SUITE
En ce temps-là, un jeune homme venu d’outremer dans le pays du Celte-Gaulois se manifestera par conseil de force, mais les Grands, ombragés, renvoievont guerroyer dans l’isle de la captivité. La victoire le ramènera au pays premier. Les fils de
1 Insérée dans les ouvrages suivants : Journal des villes et campagnes, n° du 20 juin 1839; — Propagateur de la Foi, t. IV, p. 332; t. V, p. 137 et 153; — Tablettes du Chrétien, p. 489 ; — journal VInvariable, de Fribourg, t. XIII, 1839 ; — VOracle, par M. Dujardin, mars 1840; — Nostradamus, par M. Bareste, 1840; — publiée séparément en une brochure de neuf pages., le 16 janvier 1840, chez Maillet, éditeur. — L’auteur du présent recueil a obtenu, avant l’époque de ces publications, diverses copies toutes semblables entre elles, et ne présentant aucune différence avec celles qui ont été publiées.
Brutus moult stupides seront à son approche, car il les dominera, et prendra nom empereur.
Moult haults et puissans rois sont en crainte vraie, car l’aigle enlève moult sceptres et moult couronnes. Piétons et cavaliers, portant aigles sanglantes, avec lui courrent autant que moucherons dans les airs; et toute l’Europe est moult ébahie, aussi moult sanglante, car il sera tant fort que Dieu sera cru guerroyer avec lui. L’Église de Dieu se console tant peu en oyant ouvrir encore ses temples à ses brebis tout plein égarées, et Dieu est béni.
Mais c’est fait, les lunes sont passées, le Vieillard de Sion crie à Dieu de son cœur moult endolori par peine cuisante, et voilà que le puissant est aveuglé pour péché et crimes.
Il quitte la grande Ville avec une armée si belle que oncques se vit jamais si telle, mais point de guerroyer ne tiendra bon devant la face du temps, et voilà que la tierce part de son armée et encore la tierce part a péri par le froid du Seigneur puissant. Mais deux lustres sont passés d’après le siècle de la désolation, comme j’ai dit à son lieu; tout plein fort ont crié à Dieu les veuves et les orphelins, et voilà que Dieu n’est plus sourd.
Les Hauts abaissés reprennent force et font ligue pour abattre l’homme tant redouté; voici venir avec eux le vieux sang des siècles qui reprend place et lieu en la grande ville, ce pendant que l’homme dit moult abaissé va au pays d’outre-mer d’où était advenu.
Dieu seul est grand; la lune onzième n’a pas lui encore, et le fouet sanguinolent du Seigneur revient en la grande Ville et le vieux sang quitte la grande Ville. Dieu seul est grand, il aime son peuple et a le sang en haine; la cinquième lune a relui sur maints guerroyers d’Orient; la Gaule est couverte d’hommes et de machines de guerre : c’est fait de l’homme de mer.
C’est fait de l’homme de mer.
Voici encore venir le vieux sang de la Cape. Dieu veut la paix et que son saint nom soit béni. Or, paix grande et florissante sera au pays du céleste Gaulois. La fleur blanche est en honneur moult grand, la maison de Dieu chante moult saints cantiques. Cependant les fils de Brutus oyent avec ire la fleur blanche et obtiennent règlement puissant, ce pourquoi Dieu est encore moult fâché à cause de ses élus et pour ce que le saint jour est encore moult profané; ce pourtant Dieu veut éprouver le retour à
lui par dix-huit fois douze lunes. Dieu seul est grand; il purge son peuple par maintes tribulations, mais tousiours les mauvais auront fin.
Sus donc lors une grande conspiration contre la fleur blanche chemine dans l’ombre par vue de compagnie maudite, et le pauvre vieux sang de la Cape quitte la grande Ville, et moult gaudissent les fils de Brutus : Oyez comme les servants Dieu crient tout fort à Dieu et que Dieu est sourd par lé bruit de ses flèches qu’il retrempe en son ire pour les mettre au sein des mauvais. Malheur au céleste Gaulois ! le Coq effacera la fleur blanche et un grand s’appelle le roi du peuple. Grande commotion se fera sentir chez les gens, parce que la couronne sera posée par mains d’ouvriers qui ont guerroyé dans la grande Ville.
Dieu seul est grand-, le règne des mauvais sera vu croître; mais qu’ils se hâtent, voilà que les pen- • sées du céleste Gaulois se choquent et que grande division est dans l’entendement.
Le Roi du peuple en abord vu moult foible et pourtant contre ira bien des mauvais; mais il n’étoit pas bien assis, et voilà que Dieu le jette bas.
Hurlez, fils de Brutus, appelez sur vous les bêtes qui vont vous dévorer. Dieu grand! quel bruit d’armes! Il n’y a pas encore un nombre plein de lunes, et voici venir maints guerroyers. C’est fait, la montagne de Dieu désolée a crie à Dieu, les fils de Juda ont crié à Dieu de la terre étrangère, et voilà que Dieu n’est plus sourd. Quel feu va avec
justes ne périront pus, Dieu les a écoutés. La place du crime est purgée par le feu, le grand ruisseau a conduit toutes rouges de sang ses eaux à la mer, et la Gaule, vue comme délabrée, va se rejoindre.
Dieu aime la paix; venez, jeune prince, quittez l’isle de la captivité, oyez, joignez le lion à la fleur blanche, venez. Ce qui est prévu, Dieu le veut : le vieux sang des siècles terminera encore de longues divisions; lors, un seul pasteur sera vu dans la céleste Gaule. L’homme puissant par Dieu s’assoyera bien, moult sages règlements appelleront la paix. Dieu sera cru d’avec lui, tant prudent et sage sera le rejeton de la Cape. Grâces au Père de la miséricorde, la sainte Sion rechante dans ses temples un seul Dieu grand.
Moult brebis égarées s’en viennent boire au ruisseau vif : trois princes et rois mettent bas le manteau de l’erreur et oyent clair en la foi de Dieu. En ce temps-là, un grand peuple de la mer reprendra vraie croyance en deux tierces parts. Dieu est encore béni pendant quatorze fois six Iunes et six fois treize lunes. Dieu est saoul d’avoir baillé des miséricordes, et ce pourtant il veut pour ses bons prolonger la paix encore pendant dix fois douze lunes. Dieu seul est grand. Les biens sont faits, les saints vont souffrir. L’homme du mal arrive, de deux sangs prend naissance. La fleur blanche s’obscurcit pendant dix fois six lunes et six fois vingt lunes, puis disparaît pour ne plus paraître.
Moult mal, guère de bien en ce temps-là ; moult
villes périssent par le feu; sus donc, Israël vient à Dieu Christ tout de bon. Sectes maudites et sectes fidèles sont en deux parts bien marquées.
Mais c’est fait : lors, Dieu seul sera cru, et la tierce part de la Gaule et encore la tierce part et demie n’a plus de croyance. Comme aussi tout de même les autres gens.
Et voilà déjà six fois trois lunes et quatre fois cinq lunes que tout se sépare, et le siècle de fin a commencé . Après un nombre non plein de lunes, Dieu combat par ses deux justes, et t homme du mal a le dessus. Mais c’est fait, le haut Dieu met un mur de feu qui obscurcit mon entendement, et je n’y vois plus. Qu’il soit loué à jamais l Amen .
Réflexions sur cette prophétie . — Cette prophétie est si extraordinaire, elle diffère tellement des autres prédictions par la clarté des détails et des dates, par l’accomplissement évident des'faits qui se sont passés et par les craintes légitimes qu’elle pourrait inspirer pour l’avenir, que la première pensée qui xientà l’esprit, après l’avoir lue, c’est qu’elle a été écrite après les événements, que c’est une œuvre moderne postérieure à 1830. Il est certain qu’elle n’a commencé à faire de bruit et à se répandre que depuis cette époque. Mais l’incrédulité que fait naître sa première lecture, relativement à son authenticité, diminue bientôt, quand on connaît les nombreux renseignements qu’ont publiés sur cette production deux journaux estimables, le Propaya-
teur de la Foi et I Invariable, de Fribourg, ainsi que les savants auteurs de YOracle et de Nostradamus. Voici un précis de ces documents :
Renseignements sur l’authenticité de la prophétie d’Orval.
Renseignements publiés par le Propagateur de la Foi — « Nous avons extrait ces renseignements d’une lettre écrite le 2 juillet 1839 (de Nancy) par le plus noble et le plus consciencieux savant de la province de Lorraine. Voici ces renseignements ;
Les moines de l’abbaye d’Orval.
» L’abbaye d’Orval*, de l’ordre de Cîteaux, est
2 Le village d’Orval (Aurea vallis) dont il s’agit est à deux lieues et demie de Montmédy. (Note du Propagateur.)
située dans le diocèse de Trêves, frontière du Luxembourg. Lorsque les Français révolutionnaires
vinrent faire le blocus de Luxembourg, où commandait le maréchal de Bender, et où s’étaient réfugiés un grand nombre d’émigrés lorrains, l’abbé d’Orval et ses moines arrivèrent dans la place avec leurs vases sacrés, leurs ornements les plus précieux et une partie de leurs archives, qu’ils apportèrent dans leur refuge . (On appelait ainsi les maisons que les monastères des environs possédaient à Luxembourg en cas de siège.)
v Au bout de quelques jours, l’abbé, en mettant en ordre les papiers qu’il avait sauvés, trouva les Prévisions d'un Solitaire, imprimées en 1544, et attribuées à un moine appelé Philippe Olivarius. Il les apporta au maréchal, qui, dit-on, en rit beaucoup. Mais les Français dé distinction qui se trouvaient dans son salon en prirent des copies, qui se répandirent dans toute la ville et au delà.
» La mort de Louis XVI , si bien annoncée dans ces Prévisions, leur donna une vogue extraordinaire. Madame la comtesse Adèle de Ficquelmont, chanoinesse de Poussay, en émigration avec son père, en entendit lire des copies chez le comte de La Tour, son oncle, depuis ministre de la guerre à Vienne. Elle épousa à son retour en France M. le comte de Montureux-Ficquelmont, et j’ai épousé sa fille cadette.
« . Voici l’extrait d’une lettre adressée de
Verdun, le 4 mars 1831, à M. de La Salle, de
Nancy, chevalier de Saint-Louis, par M. l’abbé Mansuy, grand vicaire de l’évêché de Verdun : « Quant à la prévision d’Orval, elle me fut commu- » niquée par un prêtre bien respectable qui l’avait » vue à Orval au moment de la révolution, et étant
« encore laïque. Toutes les personnes dont je
» vous parle sont dignes de foi.»
» Lorsque nous avons eu publié dans notre quatrième volume un fragment de cette prophétie, nous nous sommes rappelé qu’un religieux, savant et qoble personnage, habitant Fribourg depuis quelques années (M. le comte O’Mahoni), possédait une copie de cette prophétie, et avait recueilli avec soin des renseignements certains sur son authenticité.
« Répondant à une lettre que nous avons eu l’honneur de lui écrire le 16 août, il a bien voulu nous faire connaître le résultat de ses exactes et minutieuses recherches relatives à ladite prophétie. Voici un extrait de sa lettre, datée de Fribourg , le 28 août ï 839 :
« .Je ne connaissais que de nom le Propaga-
» teur de la Foi. Je ne doute pas que, fidèle à son » titre, il ne contribue à répandre la vraie lumière « dans notre siècle de ténèbres, et je fais des vœux >» pour son succès.
» J’ai cherché à la page indiquée le fragment que » vous^avez donné de la prédiction d’Orval. Je re- » grette que des circonstances ne vous aient pas » permis de la publier entière. Il y a aussi dans » votre texte quelques inexactitudes, très-peu im-
» portantes quant au sens, mais qui cependant doi- » vent être rectifiées. Dans ce but, je vous enverrai » incessamment cette pièce dans toute sa pureté, car » j’ai fait, à cet égard, d’exactes et minutieuses re- « cherches, et je crois avoir acquis la plus haute » certitude humaine possible de son authenticité.
\> J’ai comparé des copies venues de lieux difféients,
» de personnes inconnues les unes aux autres, j ai » recueilli les témoignages les plus respectables et » les plus divers, et tout s’est trouvé d’accord pour » me convaincre. »
» A ce témoignage, qui en résume beaucoup d’autres, dit le Propagateur, et qui est pour nous dun grand poids, nous ajoutons ceux qui nous sont parvenus d’ailleurs.
y> Nous pouvons affirmer que la Prophétie d Orvat est connue :
» Depuis la fin du siècle dernier, de la famille T..., de Verdun;
» Depuis une époque presque aussi éloignée, du Père G..., provincial d’un ordre religieux;
d Depuis près de vingt ans, de M. de C..., de Metz;
„ Depuis très-longtemps, de l’évêché de Verdun, et notamment de MM. les grands vicaires;
» Depuis 1811, d’un ecclésiastique vénérable, selon l’affirmation qu’il en a donnée à un illustre personnage. »
Renseignements publiés par l'invariable, de Fri -
bourg, journal rédigé par M. le comte O’Mahoni 1 : « Nous dirons franchement (c’est l'invariable qui » parle) que si des journaux de France n’avaient pas » pris l’initiative de cette publication, et si nous » n’étions pas maintenant assurés de son utilité par «l’impression qu’elle a déjà produite, peut-être >> n’aurions-nous pas osé assumer la responsabilité « de premier éditeur. Et la preuve de notre réserve « à cet égard, c’est que nous connaissions cette pré- » diction depuis longtemps, depuis plus longtemps « même que le journal qui vient de la publier; c’est « que, quelque respectable que fût la source pre- » mière d’où nous la tenions, et malgré le carac- « tère frappant d’inspiration qu’elle présente, nous « avons, depuis.plusieurs années, directement et in- » directement, en France et à l’étranger, recueilli, «sur son authenticité, le témoignage d’hommes « pieux, éclairés, dignes de foi, quelques-uns même « très-éminents dans l’Eglise, et qui tous nous ont « affirmé connaître cette prédiction, dix, vingt, » trente ans même avant les événements qu’elle an- » nonçait si clairement, et que nous avons vu, en « partie, s’accomplir. Et si nous ne nommons pas « les personnes de qui nous tenons ces copies ou ces >> témoignages, c’est qu’il nous semblerait inconve- « nant de le faire sans leur en avoir demandé et en « avoir obtenu l’autorisation. «
Renseignements donnés par M. Dujardin, dans