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SOURCES ET DOCUMENTS CATHOLIQUES

ORSQu'iLS eurent achevé de composer et de répandre j les preuves de la mort édifiante de Luther, ses disciples songèrent à consolider l'œuvre de la Réforme. Sans essayer d'étendre le champ de leur propagande, ils s'efforcèrent d'encourager et d'augmenter la vénération de leurs adeptes envers le réformateur.

C'eût été une consolation, pour les catholiques, d'apprendre que ce vieillard chargé de tant de crimes, poursuivi par le remords et abîmé dans le désespoir, était revenu, dans ses derniers jours, au Dieu qu'il avait tant outragé, mais dont l'infinie miséricorde esi. toujours prête à pardonner au pécheur repentant. Ils n'eurent pas cette consolation. Plusieurs savants docteurs de l'Église, des hommes de Dieu, des écrivains d'une science, d'une intégrité et, par conséquent, d'une autorité indiscutable, étudièrent de leur côté et consignèrent par écrit les faits et gestes de Martin Luther. En dépit des serments des rédacteurs de VHisioria^ aucun de ces hommes n'y ajouta foi. Beaucoup de protestants mêmes refusèrent d'y croire. Nous allons examiner d'abord les documents historiques rédigés par les auteurs dont la conduite, la vie pure et exemplaire, la grande science, le jugement, la compétence enfin, nous permettent de considérer les i^écits comme absolument véridiques. Des savants catholiques qui avaient conscience de la portée du travail qu'ils entreprenaient, recueillirent

avec soin les détails les plus précis qu'il fut possible d'obtenir, pour les conserver aux générations futures, préparer la défense de l'Église si indignement outragée, et contribuer à démasquer un jour l'hypocrisie et à réfuter les mensonges par lesquels on espérait dissimuler l'opprobre de la mort du réformateur.

Les écrits, rapports et documents divers publiés de 1546 à 1592 tendent moins à établir le genre de mort de Luther qu'à réfuter la légende créée et propagée par VHistoria et à fournir les preuves de sa fausseté absolue.

Le premier qui entra en campagne, principalement pour désabuser ceux des protestants qui cro3'aient à la sainte mort de Luther, fut le fameux Jean Cochlœus ('), qui publia en 154g, sous le titre De actis et scriptis Martini Lutheri Saxonis (^), un journal qu'il tenait régulièrement — lui contemporain— de la vie et des écrits de Luther (^). On y lit que Dieu « par une mort subite et imprévue, traîna Luther à

(1) Le chanoine Di' Jean Cochlœus (Dobeneckj, né en 1479 à Wendelstein, en Franconie, assistait en iSai comme conseiller théologique de l'électeur Richard de Trêves au Reichstag (Diète impériale) à Worms, dont il devait par ordre du légat Aleander donner le compte-rendu. Il assistait également à la Diète d'Augsbourg en i53o et à celle d'Hagenau en r54o ; en 1546 il accompagna son évèque au Colloque religieux de Ratisbonne et après une vie sainte et riche en travaux pour le service de la Sainte Église, il mourut à Breslau en i552.

Grand savant, il fut l'un des champions de l'Église catholique en Allemagne. Écrivain fécond et toujours prêt à la réplique, ses ouvrages, au nombre de 190, contre les erreurs de cette époque, sont pour la plus grande partie théologiques et polémiques. Les plus remarquables, outre ceux que nous avons cités, sont : Lutlierus sepiiceps ubiqiie sibi contraviiis. — Historia: Hussitanim, libri XII. Mogunt. 154g. »; ouvrage désormais indispensable aux historiens parce que les documents mis en œuvre par Cochlœus ont péri. Il écrivit encore une foule de controverses contre Luther, Mélanchthon, Zwingle, Calvin, Bucer, Conrad Cordatus; Musculus, Andreas üsiander, Henri Bullinger et d'autres. (Cf. De Joann. Cochhci vita ei scriptis, auct. Urb. do Wcldigo-Cremer, Monast. i865, ei Kirchenlcxikon, t. 111, p. 571.

(2) Ab i3i7 ad 1546 incl.

(3) Le dernier chapitre de cet ouvrage, traitant de la mort de Luther, fut publié à part dés /.viV.

son tribunal redoutable : Dens subitanea et improvisa morte ad ierrificmn rapnit jnsiiiiœ suce tribunal. »

On s'explique facilement qu'il ne dise encore rien de particulier sur le genre de mort de Luther. A cette époque, les détails exacts et sûrs n'étaient connus que de l'entourage intime du Réformateur. Ses disciples et successeurs avaient pris soin d'écarter les soupçons en mêlant à quelques détails vrais leurs explications m.ensongères. Cochlœus s'étend davantage sur les pompeuses funérailles de l'apostat. Il signale notamment l'odeur fétide (') qu'exhalait le cadavre, à tel point que, en dépit du programme, on ne put le porter de Wittemberg à l'église du château, et qu'on fut obligé de l'y amener en voiture.

Le moine Helmesius, de l'ordre de Saint-François, dans l'écrit publié en 1557 sous le titre : Captivitas Babylonica Martini Lutheri, garantit le fait que d'innombrables corbeaux (^) suivirent le corps de Luther et se répandirent par milliers dans la ville qu'ils remplirent de leurs croassements (^).

Cochlœus qualifie VHistoria de récit vain et mensongei-, mendax et fräilis. On y trouve, dit-il, outre la prière : ": Or aie pro Domino Deo nostro, priez poiir notre Seigneur », quantité d'autres insanités « alias complures stuUitias. » Malheureusement il n'indique pas les passage qu'il qualifie de siîdtitias. Cochlœus a bien mérité de la postérité en

(i) D'après d'autres récits, cette odeur remplissait déjà tellement l'air à Eisleben, que les corbeaux se rassemblaient.

(2) Dans Zeidler's handschriftliche Chronik von Halle (cf. Förstemann I. c. 76) il est raconté au sujet de Halle et des environs que « peu avant la mort de Luther, l'air était rempli d'hirondelles, en si grand nombre que l'on eut dit un épais nuage ; quelques unes tombèrent et grattèrent cf)mmc des poules. »

^3) Thyräus et Bredenbach confirmèrent cette assertion. Helmesius pouvait s'appuN^er sur le témoignage de nombreux témoins.

conservant, dans son ouvrage ('), la célèbre lettre du citoyen de Mansfeld, Civis Mansfeldensis, dont le récit détaillé ne laisse rien subsister des mensonges de VHistoria. Pour l'auteur de cette lettre, les affirmations et les serments solennels de Cœlius ne sont autre chose que duperie fondée sur de fausses apparences et des affirmations sans conscience.

L'auteur (Civis Mansfeldensis) de ce document historique de haute valeur n'est pas nommé ; mais d'après la cmquièrae centurie de Jean Nass (^), on voit que cet auteur était un des catholiques secrets d'Eisleben (^) ou des environs, citoyen d'Eisleben ou de Mansfeld sans aucun doute, qui s'était procuré, en différents endroits et aux adresses les plus sûres, des informations sur la mort et l'enterrement de Luther. Son récit était à peu près celui de toute la ville. Il l'avait envoyé au savant Georges Wizel C) qui le prépara probablement pour l'impression, en rédigea l'introduction et l'adressa à Cochlœus. Ce rapport du Civis Mansfeldensis est parfaitement d'accord avec les lettres de Luther et l'introduction de VHistoria, jusque dans les moindres détails du voyage et du séjour de Luther à Eisleben; mais quand on arrive aux faits essentiels, les inventions mensongères des lettres de Jonas et de VHistoria, tombent devant les preuves fournies par le Civis.

Ainsi il établit péremptoirement que:

1° Lorsque les médecins arrivèrent dans la maison mortuaire, Luther ne donnait plus aucun signe de vie (^);

(i) De actis et scriptis Lntliey. Mayenco, 154S. Paris et Cologne 1565, p. 298.

(2) Ingolstadt, 1570, fol. 477.

(3) A cette date, la Terreur protestante régnait à Eisleben.

(4) Ancien curé catholique, qui entretenait toujours secrètement des relations avec les catholiques secrets.

(5) Non repererunt in eo ullum amplius pulsum.

tandis que VHistoria prétend que les médecins firent prendre au malade une cuillerée d'un remède et qu'ensuite il parla.

2° Que les frictions pratiquées sur le malade selon VHistoria, furent en réalité faites sur un mort.

3° UHistoria ne mentionne aucunement les vains efforts du pharmacien pour ramener Luther à la vie.

4° UHistoria ne souffle mot de deux observations importantes : elle ne dit pas que la bouche du cadavre était convulsionnée ('), que le côté droit était tout noir f ).

50 h'Historia ne parle pas davantage du violent désespoir dans lequel tomba Jonas.

6° Le prince Wolfgang d'Anhalt ayant demandé s'il ne restait pas quelque souffle de vie, le pharmacien répondit que tous les membres étaient déjà raidis par le froid (^). D'où il résulte que la mort remontait à plusieurs heures.

7° Lorsque Jonas proposa aux seigneurs présents d'écrire à l'électeur, on avait épuisé tous les moyens de ranimer Luther et le corps était déjà entièrement froid. D'où il résulte que la lettre ne dut être écrite que vers sept heures au plus tôt, et non à cinq ni à quatre heures, comme fit écrire Jonas C*).

8° L'ffiston'a prétend que deux peintres prirent le portrait du mort. Selon le Civis, le même peintre fit deux fois le portrait, probablement parce que, la première fois, il avait été trop exact. On voit encore aujourd'hui, dans la galerie des tableaux de Dresde ('), le portrait original, ou une copie, d'après Lucas Fortennagel, au dire des protestants eux-mêmes.

(1} « Tortura oris. i>

(2) ï Dextrum latus totum infuscatuin. »

(3) 0 Frigore algeant. »

(■*) Voir plus haut p. 8, not. i.

(5) Voir le grand catalogue de la Galerie, p. 620, n» 1955.

De nombreux savants et artistes compétents prétendent que cette peinture produit à première vue l'impression d'un homme mort par strangulation, hominis strangidati. Sur le côté gauche du cou, on perçoit distinctement une tache sombre qui n'est pas un effet d'ombre. La figure est d'une laideur inexprimable et suppose une tension des muscles du visage qui ne peut s'expliquer par l'apoplexie. L'aspect général est repoussant. Du reste le Civis Mansfeldensis, qui connaissait VHistoria, pouvait, s'il lui avait reconnu quelque valeur, en envoyer un exemplaire à Wizel et s'épargner un travail considérable : mais il se fit un devoir de conscience de procurer à ses frères catholiques, pour détruire cette œuvre de mensonge, un rapport fidèle, établi sur ses recherches et sur les renseignements personnels que le voisinage de la scène du drame lui permettait de recueillir facilement. Malheureusement, il ne parvint pas à connaître ions les détails, parce qu'ils n'étaient connus que de l'entourage intime de Luther et du petit cercle d'initiés, absolument impénétrable pour un adversaire.

Le doyen Jean Oldecop ('), dans ses Annales (^), complète

(1) Né en 1493, étudia à Wittemberg, Bologne et Rome, prêcha en 1537 dans sa ville natale Hildesheim, contre la doctrine luthérienne, et après avoir été au service de l'empereur à Prague, à Mayence et en Espagne, devint doyen à Hildesheim. Son œuvre a d'autant plus de valeur, qu'en raison de ses rapports avec la cour impériale il pouvait puiser aux sources oßcielles, et ses amis, comme ses ennemis, reconnaissaient en lui un homme absolument consciencieux.

(■-) Journal des événements contemporains. L'historien protestant et si partial H. A. Liintzel mit à profit ces « Annales », et les réimprima littéralement pour la plus grande partie ; aussi Jürgens cite-t-il souvent Oldecop d'après Liintzel dans Martin Luther. Leipzig 1846-1847. Dans l'avant-propos de l'un de ses ouvrages intitulé L'Adoption de la religion évangelique par la ville d'Hildesheim 1843, Liintzel dit; « Les Annales peuvent prétendre au titre d'ouvrage historique ». — Cependant plusieurs observations d'Oldecop n'étant pas conformes à sa manière de voir, il chercha à les expliquer par l'âge avancé de l'auteur; or, Oldecop n'avait alors que 53 ans !

les renseignements fournis par le Civis. Indigné des mensonges de VHistoria, il établit ip. 354) que Luther mourut sans confession, sans aucun sacrement, et de mort subite. Il réfute l'assertion de Jonas, d'après laquelle le mourant aurait affirmé sa foi, à ses derniers moments, en répondant « oui » et en prononçant de pieuses sentences. L'année même de la mort de Luther, il écrit dans les Annales:

« Toutes les personnes composant la domesticité, et beaucoup d'antres, ont dit davantage et avouent que Luther fut trouvé mort. La comtesse de Mansfeld et quelques autres personnes de la noblesse avouent et affirment qu'elles ont trouvé le docteur Martin

Luther mort ('). »

Le célèbre Père D"" De Coster ("), auquel son zèle à combattre l'erreur valut le titre de Maliens hœreticorum (marteau des hérétiques), se rendit, vers 1570, à Heiligenstadt pour la visite du collège des Jésuites. Il apprit les détails véritables sur la mort de Luther, d'une noble dame thuringienne qui les tenait elle-même de la comtesse de Mansfeld, témoin oculaire de la découverte du cadavre de Luther.

Dans sa Fidei demonstratio (Anvers 1584), il dit, au sujet de la mort de Luther (fol. 206) :

« Vers minuit, on appela les deux médecins qui ne trouvèrent plus en lui aucun signe de vie. Ils virent la bouche convulsionnée, le côté droit du visage noir, le cou rouge et

(1) Ceci explique pourquoi Cœlius prêcha soit contre les rumeurs d'après lesquelles on avait trouvé Luther mort, soit contre d'autres suppositions, pires encore.

(•-) Controversiste et écrivain ascétique, né à Malines; il fut en i53i professeur à Cologne et depuis ^563, provincial de la province rhénane. Après 67 ans de profession, il mourut en 1619 à Bruxelles, en odeur de sainteté. Par sa parole et ses écrits il ramena à l'Iiglise catholique un grand nombre d'hétérodoxes. Ses ouvrages sont rédigés partie en latin, partie en flamand. M. Van der Haghen en donne la liste complète dans sa Bibliotheca belgica, nos 47g à 629.

déformé comme s'il avait été étranglé. Ces détails ont été avoués par une dame de l'aristocratie d'Eisfeld, près de la Thuringe. Les médecins ne savaient que dire de cette mort. La vérité, c'est que Luther fut étranglé par le diable. »

Le P. De Coster conclut donc que Luther est mort étranglé. C'est aussi la thèse que soutient le cardinal Hosius ('), prince-évêque d'Ermland.

Il se trouvait à Trente, en qualité de membre du concile, lorsqu'il apprit les rumeurs déjà publiques qui couraient au sujet de la mort de Luther. Des renseignements précis qu'il recueillit à des sources authentiques, le cardinal avait acquis la conviction que « Luther fut trouvé mort, le matin. » Dans son ouvrage classique intitulé: Confutatio prolegomenôn Breniii (Colonise, 1560), l'éminent écrivain dit: « Lorsqu'on voit Luther, dans tous ses discours, ses écrits et ses actes, prendre exclusivement conseil de la colère et de la haine, qui pourrait douter encore que tout ce qui vient de lui ne procède du diable? Si quelqu'un pouvait en douter, son doute devrait cesser devant les paroles de Luther qui,

(1) Stanislas Hosius, né àCracovie en i5o4, fit ses humanités, ses études de théologie et de droit à Padoue et à Bologne ; fut régent de la chancellerie de l'Empire, ambassadeur, légat et prince-évêque d'Ermland, puis créé cardinal et grand-pénitencier à Rome. D'une charité inépuisable il fit parfois vendre tout ce qu'il possédait afin de venir en aide aux malheureux. Très vénéré et généralement considéré comme un « saint » , par le clergé comme par les fidèles, il mourut à Capranica en 1572.

Théologien classique, la quantité de ses ouvrages, tous de la plus haute importance, lui ont fait décerner les surnoms de 0 pilier de l'Église, second Augustin, marteau des hérétiques, etc.. » Ses écrits les plus célèbres sont la « Con/utatio », la « Confessio » qui eut de son vivant 3o éditions et fut traduite en 10 langues ; a De expresso verbo Dei » — Le bienheureux Canisius l'appelle « l'écrivain le plus transcendant, le théologien le plus remarquable et le meilleur évêque de son temps. » ~ Le pape Paul IV disait: 8 Depuis que je connais Hosius, j'ai cessé d'admirer les autres grands hommes de notre époque. » — Le pape Grégoire XIII, disait à la mort du cardinal : « Havemo perduto una gran colonna délia chiesa di Dio, ornamento del collegio nostro e splendor di questa corte: già pregarà Dio per noi quel santo cardinale. i>

lui-même, dans sun livre inlitulé -^ De missa un^iilari », désigne ouvertement l'auteur de sa doctrme. Il dépeint le diable disputant avec lui et lui proposant contre la messe des arguments d'une telle force qu'il ne pouvait les réfuter. II décrit même sa voix grave, forte, et dont le son est si terrible, dit-il, qu'il arrive que des hommes, après un colloque nocturne avec le démon, sont trouvés morts le lendemain. Car, ajoute-t-il, non seulement le diable peut tuerie corps, mais il peut jeter l'âme dans une telle anxiété qu'elle soit parfois réduite à quitter le corps en un instant : ce qui faillit souvent, dit-il, lui arriver à lui même. C'est même ce qui finit par lui arriver ; car ayant copieusement bu, la veille, et s'étant montré fort joyeux, il fut trouvé mort le matin dans son lit, après avoir pendant vingt-neuf ans entiers bouleversé l'Eglise de Dieu. Et voilà ce qu'il plaît à quelques uns d'appeler emphatiquement la parole de Dieu ! C'est un évangile émané, non de Jésus-Christ, mais de Satan, de l'aveu même de celui qui, le premier, le produisit à la lumière (') » .

(1) a Cum (Lutherus) in omnibus dictis, scriptis, factis suis, non alios quam iram et odium pessimos consultores adhibuerit, erit adhuc quisquam qui dubitet, quaecunque ab eo profecta sunt, aliunde quam a diabolo profecta esse? Si quis est hujusmodi, tollet illi dubitationem hanc Lutherus ipse, qui in libro quem inscripsit « De missa angulari » quem habuerit autorem doctrinae suae, non obscure fert. Inducit enim ibi diabolum secum disputantem, ac fortiora contra missam argumenta proferentem, quam quae refelli a se potuerint. Cujus etiam vocem inibi descnbit, quod ea gravis et robusta sit, tamque terribiliter insonet, ut usu quandoque eveniat, quod post coUationem cum dsemone nocturnam homines postridie mane mortui reperiantur. Xam et corpus, inquit, occidere potest, deinde vero animam ita reddit anxiam, ut in uno momento quandoque necesse habeat e corpore migrare. Quod saepe sibi quoque ipsi propemodum accidisse scribit. Quin et accidit ad extremum. Xam qui vespere bene potus erat et hilaris, postridie mane repertus est in lecto mortuus, cum totos annos undetriginta magnos in Ecclesia Dei motus excitasset. Atque hoc est illud quod adeo magnifiée prsedicatur à quibusdam Dei verbum, evangelium non a Christo, sed ab auctore Sathana profectum, sicut ipse fatetur, qui primus id in lucem edidit. »

En donnaat pour titre à un chapitre de cet ouvrage ces mots : « Lutheriim mnlo spirUu actum plcraqne perfecisse ; que Luther agissait le plus souvent sous l'influence du malin esprit » ('), Hosius semble admettre que Luther se suicida sous l'influence du démon. Il cite, dans ce chapitre, un passage de l'écrit de Luther « De la messe privée et de l'ordination des prêtres » (1533), où l'apostat {^) raconte qu'il avait eu avec le démon une dispute à la fin de laquelle il fut obligé, lui « le fidèle de Dieu » de se déclarer vaincu par le démon. Dans ses « Tisch Reden » (Propos de table), il dit que le diable conduit d'abord les hommes 'à la désobéissance et à la trahison, comme Judas ; et qu'il les pousse ensuite au désespoir, de sorte qu'ils finissent par se pendre et s'étrangler >:. D'ailleurs en lisant la définition du suicide donnée par Luther (^), on reste convaincu qu'il finit lui-même, comme les possédés, par le suicide (■*).

L'avis du cardinal Hosius, sur la mort de Luthei', était partagé par le savant évêque français Claudius de Saintes.

Cet illustre prélat raconte que Luther, le matin du 18 février, fut trouvé mort, la figure noirâtre, la langue pendant hors de la bouche, comme it-n homme étranglé. Dans son ouvrage De rebus Eucharisties, (Paris, 1575) il dit : « Le diable s'est manifesté parfois dans les fureurs et les agitations qui tourmentaient, jour et nuit, nos adversaires inquiets et hors

(1) Cf. « De vilis etc. omnium hareticovjim (i583 Cologne) où l'auteur D'' Gabriel Prateolus Marcossiiis dit : « Lutherum non tam inortuum quam suffocatum esse. »

(-) Wittemberg i56i, VII, 443. Il y dit entre autres: « Ici, dans cette dispute, mon cœur commença à trembler et à palpiter... Le démon sait bien poser ses arguments... Et c'est alors que j'ai expérimenté comment il arrive que l'on trouve, le matin, les gens morts dans leur lit. Il peut (le démon) étrangler le corps. . . Mais il peut aussi effrayer l'àme à un tel point, qu'elle soit réduite à sortir du corps en un moment, comme il a pensé fréquemment m'}- réduire moi-même >.

(3) Voir sa lettre à Lauterbach et celle sur Carlostadt.

{^) Scaramelli, Mystik, p. 265, dit : « La possession pousse au suicide ».

d'eux-mêmes, aussi bien que dans les morts subites et violentes par lesquelles il fit périr la plupart d'entre eux, comme Zwingle, Luther, Carlostadt, Emser, Œcolampade et d'autres encore. D'autres fois il a voulu se révéler tel qu'il est par des fantômes et des visions. Dieu l'a voulu ou permis ainsi, afin que l'ange de Satan ne pût être longtemps confondu avec les esprits célestes. »

Ici Claudius de Saintes rapporte, dans les mêmes termes que Hosius, la conférence de Luther avec de diable sur la messe privée, la description de la voix diabolique, les morts subites causées par le diable, puis il conclut : « Luther attribuait à cette cause la mort d'Emser et d'Œcolampade; nons croyons nous que Luther aussi mourut lui-même de cette manière ; car il s'Hait cotiché après avoir bu, la veille an soir, gaiement et copietùsement, et le matin, on le trouvait mort, le visage noir, la langtùe pendante, comme un homme étranglé (') ».

Le cardinal Bellarmin (^), archevêque de Capoue, con-

ti) Diabolus seipsum quoque exeruit in furiis atque agitationibus animi quibus diu noctuque inquieti et tanquam abreptitii torquentur adversarii ipsi, necnon in mortibus violentis ac repentinis, quibus plerosque ex illis sustulit ut Cinglium, Lutherum, Carolstadium, Empseruni, Œcolampadium, atque alios. Per spectra etiam et visa qualis esset, talis Spiritus aliquando internosci voluit : atque hoc Dei jussu ac nutu contigit, ne diu liceret Angelo Satanas se ementiri pro Dei spiritu. Lutherus, iibro de missa angulari, inducit diabokim secum colloquentem de missœ sacrificio et valentiora proferentem argumenta, quam ipsi satisfacere potuerit. Ejus vocem inibi describit tam gravem et robustam tamque terribiliter insonantem, ut usu quandoque eveniat, quod post collationem nncturnam cum dœmone, homines postridie mane mortui reperiantur, quia spiritùs ipsis a Satana prascludantur : atque ita se credere extinctos Empserum et Oecolampadium, addamus et nos credere ita quoque extinctmn Lnlhentm: qui cum vespere egregie potus lecto decubuisset, mane nigvitans invcnius est occubuisse liiigua exeria, hominis strangulati instar. »

{'-) Robert Bellarmin, l'un des membres les plus illustres de l'ordre des Jésuites, issu d'une très grande famille d'Italie, neveu du pape Marcel II, naquit en 1542. En raison de sa profonde érudition et de son talent d'orateur, il fut envoyé par S. François de Borgia à Louvain, pour y prêcher contre les erreurs du calvinisme, et par Philippe II au Concile de Trente;

36 LA FIN DH LüTHhR.

State aussi la mort cxira-nnÜLrclle de Luther. Dans le recueil des sermons qu'il prêcha à Louvain, de 1576 à 1570 (^), on lit: « Martin Luther qui vécut en épicurien, ne mourutil pas aussi d'une manière digne d'un disciple d'Épicure ? Car après avoir fait, dans la soirée, une dîner excellent, comme toujours, et réjoui tous ses convives par ses propos facétieux, quelques heures plus tard, la bouche convulsionnée, il rendait son âme au diable Ç) ».

Le R. P. Jean Nass (^) dans ses CenUiries écrit ; « Les êvangéliqnes se persuaderaient en vain que les catholiques ignorent le genre de mort de Luther ». On le connaissait assez pour que VHistoria ne pût donner le change. Et il déclare finalement que « Luther fut appelé subitement au tribunal de Dieu ».

En outre, sur la foi d'un témoin qu'il connaissait personnellement et qui avait assisté à l'enterrement de Luther, il confirme tout ce qu'on avait dit touchant l'horrible odeur dont, malgré le froid, le cadavre remplissait l'air.

Le D'' Gilbert Genebrard {^), de l'ordre de Saint Benoît, écrit dans sa Chronograpliia (^) : « Luther après avoir copieu-

plus tard il fut appelé à Rome, créé cardinal, et mourut en 1621. — Auteur de l'hymne « Pater superni luminis », il s'est encore illustré par ses « Dispuiationes de controversiis christianœ fidei adversus liujus temporis hœreticos (Ingolstadt 1 581-1592) » ; par son livre « De Scriptoribus ecclesiasticis » {Romae i6i3) ; son traité « De indulgentis et jubilcro (Colon. iSgg) et d'autres encore. Voir Sommervogel, Bibliothèque delà Compagnie de Jcsus, 1890, t.I, pp.ii5i-i254.

(1) Conciones habita Lovanii etc. Cologne i6i5.

(•-) « Martinus Lutherus nonne sicut Epicureo more vixit, ita quoque more Epicureo extinctus est? Nam quum nocte quadam optiraam cœnam sumpsisset, sicut semper solebat, et fabulis et facetiis omnibus convivis risum movisset, post paucas horas, ore contorto animam diabolo reddidit. »

(3) Franciscain, évêque de Brixen, grand défenseur de l'Église, mourut en 1590. Est particulièrement célèbre par ses cinq Centuries (i568).

(^j Archevêque d'Aix, né en i53y à Anvers, mort en 1597. Pendant treize ans il consacra quatorze heures par jour à l'étude. Il comptait parmi ses amis les plus grands savants de son temps et S. François de Sales se faisait gloire d'avoir été son élève.

("') Paris i58o, i585. — Cologne i58i.

sèment bu et mangé le soir, à Eisicben, fut trouvé mort le matin: il était descendu chez Satan (').

Ulenberg (^), rentré dans le sein du catholicisme, dit dans son savant livre Vita Lutheri (^) que, pour lui, ÏHistoria n'est qu'un récit convenu. Luther a été étranglé par le diable, a diabolo suffocattmi. Et en cela, dit-il, Luther vit ses désirs réalisés, car il avait dit qu'^'Z préférerait être étranglé par le diable que par l'empereur, parce qu'il serait alors expulsé de ce monde par tm grand prince.

Parmi tous les savants qui font autorité à cette époque, on ne trouve pas un contradicteur; ils conviennent unanimement que VHistoria est un document '< futile et mensonger », que Luther mourut seul, sans que personne assistât à sa mort, qu'on le trouva mort le matin. Ils en doutaient si peu que plusieurs considéraient Luther comme « un possédé étranglé par le diable » ; d'autres étaient convaincus qu'il s'était lui-même donné la mort.

Cependant les intéressés réussirent, pendant quarante-six ans, à cacher le véritable dénouement. On ne connut qu'en 1592 la vérité sur la fin du fondateur de la religion luthérienne.

(') a Lutherus Islebii cum vespere egregie esset pastus et potus, mane repertus est ad Satanam descendisse. »

(-1 Curé de Sainte Colombe, à Cologne.

(3) Cologne 1589.

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