LA VÉRITÉ
" |A critique historique parvient souvent à découvrir des faits ensevelis dans le silence ou le mystère pendant plusieurs siècles, par suite de quelques circonstances locales ou de conspirations mensongères. Si l'on considère, d'une part, les circonstances qui entourèrent la mort du coryphée de la Réforme et les précautions minutieuses prises par ses premiers coopérateurs pour s'assurer de la discrétion des témoins ; si l'on considère, d'autre part, le zèle déployé, par les premiers disciples pour répandre et accréditer le récit de la mort édifiante de leur chef et propager la nouvelle religion ; on ne s'étonnera pas que le public ait ignoré, pendant quarante-six ans, le lugubre drame d'Eisleben. Mais la lumière ne tarda pas à se faire.
Il restait, malgré tout, un témoin oculaire du scandale suprême ! C'était le serviteur, le domestique particulier de Luther. Ce témoin de l'indéniable vérité fut tellement frappé de cet événement sinistre, du châtiment visible qui apparut dans la mort de l'hérésiarque, qu'il renonça au protestantisme pour rentrer dans le sein de l'église catholique.
C'est alors que, poussé à la fois par le repentir, par le sentiment du devoir, que lui imposait sa conscience, d'arracher à la séduction et au mensonge tant d'âmes qui couraient à leur perte, ce témoin révéla le fait.
La vérité à peine connue en Allemagne fut aussitôt annoncée au célèbre historien et controversistc Thomas