ACTE TROISIEME
comme ils s'élargissaient par leur contact avec les cités voisines, émulation mère des écoles et des arts.
NORBERT
Cette émulation ne peut-elle exister hors de Grèce ? les rivalités italiennes sont elles moins fécondes ? Nos bonnes villes ne luttent-elles pas à coup de cathédrales ? L'art n'est pas immuable ; il se déplace avec l'humanité puisqu'il procède d'elle ; l'avenir est le côté lumineux ; nous ne rétrograderons pas vers les ténèbres. Puisse-t-ii ne jamais reparaître le temps où les censeurs déchaînaient les persécutions, où, de par les Lois, les Confesseurs ont souffert le martyre pour avoir méprisé la chose publique en contemplation de la chose céleste ! Par sa simple et divine parole : Rendez à Dieu ce qui est à Dieu, le Christ a balayé le pompeux édifice des civilisations païennes ; il a démesurément élargi l'horizon de l'humanité ; au dessus de l'utilité publique, il a élevé la conscience humaine ; au dessus du salut de la cité, l'honneur de l'individu ; il a ouvert
d'inviolables refuges à l'Ame humaine qui étouffait dans le temple de marbre où l'avait murée l'Esprit antique, et où le plus vertueux citoyen, en se réveillant, pouvait craindre d'apercevoir le Serviteur des Onze, debout, lui tendre une coupe de ciguë.
En effet, ô mes pères, nous respirons plus à l'aise, nous autres, César ne s'occupe plus de ce qu'on rend à Dieu, et l'hérétique ne craint plus, au réveil, le reflet du bûcher flamboyant sur la place publique ! Chez nous autres, la cité était la religion, le culte était tangible, et la répression devait être matérielle, comme l'outrage ; vous, vous poursuivez jusqu'aux pensées qui se cachent au fond des consciences. En effet, familiers du saint-office, vous êtes bien différents de nos Censeurs !
NORBERT
Oui, Cléotas, nous en sommes bien différents. Si nous continuons à punir de simples