‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 147 sur 248 · Art d'aimer, v. J7. l'n · texte numérisé non relu

Art d'aimer, v. J7. l'n

ANDRE C11ENIER. 249

lions de Chénier dans les terres cuites les plus gracieuses cl les plus fines de Clodion. 11 vante les petits pieds el les petites mains, il surveille 1<' fini de l'exécution, la transparence ou le grenu de l'épiderme, l'ovale du visage, l'étroitesse de la bouche, l'expression des yeux. Tout le détail pittoresque ou plastique du corps humain le séduit : de grands yeux noirs profonds, le contraste des yeux sombres et de la joue rose d'un éphèbe, de la blancheur d'une épaule et de la masse d'une chevelure brune. Ce sont surtout les cheveux qu'il décril avec prédilection, les cheveux blonds épars, en toison, comme dans Rubens. Les cheveux reviennent aussi souvent dans ses poèmes que les roses. Il sui'lit d'y songer, des vers répondent aussitôt dans la mémoire :

Et pour ses blonds cheveux 1rs parfums prépares... Coupez suc mon tombeau vos chevelures blondes...

(.'est pourquoi il aime à évoquer un jeune front de nymphe couronné de lilas. ou le dieu Bacchus, toujours adolescent, avec une couronne de grappes sur ses cheveux bouclés.

Faut-il s'étonner qu'il ait le don de la composition picturale? On voit certains de ses poèmes : par exemple les bergers groupés autour d'Homère, le mendiant embrassant l'autel domestique, ou, dans un genre plus folâtre. Camille surprise, el par son trouble et son négligé rappelant toutes les nymphes légères de Boucher et de Fragonard. Mais ce qu'il possède au plus haut degré, c'esl le don de la plastique. En cela, il se montre le digne élève de David. 11 est capable de comprendre la beauté violente de Michel-A.nge : du Moïse, la forte ossature des genoux l'a telle ment frappé qu'il la copie dans son Aveugle : « Ils versent à l'envi sur ses genoux i>e<nith.,. » Les beaux

gestes ei les belles poses abondenl dans ses vers : c'esl la fille tic Lycus qui supplie la vieille esclave en posant ses mains sur son visage antique. C'esl Myrlo sur la proue invoquanl les étoiles, ou « les Nymphes «les I M>is , des sources, <lcs montagnes » formant une théorie autour de son beau corps rejeté par la vague. Ou encore la Naïade « qui dort et sur sa main, an murmure des eaux, — laisse tomber son front couronné de roseaux ». Il a particulièrement le sentiment de la ligne très pure : le profil d'un berger qui joue de la flûte ou de la syrinx, ou d'une danseuse rythmant ses poses au son des crotales, comme sur les panneaux de Pompéi. Il y a presque autant de flûtes dans ses vers qu'au-dessus des cadres et des trumeaux de son temps. Son sens artiste en fait le rival des délicats ornemanistes de cette fin de siècle.

Ajoutons qu'il a au même degré que nos ciseleurs et nos émailleurs parnassiens le sentiment de la beauté des mots. Mais il en a pris le secret aux anciens, à Homère, à Virgile, dont il copie les énumérations euphoniques de nymphes et de divinités. Qu'on se rappelle le début de son Hymne à Bacchus :

Viens, ô divin Bacchus, ô jeune Thyonée,

0 Dionyse, Evan, Iacchus et Lénée...

Et tout ce que la Grèce eut pour toi de beaux noms 1...

Salut, dieux de l'Euxin. Hellé, Sestos, Abyde,

Et nymphe du Bosphore et nymphe Propontide -.

Il a noté l'effet mélodique des refrains dans Théocrite et il s'en souvient dans la Jeune Tarentine et ailleurs. Il est tellement homme de métier qu'il copie de sa main une épigramme de Myro la Byzantine, adressée aux Nymphes Hamadryades. uniquement3 à cause

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