‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 16 sur 248 · Op. cit., VIII, p · texte numérisé non relu

Op. cit., VIII, p

tableau de David, Socrate buvant la ciguë, est un des derniers monuments de ce culte.

On revient aux moralistes de l'antiquité : Diderot écrit nue Vie de Sénèque (1779), qui n'est qu'une longue apologie. Naigeon en publie une traduction, œuvre posthume de Lagrange (1778), à laquelle il joint des notes et des avertissements qui en l'ont un véritable livre de propagande encyclopédique '. Thomas lit en séance publique de l'Académie un éloge de Marc- Aurèle. Uousseau parle avec enthousiasme de Plutarqne. Insensiblement la morale du sièrle se coule dans la morale antique. Le mot vertu prend un sens nouveau et peut-être qu'on ne le rémarque pas assez quand on raillé les hommes du xvme siècle de leurs prétentions vertueuses. La vertu n'est pins, suivant la formule chrétienne, la mortification, mais la perfection de la nature 2. La règle est plus ou moins étroite suivant qu'on se réclame de Sénèque ou de Marc-Aurèle. Les austères trouvaient des modèles dans les héros du stoïcisme et les voluptueux se sentaient de l'inclination pour cet indulgent directeur de conscience que fui Sénèque, cet habile homme qui sut jouir en somme de toutes les belles et bonnes choses de la vie, tout en faisant profession de la plus rigide sagesse 3: « ()

l. Les œuvres de Sénèque le philosophe traduites eu français pur l'eu M. de Lagrange, avec île* noies- de critique, d'histoire et île littérature, 6 vol. in-8. L'épigraphe était significative : ••Nil non longa demolitur vetustasel raovet ocius;al iis quos eonseçravit sapientia noceri non potest. Nulla delebil œtas, nul la deminuet; sequens m- deinde super ulterior aliquid ad venerationem confère/. •>

■i. Cf. Lange, op. cit., I, p. 384.

:;. Il faut noter aussi l'admiration pour Tacite, qui deviendra une sorte de religion encyclopédique et idéologique el qui excitera les colères de Napoléon; au xvm" siècle, un en compte un assez grand nombre de traductions : celles de l'abbé de la Bletterie, celles de Brottier, celle du I". Dotteville, jésuite, de bureau de la Malle, etc.

ifO I "l\ DU CLASSICISME ET RETOUB A L'ANTIQUE.

Sénèque — tlis.-iil Diderot, — c'esl toi dont le souffle dissipe les fantômes de la vie; c'esl toi < | ni suis inspirera L'homme de la dignité, de la fermeté, de l'indulgence pour son ami, pour son ennemi, le mépris de la fortune, de la médisance, de la calomnie, des dignités, dé la gloire, de la vie, de la mort : c'est toi qui sais parler de la vertueten allumer V enthousiasme '. »

Des livres ou des conversations, ces tendances passenl dans les mœurs : le civisme renaît sous sa forme antique et, comme le mol de vertu, le mot de patrie prend xww signification nouvelle. Jusque-là le patriotisme avait été ce qu'il pouvait et devait être dans nu pays monarchique où le préjugé national contre l'étranger était extrêmement fort — la conscience de l'âme française avec sou génie propre et l'admiration exclusive de son œuvre civilisatrice. Ce patriotisme-là n'a jamais été pins vif que sons l'ancien régime el Voltaire peut en être considéré comme le plus jaloux représentant — Mais au lendemain du traité de Paris, le patriotisme sous sa forme la plus ordinaire — la haine de l'étranger — se réveille avec une intensité singulière : le modèle que Ton se propose, c'est le patriotisme britannique avec tout ce qu'il a de brutal et d'odieusement égoïste. Le Siège de Calais de de Belloy (1765) excite une véritable folie de chauvinisme 2; et les poèmes ou les écrits patriotiques se multiplient 3.

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