‹ La fin des dieuxChapitre 90 sur 130 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

LE ROI D'ARLES, TERPANDRE, L'ÉVEQUE DE MAGUELONE, puis CHŒURS DES VÉ- TÉRANS, DES JEUNES GUERRIERS, DES JEUNES FEMMES.

TERPANDRE

Eh quoi, sire, ton front s'incline plus bas ! Pense à ta vengeance, ô roi, le désespoir n'est bon qu'aux femmes.

le koi d'arles

Vieillard, crois-tu au sommeil de ma haine ? Simon front se baisse, c'est à cause de cette vengeance qui m'échappe. Je pleure non sur moi mais sur mes vassaux qui n'auront bientôt à choisir qu'entre le fer et la faim.

TERPANDRE

Demain tout sera uni ; si l'assaut des barbares échoue, ils lèveront le siège ; s'il triomphe, nos cadavres seront sans besoins. Aussi ai-je ordonné de vider les magasins pour les suprêmes réjouissances. Il faut qu'au soleil levant les âmes de nos frères planent au-dessus des terreurs ; je sais quelles réalités enivrent, quelles idées exaspèrent.

r.E roi d'arles

Oui, Terpandre, tu sais comment on fanatise, et je m'inquiète parfois du génie que tu caches sous ta robe blanche bordée de pourpre. En ce château, ce n'est pas la grave Minerve qui règne, c'est la Vénus frénétique, ce sont les Furies sanguinaires ; chaque jour tu dévoiles un coin d'infamie ; nous roulons de stupre en stupre, de sacrilège en sacrilège. Aines et corps, tu souilles tout avec une joie infernale. Est-co là, vieillard troublant, la société nouvelle que tu promettais?

Page 1