LA FLN DES TEMPS
leuses n’étaient pas plutôt un jeu de l’imagination de Martin, une véritable illusion de son esprit » exalté; ou si enfin le prétendu envoyé, et peut- » être Martin lui-même, ne devaient pas être sévè- ” rement examinés par la police et ensuite livrés > aux tribunaux. «
Le 5 mars, à cinq heures du soir, l’inconnu apparut h Martin, et lui dit : « Vous allez paraître devant le premier magistrat de votre arrondissement; il faut >* que vous rapportiez les choses comme elles vous » sont annoncées : il ne faut avoir égard ni à la qua- » lité ni à la dignité. »
Le 6 mars, M. le curé et Martin se rendirent à Chartres chez M. le préfet. M. le curé fut introduit le premier, et interrogé séparément; il eut trois quarts d’heure d’entretien avec M. le préfet, auquel il rapporta les événements comme il les avait écrits, jour par jour, d’après les rapports que Martin lui en avait faits; il répondit aussi aux objections que lui fit M. le préfet. « Au surplus, lui dit-il, il ne s’agit » que de l’entendre; vous saurez par lui-même ce » qui en est. » M. le préfet fit donc entrer Martin, qui resta seul avec lui plus d’une heure. Martin, fort naïvement et sans être en rien embarrassé, lui raconta tout ce qui lui était arrivé depuis le i5 janvier jusqu’à ce jour; il en détailla toutes les circonstances, et soutint son dire avec fermeté; il ajouta que celui qu’il appelait alors un fantôme s’était servi d’expressions que lui, Martin, ne connaissait pas, et par deux fois il en avait demandé l’explication à son
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frère. Le préfet a envoyé pour vérifier ce fait, et la réponse qu’il a reçue s’est trouvée conforme.
Cependant, frappé de la contenance du bon villageois, de son assurance, de sa naïveté, plus encore que du fond de sa narration, M. le préfet le fit sortir pour quelque temps; et prenant à part M. le curé, il lui témoigna toute sa surprise, le pressant plusieurs fois et avec instance de lui dire ce qu’il pensait de tous ces faits si extraordinaires; sur quoi M. Je curé, ne jugeant pas qu’il convint de se déclarer le premier, se contenta de lui répondre ; « Monsieur, écrivez-en à Mgr l’évêque; il sait l’affaire aussi bien que nous, puisque je lui en ai fait des rapports journaliers; demandez lui ce qu’il en pense. — Oui, repartit le préfet, je lui écrirai, mais je vais envoyer Martin au ministre, car il faut qu’il le voie et qu’il l’entende lui-même. » De suite il fit entrer Martin, et lui dit devant M. le curé : « Si je vous mettais dans les entraves et en prison pour fdire de pareilles annonces, continueriez^vous à dire ce que vous dites? » — « Comme vous voudrez, répondit » Martin sans paraître effrayé; je ne puis que dire » la vérité. » — <» Mais, poursuivit M. le préfet, si vous paraissiez devant une autorité supérieure à la mienne, par exemple devant le ministre, répéteriezvous , soutiendriez-vous ce que vous venez de me dire? » — « Oui, monsieur, et devant le roi lui- » même », répliqua Martin sans émotion.
Le jeudi 7 mars, à cinq heures du matin, Martin partit de Chartres par la diligence, escorté de