‹ La fin des dieuxChapitre 62 sur 130 · ACTE SECOND · texte numérisé non relu

ACTE SECOND

souffert au jardin des olives. Reçois mon baiser, ô vierge de Scyros. C'est par toi qu'Arles sera sauvé et que se sera détaché mon Corps de la croix occitanienne. » Et nousavons pleuré ensemble jusqu'au matin,

CLEOTAS

Mais le Christ ne peut parler ainsi. C'est un Démon vomi par le Tartare que tu as vu, peutêtre Satan lui-même. Le Christ est un beau jeune homme imberbe et nu, il est couronné de pampres, et se manifeste tantôt sur un quadrige d'éclairs, tantôt sur un attelage de panthères. Le Christ ne peut jalouser les fiançailles; des femmes l'accompagnaient en Galilée, parfumaient ses pieds, touchaient la bordure de son manteau, il aimait à causer avec elles sur la margelle des puits, sur les nattes des caravansérails: en gravissant le Calvaire, il retournait la tête vers le groupe des consolatrices. Le Christ est un Dieu jeune, un Dieu d'amour !

CHRYSEIS

Tais toi, malheureux ! Garde de faire déborder avec une goutte le vase de colères comblé par les crimes de cette contrée ! Le Christ est un Dieu jaloux et terrible !

CLÉOTAS

Hélas, hélas, par quel philtre a-t-on empoisonné ton sommeil ? Reviens à moi, et chasse les spectres du Nord dont les Monges fanatiques t'ont obsédée. Jeune est le sang qui coule en tes veines, juste l'amour dont s'embrasait ton cœur; reconnais ma voix, la voix de Gléotas que tu disais chérir, qui tombe à tes pieds, qui mourra si persistait le refus de ta tendresse.

CHRYSÉIS

Je suis l'Epouse du Christ, l'Hostie élue malgré son indignité pour effacer les péchés du royaume d'Arles. Je ne suis plus Chryséis, prince, je suis la Voix errant dans le Désert,

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