‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 144 sur 248 · Cf. op. cit.. p · texte numérisé non relu

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ANDRE CDENIER. 2i-ii

Peuple, el son mariage avec la jeune Liberté. » Enfin

les Initiés, où lé poêle se serait inspiré «les Baptes d'Eupolis et où il aurait attaqué les membres du tribunal révolutionnaire.

Nous sommes donc en présence d'iMU' poétique complète, plus complète même el sur certains points plus profonde que celle de Boileau. Mais sur certains autres — en tout ce qui touche à l'imitation des anciens — l'idéal classique s'est encore rétréci et le poème de l Invention marque un véritable recul par rapport à l'Art poétique. Il nous reste maintenant à juger de l'application, de sa valeur et tic sa portée, autant du moins que nous pourrons le l'aire d'après une œuvre inachevée.

André Chénier a eu l'ambition d'être un grand poète. Son idéal, comme celui de Ronsard, c'est le poète orphique « expédiant les mystères sacrés », « le grand prêtre de Thrace en long sourpely blanc ». Quand on regarde ses vers, il faut bien en rabattre. Il n'a rien de grandiose ni de religieux, ni surtout de primitif ou même de vraiment naïf : vivant à une époque de décadence où, connue on se plaisait à le dire, on était rassasié de chefs-d'œuvre, il a été plus un dilettante qu'un poète. .Même son dilettantisme porte bien Iti marque du siècle. Il esl de cette génération qui, avec Diderot pour chef de file, commence à se préoccuper îles choses d'art et inaugure cette union des peintres el des littérateurs qui va triompher dans le cénacle romantique. De même qu'il recommande aux peintres la lecture des poètes '. il estime que le poète doit se

I. Aussi île tout temps y a-l-il eu peu de peintres pour ceux qui ne louent qu'après avoir senti et qui ne sentenl que

former l'œil et la main dans le commerce assidu des peintres et des sculpteurs. De sorte qu'André Chénier esl déjà un véritable « artiste» au sens que les romantiques donnaienl à ce mol, et que ce qui nous frappe chez lui c'esl beaucoup plus le sens esthétique que le sens poétique proprement dit.

D'abord il fréquente l'atelier de David el connaît le maître personnellement. Il voyage en Italie avec les Trudaineet séjourne à Rome, Il est plus (pie probable qu'il avait lu l'Histoire de l'art de Winckelmann et les luxueuses publications qui se multipliaient alors sur les fouilles d'Herculanum et de Pompéi. Il dessine et il peint, nous le savons. Gabriel de Chénier a retrouvé des épigraphes grecques destinées à des dessins erotiques que le poète avait composés à Londres1. Luimême nous représente dans son cabinet « livres, dessins, crayons confusément épars2 ». Il nous parle de ses essais de peinture :

Tantôt de mes pinceaux les timides essais Avec d'autres couleurs cherchent d'autres succès, Ma toile avec Sapho s'attendrit et soupire, Elle vit et s'égaie aux danses du Satyre, On l'aveuglé Ossian y vient pleurer ses yeux 3.

Ces vers nous le révèlent élève de David, cédant à la

lorsque la simplicité de la composition, la pureté des formes, la naïveté des mouvements ont produit cette expression complète, cette parfaite représentation de la vie humaine (/ni émeut l'âme et qui entraîne l'esprit. L'observation de la nature physique et morale, l'étude et l'expérience des liassions humaines, celte sûreté et cette finesse de sensation qu'on appelle le goût, la lecture des poètes, voilà ce qui enseigne à connaître et à apprécier celle autre espèce de poésie destinée à rappeler sans cesse à l'émulation des hommes la mémoire des grands talents. >•• (Œuvres en prose, sur la peinture d'histoire, p. 325.)

1. Becq de Fouquières, Documents nouveaux sur A. Chénier, p. 10.

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