‹ La fin des dieuxChapitre 72 sur 130 · ACTE SECOND · texte numérisé non relu

ACTE SECOND

CHRYSEIS

Malheureux, tu blasphèmes!... Ah je ne sais quelle pitié peut-être coupable s'éveille en mon âme. Par grâce, mon frère, cesse d'outrager ce Dieu à qui je me sacrifie. Redoute-le, aimele. Crois-tu donc que je n'ai pas souffert ? Ah, si je pouvais te peindre la splendeur de cette Divinité que tu ignores, car tu l'ignores, Cléotas, te dire de quels ravissements elle inonde l'âme, de quelles horreurs posthumes elle sauve !... Tu vois bien que tu m'écoutes. Gléotas, viens à ma foi ! Notre religion de Scyros n'est pas le culte de Jésus.

CLÉOTAS

Je le sais.

CHRYSEIS

Tu le sais? mais alors l'obstacle maître est surmonté. Ce Christ que nous prêchait Terpandre est un suppôt d'enfer ; les mêmes rites de l'île se rendent aux Démons chez les Mé-

créants. Je te conterai le vrai Jésus, celui qui allait en Galilée, guérisseur, annonciateur des béatitudes, amoureux de déserts et de cimes, qui, d'une barque, prêchait, au crépuscule, la foule des lépreux, de possédés et d'hémoroïsses entassés sur le rivage... C'est vers ce Dieu adorable, mort pour nous sur un bois servile, que s'exaltent les supplications des Officiants, pointent les flammes jaunes des cierges, roulent les flots jaculatoires des psalmodies sous les voûtes des cryptes !

CLÉOTAS

Je sais des rites plus beaux, Chryséis, des théories ensoleillées de vierges vêtues de lin candide portant des corbeilles de fleurs, des chœurs d'éphèbes dansant au son de la flûte autour des statues de marbre dans les clairières.. Je sais des Divinités plus souriantes, des visions de colonnades émergeant du feuillage vers lesquelles se presse la file des suppliants tenant des rameaux d'olivier, d'où s'exhalent des parfums et des musiques...

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