‹ La fin des dieuxChapitre 34 sur 130 · CHŒUR DES SOUFFRANTS · texte numérisé non relu

CHŒUR DES SOUFFRANTS

Nous sommes les Vétérans mutilés des anciennes guerres. Notre sang a coulé sur des plages féroces, et moins heureux que nos camarades qui y sont morts, nous sommes revenus traîner dans notre pays une vie maudite, objet d'horreur pour nos compatriotes. Nôlite nos tangere : une lèpre hideuse a sucé notre sang et carié nos os ; sur notre visage dont la chair tombe en poudre blanche, saignent les trous béants de nos organes ; la puanteur de nos plaies écarte la commisération des hommes, et dans nos logettes pestiférées, nous nous traînons douloureusement, une clochette aux genoux, ou nous hurlons sans fin à la lune, la nuit implo-

rant le matin, lejour implorant le soir, languissant dans l'angoisse de la pourriture, et ne trouvant aucune consolation dans les chants de volupté et les raffinements de plaisir que nous rencontrons partout sur notre passage.

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