‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 148 sur 248 · Poésies, p · texte numérisé non relu

Poésies, p

ANDRE CHENIER. -2'6l

de l'euphonie de ces mots : Nymphes Hamadryadés ! C'esl le sentimenl de la forme el de la couleur qui a amené Chénier à la couleur locale bien plus que le sens historique qui n'existe pas encore. La beauté quelle qu'elle soi!, pourvu qu'elle se révèle sous les espèces antiques, le séduit. 11 rêve d'une sorte de sérail où, pour la joie de ses yeux d'artiste et de voluptueux, il aurait réuni toutes les beautés fameuses, depuis la beauté grecque jusqu'à la beauté septentrionale, ce qui a été une idée chère. à Théophile Gautier1. Il lit la Bible pour y trouver des formes nouvelles. Dans son poème de Suzanne il veut mettre des « comparaisons asiatiques », il consultera l'Écriture pour les vêtements, les sandales, les aromates, les trésors, les tapisseries. Pour les mœurs babyloniennes, il consullera Hérodote, pour les chansons d'amour, le Cantique des Cantiques 2. C'est encore ce sens de la beauté cpii l'avait attiré vers Shakespeare, malgré toutes les restrictions de son goût : il avait senti tout ce que le poète anglais a de commun avec les tragiques grecs. A en juger d'après ses essais et ses plans, on peut croire que c'est surtout la mise en scène qui l'avait frappé, comme Voltaire dans le Jules César. En vrai hellène, la tragédie est d'abord pour lui un plaisir des yeux. Aussi, comme nous le disions, il n'y a pas à proprement parler de couleur locale chez André Chénier. Il ne la recherche pas méthodiquement et de propos délibéré. Ce n'est point une restitution exacte des mœurs du passé qu'il nous offre, mais une sorte d'éclectisme esthétique, qui consiste à reproduire les formes de l'art les mieux appropriées à un certain idéal.

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