ACTE TROISIEME
NORBERT
De quels orages parles-tu ?
GLÉOTAS
Depuis six siècles, toutes les barbaries se sont ruées sur nos Acropoles, elles se sont écoulées comme des fleuves. Où sont les colliers d'or des grands Gimmériens qui dansaient tout nus en tirant la langue ? Sous les rocs agités par la colère dApollon Delphien ! Où sont les têtes rondes et rases d'Œnotrie dont les casques de bronze fourbi évoluaient au doigt d'un cavalier maigre vêtu de pourpre ? Ceux qui nous conquirent, nous les conquîmes ensuite ! Où sont-ils tous les autres qui se flattaient de nous avoir submergés, hommes du nord, bandes blafardes et gutturales, arrogantes et humbles, dont les ossements seuls occupent notre sol, hommes du midi, graves et basanés sous leurs manteaux blancs, hommes de l'orient, fils de sorcières aux dents de loup accroupis sur des chevaux dont la course infernale laissait choir des quartiers de viande
crue, hommes sans patrie, écumeurs de mer dont les barques à proue de dragons démolissaient de promontoire en promontoire les temples baignés d'air marin, jusqu'à vous autres, enfin, hommes bardés de fer, qui, la croix sur la poitrine, êtes venus tailler vos fiefs dans le sol sacré de l'Hellade. Eh bien, nous avons nargué tous ces flots, nous ne sommes ni Celtes ni Romains ni Goths ni Arabes ni Huns ni Slaves ni Francs, nous sommes toujours Hellènes fils de Deucalion et de Pj^rrha ; contre les vagues hurlantes, nous sommes restés fermes comme un écueil de granit, et nous méprisons la tempête, sachant bien que le niveau des eaux ne peut changer, et que si nous sommes recouverts aujourd'hui, demain nous surgirons, toujours !
NORBERT
Fol espoir que le vôtre, maladifs rejetons du Paganisme. Depuis longtemps le châtiment a commencé et il se poursuit sans trêve ; écueil de granit, non, mais îlot d'argile que chaque