuadé que le diable me réveille souvent (car autrement je dormirais très bien) uniquement pour me vexer et me tourmenter {'').
« Mes luttes nocturnes sont beaucoup plus pénibles que celles du jour, quia dus adversarii me laissent rarement mécontent; mais le diable, lui, m'oppose des arguments qui me mettent hors de mes gonds. Il m'a souvent réduit à douter s'il y avait un Dieu ou non. Les autres attaques me rendent plus tier; vous voyez dans mes livres à quel point je méprise mes ennemis ; je les tiens franchements pour des fous. Mais quand vient le diable, qui est dominus innndi, lui me sert un soWàe posuisti [<^).
« Le diable par ses argumentations me presse tellement que j'en sue d'anxiété. Il est fort en colère, je le sens bien. Il dort beaucoup plus prés de moi que ma Kaethe ; je veux dire qu'il me cause bien plus d'inquiétude qu'elle ne me procure de plaisir (") ».
Luther croyait voir le diable sous une multitude de formes les plus diverses (^). Peu avant sa mort, au dire de son médecin Ratzeberger, il avait de ces visions diaboliques, tellement obscènes (^) que la décence nous oblige à n'en
(1) L. W., t. XVII, p. 1645-1734.
(■-) L. W., t. XVI, p. 36i5. Voir aussi le très intéressant ouvrage, Kivclie oder Protestantismus, par un théologien allemand. Mayence, Kirchheim.
(3) L. W., t. XXII, p. 672.
(4) L. W. Ibid, p. 1179.
(n) Ibid., p. 1190.
(ti) Ibid., p. 922.
C) Ibid., p. i2i3.
(8) Voir Janssen, Geschichte des deutschen Volkes, t. II. p. 174- A. Kostlin, t. I; p.. 472, t. II, p. 207.
('•') Handschriftliche Geschichte über Luther u. seine Zeit, Jena iH5ü, p. i3J, et Janssen, t. III, p. 538.
rien dire, non plus que de ses allocutions du diable ('). Son système antichrétien et insensé de la justification de l'homme le conduisit à affirmer finalement qu'il tenait le diable pour pliis puissant que le Tout-Puissant hii-même. « Priez pour Notre Seigneur et son évangile etc. »,. disaitil. Et encore : « La divinité suprême est devenue la dernière des créatures; elle est soumise au diable lui-même ».
Ainsi Luther, de plus en plus esclave du démon, en proie au découragement et au désespoir, comme Judas, s'acheminait vers le suicide, dont l'idée lui était devenue familière depuis longtemps déjà. C'était une de ses opinions, on l'a vu, que le diable conduit d'abord à la désobéissance et à la trahison, puis au désespoir, et que ceux qu'il a ainsi égarés finissent par se pendre et s'étrangler (^). Lorsqu'il s'exprimait ainsi, l'apostat faisait sans doute allusion à sa propre fin.
Un jour qu'un de ses pasteurs nommé Léonard Betzer racontait à table que, lorsqu'il prenait un couteau, le démon lui suggérait la pensée de se tuer; ou que s'il voyait des brins de fil, il concevait le dessein d'en faire une corde pour se pendre: « Ces pensées, répondit Luther, me sont aussi vernies souvent lorsque je tenais un couteau dans la main (^) >- .
Ses amis n'ignoraient pas cet état d'âme du réformateur, ces dispositions dangereuses et ce penchant au suicide. C'est pourquoi, dans les derniers temps, ils avaient attaché à sa personne un domestique spécialement chargé de veiller à ce qu'il ne se fit aucun mal (^).
Mais le projet fatal, inspiré, confirmé, mûri par tant de circonstances néfastes et de chagrins, finit par être mis à
(') L. W., t. XXII. p. 1190.
(■-) Propos de table, i. c. 267 a.
|3) Propos de table. Eisleben 1569.
(^) Voir Kranse, Luther miraculeux ; Prague, 1716, p. 74.
exécution. Rappelé dans son pays, à Mansfeld, le réforniateur s'y rendit avec contiance, espérant établir son autorité apostolique, en apaisant les différends, en assurant les intérêts de plusieurs milliers de personnes. Il échoua. Une fâcheuse nouvelle vint encore aggraver la tristesse de cet échec. On apprit soudain que l'empereur Charles- Quint venait des Pays-Bas et marchait vers Ratisbonne, se dirigeant sur la Saxe ('). Ce pays n'était point en état de défense ; s'en emparer, se saisir de l'électeur, de Luther, de ses complices, et châtier les rebelles pouvait n'être qu'un jeu pour les troupes impériales. La situation était fort critique. Luther qui, par ses écrits et ses discours, avait excité le peuple et les princes à la révolte contre l'empereur, dénonçant Charles-Quint comme le plus dangereux ennemi de la paix, contre qui tous les moyens de défense étaient légitimes, n'ignorait pas le châtiment que lui réservaient les lois de l'empire.
A mesure qu'approchait l'heure de la justice, l'insolence et l'audace tirent place, dans l'âme vulgaire du moine apostat et révolutionnaire, au désespoir et à la lâcheté ; et ne voulant pas causer « au pape et à ses pendards » la joie d'apprendre son châtiment, il évacua le terrain. Il préférait d'ailleurs « être étranglé par le diable que par l'empereur, afin de ne sortir de ce monde qa' « expulsé par un grand prince ». .
(') Dans sa dernière lettre à sa « Catherin Lutherin von Bora », le fidèle époux écrivait : « L'empereur n'est plus qu'à trente milles d'ici, et déjà le bruit court que le D'' Martin est emmené ».