‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 149 sur 248 · I. Chénier, Art d'aimer, XIII, p. il · texte numérisé non relu

I. Chénier, Art d'aimer, XIII, p. il

i. <;f. notes du poème de Suzanne, édit. Becq île Fouquières, passim.

Voilà le dilettante très « artiste » bièri plus que le poète qu'a été André Chénier. Si sa grande ambition a été déçue, il n'en reste pas moins un amateur dos mieux informés et des plus originaux, un homme de métier très travailleur et très habile. Mais il a «-u une seconde prétentiop qui était d'être moderne, et il y a beaucoup mieux réussi.

Presque partout, sauf dans ses fragments antiques, qu'il n'a pas eu le temps de fondre ou d'ajuster, André Chénier reste l'homme du xviii8 siècle. Il en a les sentiments, pour ne pas dire la sentimentalité, les idées et les préjugés; et comme tout eela ne laisse pas que d'être parfois fort déplaisant, il en résulte que le meilleur de son œuvre en est souvent gâté. Sous la forme grecque ou latine toujours un peu laborieuse, on retrouve les polissonneries de Grébillon lils, les déclamai ions vertueuses de Jean-Jacques ou tes admirations de Denis Diderot. Voici d'abord la louange de la nature que tous ses contemporains ont célébrée jusqu'au rabâchage. Bien que Chénier se pique d'être un disciple des anciens et d'aimer la nature comme eux, on peut dire qu'il n'en a point compris la mande idée panthéistique et religieuse, telle qu'elle se révèle dans les Gèorgiques de Virgile. Il n'est pas davantage un réaliste ou un objectif à la manière de Hugo, dont l'œil est fortement impressionné par la couleur ou le relief des objets. Ce qu'il aime, c'est une nature peignée et arrangée pour le plaisir des yeux ou machinée comme un décor, c'est la belle nature, comme ou disait alors. Vue de ce côté-là, sou œuvre est comme un musée d'amateur où sont représentées, l'une à côté de l'autre, toutes les manières des paysai?isles du xvme siècle.

Veut-on le paysage des Fêtes galantes de Watteau, ou de l'Embarquement pour Cythère, avec quelque chose

ANDRÉ CHENIER. 2o3

des fadeurs de Boucher, voici un morceau qui en donne l'illusion :

Là toul aime, toul plaît, toul jouit, toul soupire; Là. de plus beaux soleils dorent l'azur des deux; Là, les prés, les gazons, les bois harmonieux, De mobiles ruisseaux la colline animée, L'âme de mille rieurs dans le< zéphyrs semée, Là, parmi 1rs ruisseaux, ['amour vient se jouer; Là, sous les antres frais hulule le baiser '.

Voici maintenant le paysage- seul imenlal dans le goûl d'Horace Vernet el de Loutherbourg, avec tout ce qu'il a de théâtral et de déclamatoire :

Douce mélancolie, aimable mensongère.

Des antres, des forêts, déesse tutélaire,

Qui viens, d'une insensible el charmante langueur,

Saisir l'ami des champs >-i pénétrer son e<rur.

Quand, sorti vers le soir, des grottes reculées,

Il s'égare <i pas lents un penchant des vallées,

Et nul dus derniers feux le eiel se colorer.

Et sur les inouïs lointains un beau jour expirer.

Dans sa volupli ^ij.re cl pensive el muette,

// s'assied, si/,' son sein laisse tomber su tête ...

Plus loin, c'est le paysage romantique tel que lu Sam elle Héloise l'avait mis à la mode, avec « les niouls chevelus, les torrents et les cascades «.Ailleurs, c'est l'allégorie mythologique dans la manière de Vien. Veut-on maintenant des ruines! On se rappelle que c'était la fureur de l'époque el que les Ruines des plus Icaux monuments de lu Grèce, de Le Roy, y avaienl singulièrement contribué. Voici donc Au Pannini el de l'Huberi Robert.

Partoul de longs chemins, 'les temples, des cités. Des ponts, des aqueducs eu arcades voûtés, Des théâtres, île- forts assis sur des collines, Des bains, 'le grands palais ou de grandes ruines ■•...

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