‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 155 sur 248 · Élégies, p. 270, v. eu · texte numérisé non relu

Élégies, p. 270, v. eu

i. Ibid., p. 191, v. 22-23.

:;. lioiwird recommande expressément l'emploi de la périphrase comme ornement poétique : il montre le bon artisan

fréquent de la périphrase, bien que Chénier s'efforce de réintroduire dans le vocabulaire poétique un erv-

i.iii mbre de mots familiers. Il y a chez lui des

périphrases toul à fail divertissantes. Voici par exemple comment il désigne le beurre el le Fromage de Gruyère :

Le lait, enfanl des sels de ma prairie humide, Tan toi breuvage pur et tantôt mets solide, En un globe fondant sous ses mains épaissi, En disque savoureux à la longue durci '...

Le vice le plus choquant du stylo <le Chénier comme de relui des classiques, c'est la métaphore incohérente, qui dérive de la même erreur sur la langue et sur le style. Pour lui le mot n'est qu'un signe, alors qu'il doit être pour le poète une chose vivante. C'est l'éternel honneur de Hugo d'avoir découvert la puissance du mot et de Théophile Gautier d'avoir senti qu'il n'y a que les métaphores qui se suivent qui soient poétiques, ce qu'il ne faut pas confondre avec les métaphores qui se continuent, lesquelles sont un simple jeu d'esprit et la marque même de la préciosité. Chez André Chénier, les métaphores incohérentes sont d'un emploi perpétuel. Quelquefois même, — chose plus grave, — elles sont voulues. Elles se rencontrent si souvent qu'elles finissent par rendre injuste pour les parties vraiment saines de son style. Il écrit couramment :

en vers « les ornant et les enrichissant de figures, schèmes, tropes, métaphores, phrases et périphrases eslongnées presque du toutou pour le moins séparées de la prose triviale et vulgaire (car le style prosaïque est ennemy capital de l'éloquence poétique) et les illustrant de comparaisons bien adaptée-, de descriptions florides, c'est-à-dire enrichies de passements, broderies, tapisseries et entrelassements de fleurs poétiques ». (Préface de la Franciade.) Rien ne prouve mieux combien le style était pour lui chose extérieure, affaire de placage. 1. Élégies, p. 280, v. 39 et suiv.

Daigne «In liant des çieux goûter le libre encens D'une lyre au cœui chaste, aux transports innocents1... Une bouche où la rose, où le baiser respire Peut cacher un serpent à l'ambre d'un sourire -.

Ailleurs ce son! des « beautés » laborieusement cherchées, à l'imitation du grec :

La patrie allume ma voix3.

Il y ;i bien à dire encore sur la versification dont Sainte-Beuve a singulièrement exagéré l'originalité. Très frappé de la grande liberté des coupes dans l'hexamètre grec. Chénier a l'air de s'imaginer qu'on peut couper le vers comme on veut, suivant les nécessités du sens4. La question est sans doute extrêmement délicate et il faut se garder, en matière de métrique, de toute affirmation trop absolue. Cependant nous croyons pouvoir avancer qu'en français toute coupe qui ne coïncide pas a\*ec le rythme du vers est fausse. Voici par exemple un vers de Hugo dont la coupe n'est point classique, mais n'en est pas moins très correcte parce qu'elle tombe juste sous le temps marqué :

ailes au vent, l'essaim îles victoires chantantes...

Au contraire, les vers suivants de Chénier donnent deux lignes de prose pour la raison inverse :

Là des muscles nerveux, la de sanglantes veines Serpen l| tent: là des flancs invaincus aux travaux3...

\. Hymnes et Odes, p. U, v. 131-132.

■2. Élégies, p. 277, v. 15-16, — Les grands classiques sont pleins <le taules semblables; ainsi Racine :

... Savez-vous i|uel serpent inhumain

Iphigénie avait rotin'' dans son sein .'

Iphigi nie \ 3. Hymnes cl Odes, p. t-'il. v. 11.

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