Discours sur Tibultc
comme le noyau d'une petite école dissidente. En tout eus les idées «le Lebrun sur l'élégie cl le poème didactique sont exactement 1rs mêmes que celles d'André Chénier. En haine des Colardeau cl des Dorât, il ramène l'élégie ;m\ modèles latins, à Tibulle et à Properce. Ces! l'élégie savante, littéraire, sans sincérité el s;uis abandon, avec un insupportable abus de mythologie. El dans le poème didactique, il rêve, connue Chénier encore, d' « allier Lucrèce à Newton ' ».
Pour ce qui est de la poésie lyrique, il a également ses idées à lui, qui ne sont pas 1res différentes de celles de Ronsard, non plus que de celles d'André ('.dénier -. On peu! dire qu'en cela il se forma tout seul, car il n'attendit pas <|ue l'opinion se préoccupât de Pindare, pour le célébrer et l'imiter. Il ne dut rien à la traduction de Chabanon, non plus qu'à l'Essai de Vauviliers \ qui parurent bien après ses débuts (1772). Dès 1756, il donnait des Réflexions sur le génie de l'Ode, en même temps que son poème sur le désastre de Lisbonne. Il y glorifiait Pindare. Mais le connaissait-il de première main? Était-il capable de le lire dans le texte? On en doute à voir l'éloge très vague qu'il en l'ait, surtout lorsqu'il le compare à Horace. Quoi qu'il en soit, c'est Pindare qui était désormais son modèle. et, bien ou mal connu, c'est l'idée qu'il en a qu'il va essayer de réaliser dans ses Odes : « La hauteur des pensées, la vivacité des images, la hardiesse des figures,
•]. Liv. VI, ode vin.
2. Voir par exemple son ode divisée en strophes, antistrophès et épodes : <• 0 mon esprit! au sein des cieux... » Mais surtout ses remarques sur l'ode de Malherbe à Marie de Médicis, avec un plan d'ode pindarique : Œuvres en prose (édit. B. de Fouquières), p. 345.
:!. Non plus qu'au Discoins sur la poésie lyrique avec les modèles du genre, par l'abbé Gossart, qui parut en 1701, el ne renfermail d'ailleurs auc ■ vue originale-
LRS « l'OET.i; MINORES ». 213
Fimpétuositê au style, la noblesse, la nouveauté, la magnificence, V éclat, la chaleur des expressi ms, tel est le caractère de sa poésie ; toutes ces beautés se précipitent en foule dans ses audacieux dithyrambes; de ses vers coule une profonde harmonie; l'enthousiasme est son Ame: et s'il est vrai que la poésie soit lé langage des dieux, c'esf dans la bouche de Pindare ' .» — Voilà en Somme toul le programme de Lebrun pour la poésie lyrique.
Il est impossible de ne pas remarquer en passant combien cet entêtement de nos poêles à ressusciter Pindare était étrange et combien même il serait inexplicable sans la force de la tradition et le principe de l'imitation qui est à la base du classicisme. Malherbe, après les erreurs de Ronsard, s'en était sagement abstenu, et cela sans doute pour toute espèce de raisons, mais surtout par un secret sentiment que ces pastiches étaient un contre-bon sens dans la poésie française et ne pouvaient être qu'un amusement de dilettante ou d'érudit. On ne se rendait pas assez compte que le lyrisme de Pindare est une chose extrêmement spéciale et qu'essayer de le faire revivre était à peu près aussi absurde que de vouloir rétablir en plein Paris moderne la procession des Panathénées.
D'ailleurs Pindare, comme les lois du lyrisme grec, étaient encore trop mal connus même des philologues de profession, pour qu'on pût tenter des pastiches exacts des Odes triomphales; c'est ainsi, par exemple, que le problème de la composition de l'ode pindarique, qui est encore aujourd'hui si obscur, [tour ne pas dire qu'il est insoluble -, Lebrun le tranche sans