‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 112 sur 248 · Les Jardins, H, p · texte numérisé non relu

Les Jardins, H, p

LES « POET.E MINORES ». 19b

Cet enthousiasme pour Virgile est peut-être ce qu'il

y a de mieux dans l'œuvre de Delille, et ce qui la sauve de la banalité absolue: mais pourquoi cette entreprise de rajeunir la littérature et l'art par l'imitation de l'antique était-elle si vaine el pourquoi ce Virgile même, que Delille admirait tant, n'en avait-il en somme qu'un sentiment si incomplet?

Quelqu'un qui l'a beaucoup mieux compris et qui surtout était plus poète que lui. — c'est Roucher. On peut même dire que c'est ce qu'il avait de neuf et d'indépendant, qui lui a le plus nui. lorsque son grand poème des Mois, si acclamé en lecture publique, l'ut enfin livré à l'impression. Il n'était pas banal, son livre ne ressemblait pas à tout, comme les vers de Delille.

Cependant, comme tous les autres poèmes didactiques d'alors, il a un grand défaut, qui est le manque d'unité. A propos des douze mois de l'année, il met à contribution toutes les sciences de son temps. Luimême le dit : « Mon sujet embrasse l'univers l. » Ce qu'il y a de pis. c'est que Roueber n'a point, comme par exemple Lucrèce, un système complet à développer, mais qu'il se trouve comme Chénier dans son Hermès, en présence d'une foule de théories fragmentaires. Un autre inconvénient, c'est que la langue classique se prête mal à l'expression des vérités scientiliques et qu'elle contraint le poète à s'en tenir aux généralités. De là vient, comme nous l'avons déjà remarqué, cpie le commentaire est plus intéressant à lire que l'œuvre elle-même. Enfin dans la conception même du sujet, il y avait un malentendu fondamental sur les limites de la science el de la poésie. Ce malentendu n'existe pas pour Lucrèce, paire que la science

Page 1