‹ La fin de LutherChapitre 8 sur 11 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ÉCRIVAINS COMPÉTENTS QUI ONT ADMIS LES FAITS ÉNONCÉS PAR BOZIO ET SeDULIUS.

iES écrivains catholiques d'une autorité reconnue, aux XVIP et Xs^IIP siècles, et de nos jours encore, ont admis le témoignage du domestique de Luther et les récits de Bozio et de Sedulius.

1. Cornelius a Lapide ('), sur ce texte : Pseudoprophetœ in comiptione sua peribjint [ii Petr. II, 12), écrivait dans son Commentaire, vers 1600 : « Un soir, Luther^ après avoir bien soupe, pris de désespoir, pendant la nuit, et emporté par une fureur diabolique, se donna la mort en se pendant. C'est ce qu'affirma son domestique revenu, dans la suite, à la foi orthodoxe, comme le rapporte Thomas Bozio, De signis ecdesiœ, t. II, lib. XXIII, c. 3.

2. Martin Bécan (^), jésuite, adopte le récit de Bozio, Cf. Œuvres complètes, Maycnce, 1631, tom. II, p. 460.

(1) Corneille van den Steen (en français de la Pierre) jésuite, né à Bocholt, dans les environs de Liège, est resté célèbre par ses Commentaires sur rÈcriture Sainte, qu'il avait longtemps professée à Louvain et à Rome, Il mourut en 1637, dans cette dernière ville, entouré de la vénération universelle pour sa piété et son immense érudition.

(■-) Martin van der Beck ou Verbeck, jésuite, né à Hilvarenbeek (Brabant septentrional) en i56i, professait la philosophie à Bologne lorsque Bozio y publia son traité « D^s;^''«^^ ecdesiœ. » Il professa aussi la théologie à Wurzbourg, à Mayence, à Vienne; fut confesseur de l'empereur Ferdinand II, et mourut à Vienne en 1624. H a composé de nombreux ouvrages contre les calvinistes, les luthériens, les anglicans, etc.

3. Tympius, ('j recteur du CoUcginui Dcttcniniuun, à Münster, admet le même récit dans son livre intitulé : Theairwn hisioriatm, continens vindicias divinas et prœmia virtutum christianarum. Colonise, 1614, p. loS.

4. Matth. Faber (^), dans son Opus tripartitum (Cologne 1646) dit (t. III, p. 732): « Un matin, on trouva Luther mort dans son lit, la bouche convulsionnée, comme étranglé — par le diable sans aucun doute — un côté et le visage noirs. Qui donc, parmi les samts, mourut jamais de cette manière?»

5. Thomas Malvenda (^), dans son célèbre ouvrage De Antichrisio (Lugduni 1647), invoque le témoignage deBozio,

(') Timpe ou Tympe (Matthieu), prêtre catholique, était licencié en théologie et prédicateur à la cathédrale de Münster. Il vécut au commencement du XVII'' siècle et écrivit entre autres beaux ouvrages : Catalogus episcoporum Monasteriensium usque ad Eniesium Bavarum, seu ad aiiintm 1612, Cfr. Ant. Matthaei, Analecia vetevis aevi, t. XIII; Theairtim admirandum vindictœ divinœ historicim continens vindicias divinas et prœmia virtutum christianarum ; Dormi secure, seu cynosura profcssorum et studiosorum eloquentiic, en 3 parties. Voir C. G. Jocher, Allgemeines Gelehrten Lexicon. Leipzig 1750 etsuiv., t. IV, col. 1314.

(2) Célèbre prédicateur et controversiste, né à Altmünster (Bavière) en i587, se lit jésuite à l'âge de 5o ans, mourut à Tyrnau (Hongrie) en iü53 et jouit d'une grande réputation d'éloquence et de piété. On a de lui : Concioniim opus tripartitum, en trois volumes; Auctarium operis concionum tripartiti; Conciones funèbres et nuptiales. Ces recueils ont été réédités à Paris en 1881.

(■'-, Malvenda (Thomas), dominicain espagnol, né en mai i566 à Xativa, royaume de Valence, étudia les langues et la théologie, fut lecteur de théologie à Lombajo en 1592, passa quelque temps à Rome, où, en 1608, il assistait comme définiteur de sa province, à l'assemblée générale de l'ordre. En décembre de la même année, il retournait en Espagne avec le provincial d'Aragon, Isidore Aliaga, se rendit au couvent de Valence et aida en 1610 l'Inquisiteur général, dans la composition d'un nouvel index expurgatorius. En iûi3, il retourna dans son couvent, où il fut attaché à la personne de l'archevêque de Valence Mgr. Aliaga, jusqu'à sa mort, le 7 mai 1628. Ses principaux ouvrages sont : B. Année et Joachimi monogamia ; Opuscidum de hebraa voce Hosanna ; Annotationes et castigationes locorum depravatorum, qu'il a écrits de 20 à 22, ans; Tract, de incarnaiione ; de inejfabili Dei nomine ; Commentaires sur l'Ecriture Sainte, qy\\ ont été réunis et imprimés à Lyon en i65o, en 5 volumes, en tête desquels se trouve sa vie, écrite par Nie. Figuerez. Voir C. G. Jocher, Allgemei7ies Gelehrten Lexicon .

et ajoute : « rien n'est plus connu que la mort infâme de Luther (').

6. Théod. Petrejus ("), chartreux, dans son Catalogue des hérétiques, ou Histoire des mœurs et de la mort de presque tous les hérésiarques (^), renvoie (p. 120) à Sedulius, et ajoute : « J'ai lu, moi aussi, le fait consigné dans un manuscrit authentique de notre bibliothèque de Cologne (■*) ». Il veut dire par là que la bibliothèque des chartreux de Cologne possédait un exemplaire légalisé du protocole contenant la déposition du domestique.

L'ouvrage de Petrejus est revêtu de trois approbations, comme ceux de Bozio et de Sedulius.

7. Simon Manhart(^), franciscain, dans ses Prônes chrétiens Augsbourg et Gv2±z (1629-1639), se réfère à Bozio et a Sedulius et dit (t. IV, p. 153) : « Le 17 février, après un splendide souper, où il avait mangé beaucoup et bu davantage, Luther fort jovial comme de coutume, et plein de bonne humeur et de santé, alla se coucher. Et ce fut pendant cette nuit même où, comme le débauché de l'Evangile, il s'abandonnait sans inquiétude au repos, qu'il rendit

(1) Noiissima est hiijus infamis mors.

(■-) Controversiste et bibliographe, né en iSe-, à Kempen dans l'Over- Yssel, fut prieur du couvent de Dülmen, et se retira, avec la permission de ses supérieurs, dans une des maisons de l'ordre à Cologne. Il se livra tout entier à l'étude et à la composition de ses ouvrages, mourut en saint religieux, l'an 1640. Outre ses traductions en latin, il est l'auteur de différents ouvrages, parmi lesquels on distingue : Chyonologia summorum pontißcum et romanorum iviperatorum {1626) et le Catalogus liœreticorum etc..

(3) Catalogus hareticoium seu de moribus et mortibtis omniitm propemodum haresiarchanim. Coloniïe 1G29.

(^) Quod et ego in justo quodam hibliothecœ Jtostrœ Colonicnsis scripta cotisigiiatiim vidi. D'après Raes, Comertiten seit der Reformation, t. II. p. S.'g. Les chartreux de Cologne étaientestimés comme les premiers représentants de la science à leur époque.

(^) Siméon Manhart, allemand, franciscain de la province de Strasbourg composa trois volumes de prônes. Voir L. Wadding, Scriptores ordijiis yrwtoriim. Rome, i65o, p. 3i6.

son âme criminelle. Ses domestiques ont révélé, depuis, qu'il s'était étranglé lui-même et qu'on l'avait trouvé, le lendemain, pendu à soji lit. A cette vue, ses domestiques et les comtes de Mansfeld furent frappés de terreur. Les seigneurs tinrent conseil aussitôt sur les mesures à prendre pour empêcher la divulgation de l'événement.

« Ils employèrent tour à tour les plus magnifiques promesses et les plus effrayantes menaces pour obliger les serviteurs et toute la domesticité à garder le silence. Ils chargèrent les serviteurs d'ôter la corde, de remettre le cadavre de Luther dans son lit, et de répandre le bruit que leur maître était mort subitement pendant la nuit. Mais ils ne réussirent pas à tenir longtemps la vérité captive : elle éclata par le fait des domestiques eux-mêmes qui racontèrent à divers personnages et à quelques amis de confiance la fin terrible et désespérée de l'hérésiarque Luther. Ainsi se vérifiait la parole du Seigneur : « Il n'y a rien de secret qui ne se découvre, rien de caché qui ne vienne au grand jour. » (Luc, VII, 17).

Ces Prônes chrétiens, recherchés encore aujourd'hui, étaient alors au nombre des ouvrages les plus estimés ; ce qui permet d'affirmer que la véritable fin de Luther fut annoncée du haut de beaucoup de chaires.

L'ouvrage de ce père franciscain, comme ceux de Bozio, de Sedulius et de Petrejus, parut muni d'une triple approbation que les censeurs n'auraient jamais accordée ('), si les graves révélations contenues dans ces écrits, qui allaient exciter la curiosité universelle et provoquer tant de querelles, leur avaient paru contraires à la vérité historique.

(1) Le provincial de l'ordre, dans la a facultas » imprimée en tète, de la 2« édition, dit que la ire édition « cum tanta aviditale coempta et per universam Geivuiniiun distracta i> a bientôt rendu nécessaire la seconde.

8. Martin de Cochem ['), capucin célèbre, clans son « Livre d'Histoire « (i6go), fait une description détaillée et puisée, dit-il, à des sources sûres. Après avoir raconté les malheurs causés à la religion par l'apostasie de Luther, par le pillage, qu'il autorisa, des biens de l'Eglise, il consacre un chapitre à peindre les calamités effroyables qu'il attira sur l'Allemagne en soulevant contre elle, à l'extérieur, les Turcs et autres ennemis de l'empereur, à l'intérieur, la guerre des paysans; et il termine ainsi :

« Je trouve, dans des récits autheniiqiies, que vers minuit... le comte de Mansfeld l'accompagna dans sa chambre à coucher et lui servit un petit vin de coucher. Là-dessus, Luther s'endormit et... ne se leva plus. Les uns prétendent qu'il mourut asphyxié parle vin; d'autres qu'il avait succombé à une attaque d'apoplexie; d'autres, que le diable lui avait tordu le cou; d'autres enfin qu'il s'était pendu à son lit. Parmi ces derniers, je compte le cardinal Hosius, Jean Haren, Laurent Surius, Henri Sedulius, Thomas Bozio, et quelques autres (V. Simeon Manhart, Dominica XX post. Pentec. conc, 4, n. 13). Le lendemain matin, le comte ayant envoyé le domestique voir pourquoi Vhomme de Dieu prolongeait si tard son sommeil, le serviteur, en entrant dans la chambre, trouva Luther pendu à son lit. A cette vue, le domestique pensa s'évanouir de frayeur. Revenu à lui, il descendit pâle, effaré, et s'écria: « Ah! seigneur, quel malheur est arrivé, cette nuit, dans la maison » ! Le comte à son tour effrayé demanda des explications, et le domestique reprit : « Xent?., seigneur, et

'1) Enseigna la théologie dans sa province et composa une foule d'ouvrages de piété qui produisirent d'heureux fruits dans toute l'Allemagne. Le prince-électeur, archevêque de Mayence, le nomma missionnaire archiépiscopal, avec les pouvoirs les plus étendus. L'archevêque de Trêves le fit visiteur de son diocèse. Il mourut le 10 septembre 1712.

voyez vous-même ». Ils revini'ent ensemble dans la chambre et trouvèrent le saint homme « pendu à son lit et le visage tout noir ». Aucune expression ne pourrait rendre l'épouvante et le désespoir du comte. Après avoir quelque temps donné libre cours à sa douleur, il pria le domestique, en lui promettant une riche récompense, de détacher le cadavre, de le mettre dans le lit, et de dire, pour l'honneur du « pur évangile », que le saint hamme était mort subitement. Il lui défendit, sous les peines les plus sévères, de jamais divulguer le secret de cette mort.

« Le domestique, cédant aux promesses et aux menaces, garda quelque temps le secret. Mais il finit par avouer à quelques personnes de confiance que Luther s'était pendu à son lit. La vérité ainsi divulguée causa un grane scandale...

« Telle fut donc la triste fin de ce misérable. Il mourut comme il avait vécu, sans préparation, sans sacrements, sans prières, gorgé d'aliments et du vin.

« Les luthériens le regardent comme un homme envoyé de Dieu pour réformer son Église, comme un prophète et un évangéliste ; ils n'ignorent pas cependant que toute sa vie fut celle d'un homme rebelle, superbe, vindicatif et haineux, qui foula aux pieds le droit religieux et civil, et

plongea la chrétienté dans un abîme de malheurs Son

cadavre exhalait une odeur si insupportable qu'on n'osait

pas, à Wittemberg, le descendre du char; on ne put qu'à

grand' peine le porter au tombeau. On grava sur son

sépulcre cette inscription qu'il avait composée lui-même :

Pestis er am vivens; moriens tua mors ero, papa.

Pape, de mon vivant, je fus pour toi la peste ;

Tu mourras de ma mort....

« Quelle pieuse épitaphe ! Il y fut du moins prophète à demi. Mais ce qu'il y fait paraître surtout, c'est que, toute sa vie, il nourrit en son cœur une haine mortelle contre le

pape; c'est qu'il voulut conserver cette haine jusque dans la mort et dans l'éternité. Est-ce ainsi qu'il pratiquait ce précepte du Christ: « Aimez vos ennemis » ? C'est pourquoi il reçut le châtiment de sa haine et vérifia par sa mort cette autre parole de l'Evangile : « Ainsi vous traitera mon père céleste, si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond de son cœur. »

« On fit faire des images de Luther ; on en trouvait partout, dans les églises, dans les maisons, dans les tavernes, avec cette inscription :

Divus et sanctits doctor Martinns Luther Propheta Germanica.

Le saint et vénérable docteur Martin Luther Prophète de l'Allemagne.

« Comment les luthériens peuvent-ils en conscience donner de pareils titres à Luther? En quoi pouvait consister la sainteté d'un homme qui ne fit que fouler aux pieds les commandements, supprimer les cérémonies saintes, mépriser les œuvres de piété et de pénitence et railler tous les saints du ciel? En quoi fut-il prophète? Il annonça que sa mort tuerait le pape; mais vous voyez que le pape est toujours vivant et plus honoré qu'au temps de Luther » !

L'illustre écrivain que nous citons ne composa son Livre historique que sur des mémoires authentiques, ou des témoignages d'auteurs consciencieux, dont les contemporains vivaient encore ; il pouvait consulter ces derniers avec la plus grande exactitude. De ce récit du P. Martin, il ressort avec évidence qu'il se livra aux plus minutieuses recherches sur la véracité des témoignages relatifs à la Fin de Luther. Le nom seul du P. Martin de Cochem est une garantie : un écrivain aussi grave et si généralement estimé aurait considéré comme un acte malhonnête d'admettre et de publier, sur un fait capital, tel que le suicide

du réformateur, des témoignages dont la véracité lui eût paru douteuse.

Son important ouvrage fut d'ailleurs revêtu de cinq approbations (').

g. Pierre de la Faille (^) publia en 1645, à Louvain, un curieux ouvrage intitulé : Onguent pour les yeux {^).1\ raconte, au chapitre VIII, la mort subite et scandaleuse de Luther d'après les données du cardinal Hosius, de Claudius de Saintes, J. Nass, De Coster et Sedulius, et reproduit textuellement le récit du domestique de Luther. Cet écrivain néerlandais, autrefois pasteur calviniste, se fit catholique, en 1627, par suite de la répulsion que lui avait inspirée pour

'}) Florimond de Rémond, pai- son peu de critique, a brouillé les faits relatifs à la mort de Luther. Dans son Histoire de la naissance, progrez et décadence de riicvéste de ce siècle (Paris, i6o5), il dit que, d'après Bozio, le domestique de Luther déclara que son maître avait voulu se suicider ; mais que des personnes survenues à temps l'en avaient empêché. Il n'y a rien de cela dans Bozio. Florimond assez coutumier de pareilles ine.xactitudes prête à Bozio, et au sujet de Luther, ce qui est raconté par Bolsec* au sujet de Calvin. Le jésuite Scribonius dit en effet, dans son Comnientarius in episl. Judœ, p. 20I : « Bolsecus asseruit Calvinum sa'pissime manus violentas inferre sibi voluisse ».

Florimond de Rémond, mort en 1602, ne connut pas les Prœscriptiones adversns liareses de Sedulius. La guerre de trente ans, en bouleversant toute l'Allemagne, détourna les esprits de la mort de Luther comme de toute autre question historique ou littéraire.

Après la guerre, pendant laquelle tant de documents précieux furent détruits ou perdus, on traduisit {'Histoire de Florimond de Rémond, avec les inexactitudes dont elle fourmillait et qui induisirent en erreur, sur la mort de Luther en particulier, les historiens qui ne remontaient pas aux sources. De Thou (Thuanus), dans ses quelques pages sur la mort de. Luther, a suivi VHistoria, parce qu'il ne connut pas d'autres documents,

(•) Né à Dordrecht de parents calvinistes, exerça quelque temps les fonctions de ministre protestant à Caudekerk sur les bords du Rhin; près de Leyde. Il se convertit en 1657 et publia le récit de sa conversion dans un petit ouvrage intitulé: Bekeeringhe Pétri de la Faille, predicant te Caudekerck, uyt de Calviniste ketterye tot het H. Catholyck geloove. Louvain 1628. Voir Foppens, Bihl. belg., pp. 974-75.

1^) Oogen salve Pétri de la Faille predikant van Caudekerc, tot verlichtinge dergener die sitten in de dnysternisse. Louvain, 1G45.

* Bolsec, médecin, d'abord séduit par Calvin, puis revenu au catholicisme.

LA FIN DE LUTHIiK. ^^

le protestantisme la misérable mort de Luther et de Calvin : il se fit un devoir de retracer le tableau de cette mort odieuse des deux prmcipaux chefs de la Réforme, afin d'éclairer tant d'âmes qu'ils avaient entraînées dans leur révolte.

lo. Haren, qui vit de ses yeux Calvin mourir, en dése.spéré, de la mort d*Hérode, fut tellement impressionné de ce spectacle qu'il abjura, lui aussi, le calvinisme, pour rentrer dans la communion de l'Église. Dans sa Profession de foi catholique ('), il dit, au sujet de la mort de Luther: « Ceux qui avaient connu la jeunesse, la vie et les actions de Martin Luther prédirent toujours qu'il finirait mal ».

Voilà donc une élite d'écrivains, Bozio, Sedulius, Corneille de la Pierre, Bécan, Petrejus, Manhart, Martin de Cochem, etc., tous contemporains ou voisins de l'événement, qui garantissent, en l'adoptant, le caractère historique du . suicide de Luther. Leur probité, leur science est au-dessus de tout soupçon ; que faut-il davantage ?

En dehors de la domesticité de Luther, beaucoup d'autres personnes parlèrent dans le même sens. Le patriarche à peine mort, le bruit courut, dans tout Eisleben, qu'on l'avait trouvé mort et pendu. Or la population ne se composait plus alors que de luthériens fanatiques, incapables de calomnier leur chef. Si parmi les rares catholiques qui, peut-être, restaient cachés dans la ville, un seul eût osé proférer une allégation semblable, il eût été lapidé sur le champ.

Mais les domestiques d'abord, lorsqu'ils coururent, dès le matin, appeler les médecins et d'autres personnages, excitèrent la curiosité par leurs allures étranges, par une

(1) Voir Raess, t. II, p. 517.

émotion difficile à dissimuler ; d'autre part, ils firent probablement la confidence du redoutable secret à quelques personnes qu'ils croyaient discrètes ; mais, comme il arrive en pareil cas, ces amis discrets devinrent aussitôt des agents de publicité. On réagit, mais trop tard ! Trop tard, le trio théologique conçut le plan ébauché dans les sermons funèbres, pleinement exécuté dans VHisioria; le public ne pouvait plus s'y tromper et, comme Cochlasus, devançant la postérité, qualifia la légende imaginée par les disciples et les amis de Luther, de récit « futile et mensonger ».

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