‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 163 sur 248 · Corresp. litt., III, p · texte numérisé non relu

Corresp. litt., III, p

2. Cf. Delécluze : Louis David, son école et son temps, p. 414.

3. Voir les pages des Goncourt sur Lemoyne et Boucher, l'Art du XVIIIe siècle, Ve série.

dégoûter du joli, qu'à retrouver la beauté vraie avec la probité ei la sévérité du métrer. .Malheureusement il n'en fut pas ainsi : le pédant isme encyclopédique et l'abus de l'archéologie gâtèrent tout; et l'on eut en

arl l'équivalent de la littérature : les peintres firent des pastiches, tandis (pie les poètes faisaient des traductions; David copia des bas-reliefs et des intailles, comme Lebrun copiait des métaphores. Le classicisme, dans les arts plastiques, traîna la même longue décadence que dans les arts littéraires et cette décadence s'y affirma par les mêmes caractères et les mêmes défauts.

Cependant il convient d'attribuer à Diderot une influence qui. pour être indirecte, n'en a pas moins été considérable. Évidemment, il ne conçoit l'art ni comme Yieu, ni comme David. Il n'entend en aucune façon faire de l'antique le modèle unique, il estime même que l'antique a plus nui aux modernes qu'il ne leur a servi 1. Mais en rappelant l'artiste à l'étude de la nature et en insistant sur la nécessité du modèle, en combattant de toutes ses forces les tendances de l'École de Vanloo et de Boucher, il a déblayé le terrain et préparé l'avènement d'une forme nouvelle, qu'il aurait sans doute condamnée, comme trop exclusive et trop étroite, mais qui enfin répondait déjà mieux à son idéal de simplicité et de naturel et en même temps de grandeur un peu déclamatoire. Qu'on ajoute ses improvisations sur la poésie antique, en particulier sur Homère, qu'il commentait avec une si pénétrante intelligence ei un sens si vif de la beauté plastique ou picturale.

Mais, comme nous l'avons dit de l'archéologie, le grand fait qui domine l'histoire de l'art, àcetteépo-

l. Cf. XI. i'. 1 16 (édit. Assézat).

que. c'est la reprise régulière des rouilles d'Herculanum el de Pompéi. On sa i I quelle curiosité et, chez certains, quel enthousiasme elles excitèrent : toute l'érudition en lui renouvelée. La révolution de l'art à la fin du siècle s'en ressentit profondément.

Les pensionnaires de l'École de Rome subissent plus nu moins l'entraînémeni général : Fragonard et Hubert Roberl fonl des études d'après l'antique : celui-ci dessine les ruines <lu temple de Pœstum, en attendanl qu'il se lasse une spécialité du genre '. A Rome, il y a toute i\nc petite chapelle d'antiquaires et d'amateurs, où le culte <le l'antique devient un véritable Fanatisme. Au premier abord, on pourrait croire à une reprise de l'effervescence du \v siècle. Mengs professe à l'École Capitoline depuis 17.il. Son atelier devient le rendez-vous de tout ce qu'il y a de [dus considérable en Italie, ou à l'étranger, parmi les artistes et les amateurs : il disserte, il impose ses théories sur l'art et on fixe l'idéal au siècle d'Alexandre. Ses œuvres se répandent en France, en Angleterre, en Allemagne. Son plafond de la villa Albani passe pour aussi beau que les plus fameuses fresques de Raphaël. Pour certains de ses contemporains, il a réalisé toutes les ambitions de sou père -. qui en l'appelant Antoine- Raphaël, entendait faire de lui à la fois l'émule de Raphaël et du Corrège.

Pourtant, l'influence de Mengs sur les artistes français fut beaucoup moins considérable qu'on ne pour-

1. Cf. E. Gabillot, Hubert Robert et son temps (collection Quantin).

2. Pour l'admiration qu'inspirait l'œuvre de Mengs, voir la préface de Jansen dans sa traduction des Œuvres de M. le Chevalier Antoine Raphaël Mengs, Amsterdam, 1781. — Eloge historique 'le M. Mengs, premier peintre du roi d'Espagne, etc; S. 1. 1781.

rail le croire '. Ses œuvres en somme sont peu connues chez nous el on l'admire plutôl de confiance. Les artistes qui reviennenl de Home oui à compter avec l'école de Boucher toujours vivante el avec les habitudes du public. Enfin les théories de Mengs, par ce qu'elles avaient d'abstrus, répugnaienl à la clarté de l'espril français -. et d'ailleurs il se proposait tout autre chose que nos peintres, en particulier David.

Ce retour à l'antique, nous ne saurions trop le redire, a été avant tout en France une conséquence naturelle de révolution des mœurs et de l'espril public, interprétés parla littérature. Mais cette réserve faite, il convient d'attribuer à Caylus ;i la plus grande part d'initiative dans celte révolution qui, vers la lin du siècle, va bouleverser l'art de fond en comble.

Membre honoraire de l'Académie de peinture depuis 1731, son autorité sur la compagnie et par conséquent son action sur les élèves était immédiate, on a même dit qu'elle avait été tyrannique : c'est seulemenl à partir de 1746 environ que cette action commence à se faire sentir. Nous n'insistons pas sur tout ce qu'il a l'ail pour relever la technique du peintre : non seulement il proclame la nécessité des conférences, qui ne sont que des discussions sur les procédés et le style des maîtres: mais il l'ait lui-même des conférences, il lil des vies de peintres; il fonde un prix d'expression, un prix d'ostéologie, un prix de perspective. Probablement sous son influence, l'Académie fait figurer dans ses programmes l'étude des antiques. Il va plus

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