‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 124 sur 248 · Réflexions sur le génie de l'Ode · texte numérisé non relu

Réflexions sur le génie de l'Ode

2. Sur toutes ces questions, cf. Croiset, La poésie de Pindare ri /es- lois du lyrisme f/rec, en particulier liv. II. chap. i, p. 293 et suiv.

nul embarras, en se ralliant toul simplemenl à la théorie du « beau désordre » des classiques du xvne siècle.. De là vienl que, chez lui, malgré toul ce qu'il n d'étudié el «le voulu, la composition est absente cl que ses vers ne sonl qu'un prétentieux el laborieux chaos. Quoi qu'il fasse, il ne peul pas se débarrasser de Vidée oratoire ou de Vidée logique, pour atteindre à Vidée lyrique. Il l'aul croire d'ailleurs qu'il y avait là un obstacle inhérent non seulement à la nature «lu talent de Lebrun, mais au génie de notre race. Dans le Serment du Jeu de Paume, coin nie dans les Odes (le Victor Hugo, c'est toujours la raison oratoire qui domine. On peut résoudre toutes ces compositions en paragraphes logiquement enchaînés. C'est seulement hier que, chez nous, les symbolistes se sont avisés d'une poésie aussi musicale que logique, où les images s'associent en vertu d'affinités sentimentales. comme les sons dans la musique.

Ainsi donc ce qui fait l'Ame du lyrisme de Pindare échappe à Lebrun, comme à tous ses contemporains. Pour le reste, c'est-à-dire pour le détail du style, il s'est efforcé consciencieusement de l'imiter.

Pourtant il faut reconnaître qu'il a tenté, sous l'influence de Pindare, d'ôter à l'ode moderne son caractère strictement littéraire. Il veut que le poète se mêle aux foules, queses.vers soient l'accompagnement des fêtes publiques ou le commentaire poétique des grands événements de la vie nationale. On peut dire que c'a été plus qu'une tendance chez Lebrun, que c'a élé véritablement sa grande ambition et le rêve de toute sa vie. Rien ne le prouve mieux cpie les titres d'un grand nombre de ses pièces, depuis son ode sur le Desastre de Lisbonne ou sur la Paix de 1762 jusqu'à son Ode nationale contre V Angleterre. Mais le moyen de créer une poésie vraiment populaire, de pénétrer jusqu'aux

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masses el de les ('-mouvoir, quand; avec cela, on a sur le lyrisme des idées aussi spéciales el des procédés d'arl aussi savants, pour ne pus dire aussi pédantesques que Lebrun ?

On voil tout de suite (pic c'est d'abord le style qui le préoccupe. 11 a des débuts relent issanls on des éludes d'ode éclatantes :

J'ai vu Mars! je l'ai vu t\c> sommets «le Rhodope Précipiter son char et ses coursiers fougueux '.

Vous eussiez \m la Gloire, en ces moments funestes, De son voile de pourpre entourant ce héros, Le imiler tout sanglant sur les voûtes célestes, Loin îles \ eux d'Atropos -'.

Le travail de Lebrun sur le style a été extrêmement curieux. Évidemment les résultats soûl en général pitoyables; mais c'est le procédé qui est intéressant à étudier, parce qu'il est commun à un grand nombre des contemporains de Lebrun (à Roucheren particulier) et qu'il est un des caractères les plus significatifs du classicisme décadent.

Tous ces petits poètes avaient été vivement frappés, en lisant les maîtres, de ces rencontres d'expressions, inimitables pour les médiocres et qui soûl eu quelque sorte la marque même du génie. On l'avait remarqué depuis longtemps chez Racine. Rivarol en lit comme la découverte en traduisant Dante. En réalite te compliment que lui adressa Buffon, lorsqu'il déclara que sa traduction était « une création perpétuelle3» revenait de drôil à l'original. Mais Rivarol ne le laissa pas

!. Début de l'Ode m du li\. IV.

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