ACTE TROISIÈME
CLÉOTAS
Moine, je veux mourir ! Renier à voix haute ses dieux, fussent-ils faux, au pied du bûcher, serait lâche. Je veux mourir ! Donc, touche ton crucifix, prêtre, et jure !
Quel serment veux-tu d<" moi ?
CLÉOTAS
Jure que ton silence devant Eustache de Monllhéry sera le prix de mon baptême.
CIIRYSÉIS
Gléotas !
NORBERT
Mon fils, que me demandes-tu là ?
CLÉOTAS
Ma mort à moi, et le salut de Ghrvséis '
NORBERT
Eh bien, viens à moi, Tu mourras, mais chrétien.
CHRYSÉIS
Chrétien! Cléotas!... Ah! mieux eût valu certes que je ne vinsse pas ici, puisqu'il m'y était réservé d'entendre le Bien-Aimé renier les Dieux dont l'haleine de flamme avait incendié nos cœurs.
CLÉOTAS
Qu'importe mon âme à moi, si je sauve la tienne ! Je n'ai plus que ma conscience, Chryséis, et avant de mourir, je te la donne 1
CHRYSÉIS
Me laisseras-tu monter toute seule au bûcher?
Toute seule, ô mon adorée? Non, ne crains rien, Ghryséis, c'est ensemble que nous mour-
ACTK TROISIEME 225
rons I N'est-ce pas, moine, que tu ne refuseras pas a nos âmes ce noir bonheur de s'envoler ensemble comme un couple de colombes sous les lauriers-roses?
GHRYSÉIS
Qu'ils étaient doux, les matins de Scyros, où, le long de la plage blanchissante, nous allions lentement en passant, sur des pierres espacées, les petits ruisseaux de distance en distance ! Gomme le thym sentait bon ! Nous entendions dans les vallons voisins les clochettes de bronze de troupeaux invisibles, et nous allions heureux comme des fils d'Immortels ; les pâtres accroupis dans l'herbe cessaient leurs airs de flûte pour me saluer au passage, et les vierges te souriaient en revenant des fontaines, l'amphore sur la hanche !...
CLÉOTAS
Pourquoi réveilles-tu ces souvenirs, Chryséis?
CHRYSÉIS
Quelle était belle l'aurore de Scyros! Hélas, qui nous aurait prédit notre splendeur fugitive et notre ruine présente ?
Que regrettes tu ? Notre défaite est glorieuse : nous nous appartenons et nous serons ravis au ciel par le même char de feu !
CHRYSÉIS
Le feu ! Le feu ! Dieux, j'oubliais l'horrible vision! Le feu ! J'ai peur, Gléotas !
CLÉOTAS
Courage, Chryséis ! N'es-tu pas la fille des Hellènes ? Toi si forte dans les désastres, tremblerais-tu devant la mort ?
CHRYSÉIS
Ce n'est pas la mort que je crains, mais la