ACTE PREMIER
armes latines ; les galères d'Occitanie ont promené leur pavillon par toute la mer Egée, les marins de Narbonne ont cuirassé la route de leur Cathédrale de deux mille boucliers d'or byzantins, et les matelots de Fréjus ont tapissé les murs de leur municipe des étendards de soie verte conquis sur les infidèles. Ornes hôtes, vous êtes revenus de la croisade pliants sous le poids des diadèmes ; les simples barons sont là-bas seigneurs, les sires ducs, et les rois empereurs. Devant nos yeux les merveilles d'Orient flottent encore comme en un rêve : villes aux dômes d'or, citadelles en mosaïque, caraques glissant sur le flot comme des tours, innombrables armées sur le rivage étincelantes d'or et de pierreries, paradis auliques peuplées de verdure, d'eaux courantes et de baigneuses nues
Terres bénies, vous êtes bien le lit d'où se réveille le soleil, le berceau des sciences et des arts I
Pour moi, ô mes hôtes, mon ambition est d'allumer en Occitanie un phare dont la splendeur réponde à celui de l'Orient. Je voudrais voir rayonner mon beau royaume d'Arles, entou-
ré des vôtres comme d'une constellation. Cet idéal radieux est encore lointain, mais qui pourrait ici bas nous empêcher de l'atteindre ? Regardez, ô mes frères, ces marbres qui se dressent comme des fantômes entre les courtes colonnes à chapiteaux trapus; ce sont les statues des héros antiques; qu'importe si leur glorieuse jeunesse dédaigne la pudeur des voiles, laissons nos regards assouvir la soif d'harmonies qui les altère ! Dans ces armoires de bois précieux sont enroulés les chefs d'oeuvre de Corinth ; et d'Alexandrie ; nous faudrait-il abjurer ces papyrus parce qu'ils parlent de faux dieux et du paganisme détesté ? Ces timidités sont heureusement mortes. Loin de s'opposer à la renaissance de la Sagesse séculière, l'Eglise catholique et romaine marche à sa tête ; les Evêques quittent la glose des textes pour les plus hardies spéculations, et le Saint-Père ne revêt de la pourpre cardinalice que les premiers entre les musiciens et les docteurs.
J'ai suivi cet auguste exemple ; j'ai fait de ma cour le rendez-vous des Maîtres, accueillant chacun sans lui demander son nom ni son ori-