‹ La fin des dieuxChapitre 53 sur 130 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

CHRYSEIS ET NORBERT

CHRYSEIS

Hélas, saint homme, contre l'endurcissement d'un peuple que peut notre foi ? Pourquoi le Seigneur ne fait-il pas flamboyer quelque signe ?

NORBERT

Le Christ a-t-il fait un miracle devant Anne et Caïphe ? L'aveuglement de la foule ne rend que plus précieux le salut des Appelés. De toutes ces élections, la plus chère est la tienne, ô ma fille. Pour convertir les Arlésiens, je pouvais évoquer leurs souvenirs d'enfance où flotte encore, comme une buée, la douce image »'e Jésus, alors que ton âme à loi, Chryséis, je devais la retirer du giron de l'erreur, car ce

n'est même pas un christianisme bâtard que celui de Scyros, mais un amas hideux d'idolâtries déguisées sous de faux symboles.

CHRYSÉIS

Je l'ai bien reconnu, saint homme. J'ignorais tous ces redoutables mystères dont tu m'as d'abord épouvantée ; ces flammes sans aliments qui font les ténèbres visibles, cette Cité dolente pleine de grincements de dents, jamais Terpandre ne nous en avait parlé. Mais je ne savais rien non plus des suavités exquises dont tu m'as consolée, joie du sacrifice, douceur du silence, béatitude de la virginité éternelle, j'ignorais tout, jusqu'au nom do la Bonne Vierge à qui tu m'as consacrée et dont la pacifiante apparition illumine tous mes sommeils. Mon cœur, dans un océan d'extase, sombre, quand je la vois venir, coiffée d'étoiles, chaussée de roses, ses larges yeux noirs mangeant sa figure pâle.... Oh ! pouvoir comme elle goûter la maternité sans la souillure masculine !

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