ACTE TROISIEME
erreurs de doctrine c'est que nous ne pouvons exposer le délicat trésor do notre civilisation naissante; mais c'est la un accident que fera disparaître le développement naturel de notre principe. Vois nos précautions pour l'avenir ; ce n'est pas la religion qui verse le sang de l'hérétique, c'est le bras séculier auquel elle remet le coupable.
CLÉOTAS
Hypocrisie ! s'il le répand, c'est parce que religion l'y invite ?
NORBERT
Et quand cela serait, en sera-t-il toujours de même ? L'important est d'avoir séparé les deux glaives, et nous l'avons fait. Un jour viendra où le bras séculier ne croira plus nécessaire de punir l'hérésie ; ce jour là, l'église reprendra la doctrine, jamais abdiquée, du pape Grégoire : qu'il faut appeler les fidèles par la douceur et les exhortations et ne pas les éloigner par les menaces ni par la terreur. Ce
jour là, sera fondée la grande Liberté jusqu'alors inconnue, et tandis que la Cité antique a vu des sceptiques ou des stoïciens noyer l'univers dans le sang des justes persécutés, la cité de Dieu verra, après la charité répressive, fleurir la charité tolérante !
CLÉOTAS
Puisse-tu dire vrai, moine !
NORBERT
Je dis vrai, Gléotas. Tu ne nous a combattus que par ce que tu nous ignorais ; tu nous aurais aimés ; le monde que nous rêvons est idéaliste et chevaleresque ; il est basé sur la conscience et sur l'honneur, deux sentiments inconnus à l'Hellade ; il fera place aux arts et aux sciences ; enfin dans son ciel planera l'image du vrai Dieu que tu as jadis adoré, ô mon fils, de ce Christ, notre rédempteur, dont tu as éprouvé les foudres, et qui te parle en ce moment par ma bouche pour te ramener à lui !