‹ La fin des dieuxChapitre 120 sur 130 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

tempête ronge. Où sont vos anciennes métropoles ? aux infidèles Alexandrie, Antioche et Séleucie ; aux catholiques Naples, Syracuse et Marseille. La langue sarrazine retentit dans la ville d'Homère, et les patois slaves dans la patrie d'Alexandre. Vous avez corrompu votre sang, oublié votre histoire, vos arts, vos sciences, tout, jusqu'à vos dialectes...

CLÉOTAS

Mais nous gardons nos dieux et la haine des dieux étrangers ! Qu'importe la joie d'assister à notre triomphe, si nos fils spirituels y doivent être ! Moine, vois la fragilité de ton œuvre: notre premier effort t'avait arraché Arles, cœur de la chrétienté, et Avignon, nombril delà papauté ! Crains l'évanouissement de ton triomphe : l'esprit nouveau battra toujours des ailes audessus des flots de sang que tu verseras ; ce sera le véritable Paraclet, qui, les ailes éployées, se laissera porter sur les vagues et couvera le monde futur. Cet esprit est le nôtre ; c'est en

nous qu'est le salut de l'avenir, le germe de la civilisation prochaine!

NORBERT

Quelle est cette civilisation, et comment la conçois-tu ?

CLÉOTAS

Gomme un retour à notre splendeur. Nous regrettons le temps où l'harmonie totale résultait de la diversité des efforts collectifs, où, chaque cité se ramassait sous son Acropole avec ses Dieux et ses fêtes publiques, où la vie des citoyens s'écoulait dans l'azur, en cérémonies, en séances, en discours, où la même âme battait dans le cœur du peuple entier, où les censeurs maintenaient la pureté de religion et frappaient de la hache quiconque avait douté de la chose publique, où tout, jusqu'à l'innocence, rebroussait chemin devant les Lois, jusqu'à l'amour paternel, était sacrifié à la Patrie, où, dans chaque cercle d'horizon visible, les cœurs s'exaltaient par la vie commune,

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