Mémoires de Muie Vigée-Lebrun
3. L'amitié de Chénier et de Lebrun est connue : voir par exemple YF.pilre à M. Lebrun et celle Au marquis de Brazais; mais ce qu'on n'a pas assez relevé c'est l'influence certaine de Lebrun sur Chénier
\. Discours sur TUndle, adressé a .M. de Oha.-siron. de l'Académie royale de La Rochelle l"63j.
LES « l'OET.K MINORES ». 211
élevé pour ignorer les médiocres; — Lebrun au contraire s'exaspérait contre eux '. Comme ils étaient légion, surtout dans la période qui va de 1780 à 1789, on juge s'il a dû exciter des colères et des rancunes 2.
Mais ce qui l'isole plus encore au milieu de ses confrères en littérature, ce sont ses idées sur la poésie. Par delà Voltaire, il remonte el se rattache aux grands classiques du xvii0 siècle, ou du moins telle est sa prétention : « Elève du second Racine ». — c'est lui-même qui le dit — il veut, comme eux, rajeunir la poésie aux sources antiques : « Je ne puis trop le redire et peut être crié-je dans les déserts, imitons les anciens; marchons d'un pas invariable vers les beautés immortelles de la nature: laissons l'art à la frivolité3, etc. » 11 écrit une ode dont le titre est encore plus explicite : Que l'étude de la nature est prèf&rablc même à celle ihs anciens. C'est le fond même de VArt poétique de Boileau. Mais il ne faudrait pas le croire sur parole. Il n'est que de parcourir son oeuvre, pour voir qu'il a beaucoup plus pratiqué les anciens que la nature. Avec la poésie et la foi naïve en moins, c'est en somme à Ronsard qu'il revient : même ivresse de gloire, même culte du lyrisme antique, même goût pour les raretés mythologiques, même bigarrure grécolatine, sans parler des grands airs de prêtre des Muses.
On ne sait jusqu'à quel point Lebrun était lié avec André Chénier et son ami, le marquis de Brazais, ni si d'autres jeunes gens se groupaient autour de lui; mais il me semble qu'il y a dans ces trois hommes